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LE PORT DE BREST

Suite. — Voy. t. XLII, 1874, p. 332.

Les constructions reproduites dans le dessin de la page suivante sont situées sur la rive droite de la Penfeld, entre les formes de Pontaniou et le viaduc de la Grue. Ce sont d’abord, faisant face à ces bassins, les grandes forges des constructions navales , qui datent de 1789 , et où l’on a établi un ventilateur desservant quarante -sept feux simples, quatre feux doubles, un martinet de la force de quatre chevaux, trois marteaux-pilons de 500 kilogrammes chacun, etc. Au premier étage de ces forges est la limerie proprement dite, desservie, comme les ateliers de la chaudronnerie et du petit ajustage, par deux machines à vapeur de douze chevaux chacune, et pourvue d’un outillage des plus complets, car il comprend une trentaine de machines. Derrière les grandes forges, et adossé à sa façade nord, est un hangar construit en 1843, dont la première partie renferme une presse hydraulique servant à l’épreuve des objets ouvrés en bois, fer et chanvre, particulièrement à celle des câbles-chaînes. La seconde partie contient le

banc d’épreuve de la machine ; la troisième sert de magasin de dépôt des fers à mettre en œuvre. A l’extrémité nord de la rue parallèle aux grandes forges, on remarque une série d’ateliers construits de 1841 à 1847. C’est, en premier lieu, l’ancien atelier du zingage, où l’on a monté récemment un marteau-pilon de 8000 kilogrammes ; puis les ateliers du petit ajustage , des marteauxpilons et des martinets. Nous donnerons une idée de l’importance de ces derniers, en disant que six cent cinquante ouvriers y ouvrent annuellement un million de kilogrammes de fer, et qu’ils mettent en œuvre un matériel composé des principaux objets suivants : un marteau vertical ou pilon de 2 500 kilogrammes; un marteau automoteur pesant, avec son appareil, 3 500 kilogrammes; un autre marteau vertical de 500 kilogrammes , quatre martinets , deux ventilateurs , deux machines à vapeur, une chaudière, quatre fours à réverbère, quatorze feux fixes, un feu roulant, un conduit de flamme, et un établi de limeur.

Viennent ensuite les ateliers de la Madeleine, ainsi nommés du pénitencier qui, avant l’incendie de 1782, en occupait l’emplacement; ils sont situés au nord-ouest des bassins de Pontaniou, avec lesquels ils communiquent par la levée de Pontaniou, large chaussée construite de 1807 à 1809. Sous cette levée sont les magasins de la direction des travaux hydrauliques ; derrière , les ateliers ; au sud, la prison de Pontaniou, lieu de détention pour les marins et les ouvriers de l’arsenal. Les ateliers du plateau des Capucins sont situés sur l’emplacement qu’occupait l’ancien couvent de ce nom, acheté par Louis XVI, en 1789, et attribué à la marine en 1791 ; ils ont été fondés en 1841 et 1845, et plus que doublés de 1858 à 1864. Ils occupent une superficie de 2 hectares et demi, et, par leur mode de construction, leurs dispositions intérieures, leur outillage, ils forment un établissement grandiose et qui a certainement peu de rivaux en Europe. Le sol du plateau est élevé de 25 mètres au-dessus du niveau des quais ; mais cet inconvénient, qu’on n’a pu éviter à cause de l’impossibilité où l’on était de trouver ailleurs un emplacement suffisant, est atténué, non-seulement par la proximité des grandes forges et autres ateliers des constructions navales, mais encore par l’établissement d’une rampe praticable aux voitures, ainsi que par celui de grues reliées aux ateliers par un réseau complet de voies ferrées. Cet établissement se compose de trois grandes halles parallèles, larges de 16 mètres, longues de 150, séparées les unes des autres par des bâtiments plus bas dits annexes. On les appelle, en raison de leur destination, halles de fonderie, d’ajustage et de montage. A l’est de cette dernière, les bâtiments annexes prennent une grande importance et sont occupés par la grosse chaudronnerie.

Cette grosse chaudronnerie, où se confectionnent les chaudières des bâtiments à vapeur, est sillonnée par trois voies ferrées , qui communiquent avec le réseau et pénètrent de 30 mètres dans l’atelier. Cet atelier peut contenir de quarante à cinquante corps de chaudières de cent vingt chevaux chacun. Au-delà des 30 mètres, sur une seule ligne parallèle à la façade, sont rangés seize autels de forge, ayant chacun sa cheminée. Environ vingt machines-outils à percer, buriner, cintrer, etc., sont alimentées, ainsi que les souffleries des forges, par deux machines de la force de vingt chevaux chacune, dont une seule suffit, à la rigueur, au service de l’atelier, qui n’est jamais exposé à chômer. Enfin, un four à réchauffer les tôles, d’un nouveau modèle, complète l’outillage. Dans les bâtiments voisins de l’atelier se trouvent ses dépendances, c’est-à-dire la chaudronnerie de cuivre, contenant quatre autels de forge et quelques machines-outils , une

salle d’épure des chaudières. Trois cenls hommes environ forment le personnel de cet atelier; mais l’outillage permet d’en utiliser quatre cents. Les halles du montage et

de l’ajustage sont désignées, avec leurs annexes , sous le nom spécial d’atelier des machines. A leur sortie des forges ou de la fonderie, les pièces de fonderie, préalablement

tracées dans la halle du montage, sont envoyées dans celle de l’ajustage, où elles sont tournées, rabotées, burinées, etc.; et quand tous les organes d’une machine ont été ainsi préparés isolément, on fait le montage de la machine avant de l’envoyer au navire auquel elle est destinée. L’outillage de la halle de montage se compose d’un chariot destiné au transport et à la manœuvre des pièces d’un très -grand poids, q^u’il faut présenter les unes aux autres avec beaucoup de précision ; ce char-iot pèse 61 tonnes et peut manœuvrer facilement un poids de quarante tonnes. Sa translation et l’élévation du poids se font au moyen d’une corde sans fin qui transmet au chariot, en quelque endroit de sa course qu’il se trouve, le ihouvement des machines.

Deux autres chariots, de 12 tonnes chacun, sont mus h bras, et transportent des charges de 3 tonnes. Une ligne de rails qui traverse l’atelier dans toute sa longueur aide à la facilité des manœuvres. Les grandes machines-outils à raboter et à buriner, placées à l’extrémité sud de la halle de montage, appartiennent de fait cà l’ajustage, mais elles n’ont pu y être établies , à cause de leurs grandes dimensions. L’ajustage, occupant la grande halle centrale et ses annexes, est divisé dans sa largeur par deux rangées de colonnes, laissant entre elles une rue de 10 mètres et supportant deux étages de planchers. Plus de quatre-vingts machines à tourner, raboter, buriner, etc., occupent le rez-de-chaussée, ainsi que le premier étage et leurs annexes.

Tous ces outils sont disposés de manière à pouvoir être mis en mouvement par une seule machine, dont la force se transmet jusqu’à 200 mètres, au moyen d’un système d’arbre de couche à grande vitesse, dont l’ensemble présente un développement de plus de 500 mètres. Les ateliers du montage et de l’ajustage emploient 800 ouvriers, que l’outillage permettrait de porter à douze cents. Les chambres des machines motrices, de la force de quarante -huit chevaux chacune, sont placées, avec leurs chaudières, dans la cour située entre l’atelier de montage et la fonderie.

Chacune de ces deux chambres est munie de deux citernes, dans lesquelles sont recueillies les eaux pluviales, jusqu’à concurrence de 786 mètres cubes pour celles du sud et de 576 pour celles du nord. Ces eaux sont filtrées et destinées à l’alimentation des chaudières. La fonderie, qui occupe la troisième grande halle, d’une superficie de 3 600 mètres carrés, ses annexes comprises, est pourvue de deux grands fours Wilkinson, pouvant contenir chacun 4500 kilogrammes de métal; de quatre pe-

tits, susceptibles d’en fondre 2500 kilogrammes chacun, et de deux fours à réverbère, les deux plus vastes qui soient à Brest, et pouvant contenir jusqu’à 10000 kilogrammes de métal chacun. Les six premiers ont chacun leur cheminée. Les souffleries de ces fours sont alimentées par un canal souterrain, qui reçoit le vent d’un ventilateur mù par les machines de l’ajustage. La fonderie est encore pourvue de huit grues, dont quatre peuvent élever chacune de 25 à 30 000 kilogrammes, et les autres 22000 kilogrammes aussi chacune. Avec son outillage actuel et un personnel de cent trente ouvriers , l’atelier peut fondre des pièces de 20000 kilogrammes et produire par mois

45000 kilogrammes. Un outillage complet et un personnel augmenté permettraient d’élever la production mensuelle à 130000 kilogrammes.

Aux extrémités sud et nord de ces ateliers sont deux môles en maçonnerie, celui de la maçonnerie et celui du viaduc, où sont établies des grues puissantes. Ce dernier môle est relié au terre-plein du plateau par une arche en plein cintre de 30 mètres d’ouverture, toute en pierre de taille, exécutée de 1848 à 1857. Une voie de fer, établie sur le plateau du viaduc et s’embranchant sur le réseau des ateliers, amène les pièces ouvrées sur la plate-forme, où une grue en métal, dite du viaduc, capable de porter

Port de Brest. — Bateau-porte en fer ('). — Dessin de Ph. Blanciiard,

des poids de 40 tonnes, vient les saisir, puis, roulant sur ses galets, va les porter à 10 mètres de distance sur les navires, ou les enlève desdits navires avec la même facilité. Cette grue peut encore servir avec avantage de machine à mater.

Sur le quai attenant aux grandes forges se dresse le grand bâtiment de la menuiserie, bâti en 1743; il est terminé à son extrémité par deux pavillons affectés, celui du sud, qui fait retour sur l’anse de Pontaniou , aux bureaux de la comptabilité des constructions navales; celui du nord, au bureau du commissaire des travaux, de l’inspecteur de ce détail et au poste du chirurgien en chef de l’arsenal , chargé de porter les premiers secours aux ouvriers blessés sur les travaux. Entre ces deux pavillons , .^nt de grands magasins,^ puis les bureaux des ingénieurs

des travaux hydrauliques et des constructions navales.

Entre cet atelier de menuiserie et le viaduc sont les ateliers de calfatage, de sculpture et peinture, qui datent de 1692; puis l’atelier des cabestans ou grosses œuvres et le magasin aux mâts, construits de 169^à 1705. La salle des modèles a été établie en 1826, au premier étage

(’) Lorsc[u’on remonte le cours de la Penfeld et qu on a dépasse le pont National, on arrive bientôt, en suivant le quai qui borde les ateliers de l’artillerie , devant les formes de Pontaniou. C’est l’un des bateaux-portes qui servent aujourdhui décluses à ces bassins que notre dessin représente. Leur installation est la dernière construction de quelque importance à laquelle aient été employés, a Brest, les condamnés aux travaux forcés. Les formes de Pontaniou constituent aujourd’hui un vase de 75 mètres de longueur sur 20 de largeur et 9 de profondeur, vase d’un seul bloc et pouvant contenir environ 13 500 mètres cubes d’eau.

de la sculpture. Au premier étage de la peinture est l’école élémentaire du port, suivie par une moyenne de trois cent cinquante apprentis des diverses directions.

La suite à une prochaine livraison.

INFLUENCE DE L’INSTRUCTION

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