SCENE VIII
Les MÊMES, LÉON, VALENTINE, THÉRÈSE et
LE DOCTEUR, entrant par la droite; un moment après, LE VICOMTE, qui entre par le fond.
VALENTINE, OU doctCUr.
J'espère que le panier est beau. {Apercevant d'Aubray.) Ah! mon oncle.
LÉON
Mon père !
d'aubray.
Approchez, Valentine... Comtesse, je vous pré • sente mademoiselle d'Aubray.
LA COMTESSE
Mademoiselle d'Aubray voudra- t-elle avoir un peu de bienveillance pour une ancienne amie de sa famille, et en attendant que je la mette en rapport avec ma fille, me permetira-t-elle de lui présenter le vicomte de Batz, mon neveu ? LE DOCTEUR, à part.
Le vicomte de Batz ? Ciel !
d'aubray, à part.
Ah ! je comprends!
LÉON, à part. Que nous veulent ces étrangers?
LE VICOMTE
Mademoiselle, je suis charmé...
VALENTINE
Monsieur.
LA COMTESSE
Ma voilure est là, n'est-ce pas, vicomte? Bonne dame, je vous remercie de l'hospitalité que vous m'avez accordée. Mademoiselle Valentine veutelle accepter une place à côté de moi, pour retourner au château'?
VALENTINE
Madame, c'est que...
LA COMTESSE
Hé bien?
VALENTINE
Hé bien ! mon cousin Léon et monsieur le docteur Lagraniie avaient bien voulu accepter
LA MARQUISE D'AUBRAY
leur part d'une petite collation champêtre que je viens de préparer. Je ne puis me dispenser d'en faire les honneurs. Soyez d'abord des nôtres, après cela je partirai bien volontiers avec vous.
Je suis au désespoir de ne pouvoir accepter une in\itdtion si gracieuse, mais ma fille m'attend.
LE DOCTEUR, prenant le vicomte à part.
Monsieur, de grâce, deux mots.
LE VICOMTE
Monsieur, tant que vous voudrez. Ne les comptez pas.
LE DOCTEUR
Vous êtes le vicomte de Baiz, ancien capitaine au régiment de Champagne?
LE VICOMTE
Oui, Monsieur.
LE DOCTEUR
Vous avez été l'intime ami du marquis de Blainville, mort à Marseille en 1794, sur l'échafaud révolutionnaire?
LE VICOMTE
C'est vrai.
LE DOCTEUR
Et même à cette époque, vous étiez à Marseille aussi ?
LE VICOMTE
C'est encore vrai. Il y allait pour moi de la vie; mais je voulais sauver ce pauvre marquis. LA COMTESSE, au fond.
Hé bien, vicomte, vous ne venez pas?
Je sollicite de vous la faveur d'un entretien particulier, et je vous prie de me l'accorder le plus tôt possible, il y a longtemps que je vous cherchais.
LE VICOMTE
Monsieur, je suis flatté de cet empressement. Je serai au coup de deux heures sur la place de l'église, prêt a entendre ce que vous aurez à me communiquer.
LE DOCTEUR
Merci! merci! (A lui-même.) Oh! ma fille, ma fille, saurai-je enfin si je ne dois plus le revoir?
FIN DU PREMIER ACTE