SCENE PREMIERE
Ici:
ANTOINE
Sans doute. Le docteur Lagrange n'est-il pas son médecin?
LA DAME
Elle était ici !
ANTOINE
Comme vous n'étiez pas encore revenue à vous, vous ne la voyiez pas, mais elle vous a vue... Et tenez, ce flocon que vous lene/. à la main, sjns vous en apercevoir.
LA DAME
Ce flacon...
ANTOINE
Elle vous l'a donné. G était le sien,
LA DAME
Le sien î {Elle le baise avec transport.)
Mon Dieu, Madame, qu'avez-vous ?
LA DAME
Elle est retournée au château, n'est-ce pas ?
ANTOINE
Non. Elle est allée faire une promenade dans le petit parc.
LA DAME
De quel côté ?
ANTOINE
Du côté d'un arbre planté le jour de la naissance de sa mère.
LA DAME
Ah! je sais où il est! Valentine! Valentine! (Elle sort éperdue. Antoine la suit.)
FIN DU DEUXIÈME ACTE
D'AUBRAY, e» scène; LÉON, qui entre parle fond.
D AUBRAY
C'est vous?
LÉON
Oui, mon père.
d'aubp.ay.
Qui venez vous
chercher ici?
LÉON
Vous mêiTie.
D AUBMY.
Je suis occupé. Dites vite ce que vous avez à me dire.
LÉON
Je venais... je voulais... Je vous demande pardon, mais la sévérité de votre accueil... d'aubuay.
Voyons, mon fils, remettez-vous, et dites-moi ce qui vous amène.
LÉON
Eli bien ! la nouvelle que vous m'avez ctonnéo ce in:!!in ni'ii Icllonicnl ^-u'-pris, que je n'u: rien
LA MARQUTSE D'AUBRAY,
rouvé à vou? répondre; mais comme un silence plus long pourrait vous donner le change sur mes sentiments, je viens vous déclarer que j'adore Valentine, et que je suis résolu à mourir^ si vous Ja donnez au vicomte de Batz.
d'aubray.
Pour parler en termes plus simples, vous me demandez la main de votre cousine?
LÉON
Je vous supplie au moins de ne point m'empôrher d'y prétendre. La raison de Valentine est précoce ; laissez-lui le droit de choisir.
Je ne feindrai pas l'élonnement. J'avais remarqué depuis quelque temps que votre affection pour Valentine n'était plus celle d'un frère, et si je vous ai annoncé si vile le dessein que j'ai formé de la marier à M. de Batz, c'est qu'il importait de couper court à des espérances qui ne peuvent être suivies d'aucun succès. Je vois avec regret le trouble où vous jette une déclaration si positive, mais il serait plus cruel de vous abuser. Mon fils, vous n'épouserez jamais votre cousine.
LÉON
Et la raison de cet arrêt?
d'aubray.
Il y en a plusieurs ; je vais vous dire celle qui vous frappera le plus. Votre cousine a deux millions : tuteur d'une si riche héritière, je ne pourrais l'unir à mon fils sans encourir, sans mériter le reproche d'avoir contraint son inclination ou capté sa confiance. Vous seriez atteint du même blâme. Qu'en pensez-vous ?
LÉON
Cette crainte est légitime, et je m'incline devant une si noble susceptibilité, .le n'ai pas besoin de vous assurer que je n'ai jamais songé à la fortune de Valentine ; mais parce qu'elle a deux millions, faut-il que vous la rendiez malheureuse! Elle le serait avec ce vicomte de Batz, n'en douiez pas ; car enfin, je puis tout vous dire, et Valentine m'y autorise : elle m'aime, mon père ; elle m'aime pour la vie. Elle m'aime autant que je puis l'aimer! C'est donc en son nom et au mien que je vous parle ; c'est de son bonheur et du mien qu'il s'agit. Je me jette à vos pieds, mon père, et je ne m'en relèverai point que vous ne m'ayez promis de retirer la parole que vous avez donnée à M. de Batz. Ne me répondez pas encore! n'achevez pas ce geste où se trahit un refus qui va me réduire au désespoir! Vous m'aimiez autrefois! Pour quelle faute suis-je tombé dans votre disgrâce? pourquoi, distrait ou sévère, évitez-vous toujours ma présence? Hélas! votre froideur réagit sur moi-même, et depuis un an peut-être, je ne vous ai pas dit autant de paroles que je vous en dis en ce moment! Cet état ne peut durer, il est impossible que vous ne retrou-
viez pas dans votre cœur quelques restes de l'affection que vous m'avez jadis témoignée. Vous êtes ému ! Ah! Dieu soit loué ! ■voici déjà que cette sainte affection se ranime. Non, vous ne voulez ni mon malheur^ ni celui de Valentine! Vous allez congédier cet odieux rival et rendre complètement heureux pour moi ce jour où j'ai appris que j'étais aimé d'elle, et que je n'étais point haï de vous !
d'aubray.
Moi, vous haïr, mon fils, avez-vous pu le supposer ? Il est vrai, j'ai rapporté du monde des souvenirs qui me font supporter impatiemment la société des hommes ; mais est-ce vous que je fuis? non ; c'est la solitude que je cherche. D'ailleurs, ne croyez pas que je vous perde de vue autant que j'en ai l'air. Absent, je vous surveille ; je vous suis d'un regard plein d'orgueil et de tendresse, car je suis fier de vous^ mon fils, je suis fier de vous. J'ai les mêmes sentiments pour Valentine, et plût au ciel qu'il m'eût; été permis de vous unir : c'a été le rêve de ma vie ; mais il faut que j'y renonce. Mon cher Léon, comprenez-moi bien. Des nécessités auxquelles je ne puis me soustraire me contraignent à une alliance avec la famille de madame de Batz, et si Valentine n'épouse pas son neveu, je vous supplierai d'épouser sa fille.
LÉON
Vous me supplierez d'épouser sa fille !
d'aubray, avec douleur.
Oui, oui, mon fils, et je vous prédis que vous y consentirez.
LÉON
Mais quelles sont donc les nécessités dont vous parlez :' Quel lien si puissant existe-il entre vous et cette femme ?
d'aubray.
Pas un mol de plus; la voici.
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