‹ Magasin théâtralChapitre 1184 sur 1475 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LÉON, LE DOCTEUR

Qu'y a-t-il, docteur? Vous avez été effrayé, n'est-ce pas, de cet accès d'exaltation, suivi de cette faiblesse subite ? C'est de cela que vous voulez me parler? Pauvre Yalentine!... pourquoi le silence de mon père l'a-t-il onlretenue dans celle folle espérance de revoir sa mère? H eût été iDoins dangereux de lui dire la vérité.

LE DOCTEUR

Quoi donc, voire père aùrail-il une preuve que la mar(iuise est morte'/

LÉUN.

Je ne !c crois pas ; mais, si elle vivait, comment

depuis six ans n'aurait- elle pas donné de ses nouvelles?

LE DOCTEUR

Tous ceux qui se taisent sont-ils morts? Tous ceux qui .'^ont absents ne reviendront-ils jamais? Ne délendez pas l'espérance à lani de Français séparés les uns des autres el qui aspirent à se retrouver. Qui sait où la nécessité d'assurer sa vie a pu conduire votre tante ? Elle s'est peut-être réfugiée en Amérique, comme l'auteur de ce livre charmant et sublime que je vous ai prêté l'autre jour. Vous vous étonnez que Valenline attende sa mère avec tant de persévérance? Soyez cunvaincu que ses illusions sont partagées par tous ceux dont la révolution a dispersé les familles. Tenez, moi qui vous parle, je connais un pauvre père qui depuis six ans aussi ignore le sort de sa fille ; et quoiqu'il ait trop de raisons pour croire qu'elle est morte ; comme en pareille matière il faut mille preuves pour une, il fait comme votre cou-, sine, il espère et il atlend toujours.

Docteur, que voulez-vous dire? Est-ce votre secret qui vous échappe? ce malheureux père dont vous me parlez...

LE DOCTEUR

Je vous conterai un jour son histoire. En attendant, ne traitez plus de folies les espérances de Valentine ; c'est me faire plus de mal que vous ne pensez.

LÉON

Que le Ciel exauce ses vœux et les vôtres ! mais qu'il lui donne des forces pour supporter des émotions si vives. Je crains pour elle le retour de sa mère presqu'autant que la nouvelle de sa mort.

LE DOCTEUR

Vous avez peut-être raison. Heureusement, la santé de Valenline permet de songer à un moyen bien simple de conjurer ce double danger, et c'est de cela que je voulais vous entretenir.

LÉON

El quel est ce moyen? Parlez, parlez vile.

LE DOCTEUR

Mon ami, vous aimez votre cousine?

LÉON

Docteur?...

LE DOCTEUR

Me serais-je trompé?

Non, non, certes !

LE DOCTEUR

Eh bien! demandez sa main à votre père. Que des sentiments, des intérêts nouveaux entrent dans le cœur de Valenline. Vienne alors une bonne ou une n.auvaise nouvelle, elle aura des forces pour y résister.

LHON.

Ah: docteur, c'est le Ciel que vous m'ouvrez!

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