ASCIDIE ET HOLOTHURIE
Les animaux dont il s’agit ici sont nus, appliqués aux rochers par une sorte d’appendice , un pied cartilagineux qui s’encroûte de sable et de petits coquillages morts, ou d’autres substances analogues de petites dimensions.
De Lamarck adonné à ces êtres singuliers le nom de tuniciers, Milne-Edwards celui de molluscoïdes ; le premier, à cause de la membrane résistante qui revêt leur corps comme une enveloppe flexible ; le second, parce qu’il les regarde comme un passage naturel des mollusques aux zoophytes. Quand on observe, en effet, ces animaux élémentaires, on est bien vite frappé de leur ambiguïté : on y voit des points de transition insensibles vers d’autres classes d’êtres, et l’esprit s’arrête indécis souvent sur la véritable détermination de ces créations indéterminées.
On était généralement persuadé, il y a une vingtaine d’années encore, que la cellulose ne se rencontre jamais dans les tissus animaux. On la regardait comme exclusivement propre aux végétaux, dont elle constituait une grande partie de la substance ; par conséquent, on en concluait que son absence chez les uns et sa présence chez les
(') Humpliry D.avv.
MA(iASlN HTTORESQÜË.
autres était un caractère absolument et radicalement distinctif à établir entre le règne animal et le règne végétal. Maintenant, MM. Schmidt, Lœvig etKœlliker ont démontré que la cellulose existe dans les enveloppes des ascidies et des autres tuniciers, et qu’elle y constitue, comme chez les plantes, des membranes cellulaires, des fibres, etc.
^ Les ascidies appartiennent- elles à la fois aux deux règnes? Sont -elles réellement une transition des animaux aux algues? Déjà, chez ces derniers êtres, les sentences sont animées de mouvements propres : elles se diligent au moyen de cils vibratiles et ne deviennent plantes qu au moment où , rencontrant un corps solide, elles se fixent à sa surface et perdent instantanément leur appareil locomoteur. Malheureusement, les ascidies ne
sont encore que très-imparfaitement connues dans leurs transformations successives ; mais tout fait pressentir que l’avenir réserve là des surprises nouvelles. On sait seulement que la reproduction a lieu de deux manières différentes, tantôt j)ar des œufs,. tantôt par une sorte de bouture, de segmentation spontanée.
En général , les ascidies rappellent par leurs formes, comme leur nom l’indique, une petite outre, une sorte de vessie, de bourse. Entre leur enveloppe et les viscères,
1 eau s introduit et sert à la fois à la respiration et à la nutrition, en apportant les animalcules microscopiques dont les molluscoïdes, ainsi que la plupart des mollusques, se nourrissent. Quand on presse l’animal, il lance au dehors, par une contraction de ses tissus, l’eau qu’il contient. Cela semble être son seul moyen de défense.
Les ascidies se fixent isolément sur les rochers et autres corps sous-marins, généralement à de grandes profondeurs. Leur couleur est sombre. Elles sont assez nombieuses dans toutes nos mers, mais c’est seulement sur les côtes méditerranéennes qu on les fait servir à la nourriture de 1 homme. On cueille surtout l’espèce appelée « ascidie petit monde » {Ascidia microcosmus Redi, ou A . siilvMa Coq), dont le sac branchial est plissé en long.
Les holothuries appartiennent aux zoophyte's et à la glande division des radiaires, parmi lesquels nous avons déjà rencontré l’oursin. On leur donne, en quelques endroits, le nom de cornichons de tnev . Que l’on se figure un animal allongé, tantôt cylindrique, tantôt pentagonal, droit ou arqué, ressemblant à un gros ver disgracieux et court, le corps couvert de sortes de papilles saillantes. Ces papilles sont ses ambulacres ou pieds, creux, extensibles, quelquefois places symétriquement, et toujours terminés par une ventouse en miniature. La bouche est placée à une extrémité du cylindre; chez certaines espèces, comme l’holothurie élégante {H. elegans O.-F. MülL), elle est entourée d’une couronne de tentacules élégamment ciliés; d autres fois, comme dans l’holothurie tuberculeuse, c’est un simple bourrelet frisé. Les plus grands de ces animaux ont, dans nos pays, O'". 30 de long.
Quelquefois, quand on les irrite, les holothuries rejettent brusquement et volontairement leurs viscères. On s attendrait à les voir périr, et cela arrive quelquefois.
mais pas toujours. Le docteur Johnson avait oublié pendant deux ou trois jours une holothurie dans un vase rempli d’eau non renouvelée. Elle devint malade et, sans qu’on pût comprendre pourquoi , elle vomit tout à la fois ses tentacules, son appareil buccal, son tube digestif et une partie de ses ovaires, qui tombèrent autour d’elle. Cependant sa vie n’était pas éteinte : sa peau vide se contractait au moindre attouchement. L’animal, dit J. Delyell, reproduisit peu à peu de nouveaux viscères : cette grande opération dura près de quatre mois, au bout desquels l’holothurie recommença sa vie habituelle.
Sans doute ces phénomènes sont extraordinaires, mais la multiplication de ces singuliers animaux n’est pas moins remarquable. Rymer Jones a vu une holothurie demeurer quelque temps immobile , chacune de ses extrémités s’élargissant et s’aplatissant peu à peu. En même temps, la partie moyenne devenait de plus en plus amincie, se réduisant à un fil trés-mince qui se rompit enfin et laissa isolées deux demi-holothuries à peu près de même grosseur. Plus tard, chaque organisation se compléta dans un repos réparateur, et il en résulta- deux animaux parfaitement semblables au premier qui leur avait donné naissance.
Ce sont les holothuries que les Chinois désignent sous le nom de trépang od tripang : ils les coupent en filaments et en font un potage qui ne le cède point, dit-on, à la fameuse soupe à la tortue.
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