‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 92 sur 712 · III. — ESPOIR · texte numérisé non relu

III. — ESPOIR

La terre a reverdi, l’aubépine est en fleur; l’herbe épaisse couvre de son manteau lés déchirures de la terre et les tertres sous lesquels dorment ceux qui ont succombé le jour de la grande bataille. L’aubépine, de ses branches épanouies, voile le canon démonté qui reste incliné sur sa roue brisée. Partout la vie surabonde; les plantes à la taille élancée ont poussé entre les montants de l’aflùt et les jantes des roues. Des papillons volent çà et là , enivrés par la lumière du ciel et le parfum des fleurs. L’oiseau a quitté la forêt , il est revenu à son ancien nid. Perché sur une des roues du canon, il entonne pour sa nouvelle couvée l’éternelle chanson du printemps.

Mais plus son chant est rempli d’allégresse, plus mon âme s’attriste à l’entendre. « Comme la nature se rit de nos douleurs, et comme Dieu s’est retiré de nous ! » Voilà les pensées qui naissaient de l’amertume de mon cœur. Mais à mesure que l’oiseau chantait, un charme étrange agissait en moi : mes pensées devenaient moins amères. Cette douce musique, par mjie force à laquelle je résistais en vain, m’attirait peu à peu hors de ma tristesse; elle emportait mon âme vers des régions plus élevées et plus sereines où j’entrevoyais un rayon de la vérité. Non, la nature ne se rit pas de nos malheurs, et Dieu ne se retire que de ceux qui le repoussent. Nos larmes, notre désespoir, nos plus affreuses catastrophes, sont, entre ses mains puissantes, comme les germes de notre bonheur à venir. Jamais , sur cette terre , le sang de l’homme n’a été versé en vain. Ici même a coulé notre sang le plus pur ; ce n’est pas une vaine rosée que la terre a pu boire en une heure , c’est l’holocauste qui doit nous purifier et nous racheter. Ceux qui reposent sous ces tertres fleuris ont acquis en un jour la gloire la plus belle et la plus pure où l’homme puisse aspirer, car ils sont morts pour la patrie, et Dieu sera pour eux un juge indulgent. Notre devoir est de les honorer en suivant leur exemple. Est-ce suivre leur exemple que de nous laisser amollir par la douleur et de nous attendrir sur nous-mêmes?

Élève-toi, mon cœur! cherche Dieu; fais ton devoir, partout, toujours. Du dévouement le plus obscur, aussi bien que de la gloire la plus éclatante , se compose la grandeur de la patrie.

Ces pensées avaient germé dans ihon âme aussi naturellement que l’herbe sur la glorieuse tombe de nos chers morts. Plus l’oiseau chantait , plus mon cœur devenait vaillant, et je sentis bientôt s’épanouir en moi la fleur divine de l’espérance.

WOOVELLE.

Suite. — Voyez pages 50, 61, 78, 93.

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