ACTE I, SCÈNE VU
J'avais cru jusqu'ici que l'état de Valentine m'interdisait toute espérance, et ce n'est qu'avec effroi que je songeais à ma passion pour elle. Vous levez la barrière qui nous séparait; vous m'encouragez à demander sa main ; merci, oh! mille fois merci! A l'instant même je cours trouver mon père, et, fort de voire appui, je lui dirai... Mais est-ce bien à moi de faire cette démarche? Docleur, ne me rendez pas un demi-service: vous savez si j'aime mon père; enfant, j'ai reçu bien des marques de sa tendresse; mais depuis qu'il est de retour parmi nous, son caractère change, et sa misanthropie augmente tous les jours. Je ne doute pas de son affection ; mais je ne lui parle plus avec liberté, avec confiance. Assurez le succès de ma demande en la lui présentant pour moi.
LE DOCTEOR.
Quoi ! se peut-H que votre père se soit aliéné à ce point votre cœur?
LÉON
Oh! je vous proteste qu'il a toute mon amitié, tout mon respect.
Qu'il est difficile de garder une juste mesure avec ses enfants ! Trop de sévérité les éloigne ; trop d'indulgence peut les perdre. Ah! les terribles devoirs que ceux d'un père !
LÉON
Eh bien?
LE DOCTEUR
Eh bien, allons retrouver Valentine et voir si le panier de fraises est cueilli ; notre repas fini, j'irai parler à votre père^ qui doit être en chasse aux environs.
LÉON
Ah! mon ami, Valentine et moi nous vous devrons la vie ! {Ils sortent.)
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