ACTE HT, SCftNE ÎU
vous ne pouvez pas vous y attendre. La marquise d'Aubray, votre belle-sœur, n'est pas morte,..
n'ACBRAT.
Qui vous a fait ce conte?
LA COMTESSE
Je viens de la voir ici.
d'aubray.
Vous avez vu la marquise d'Aubray, vu ?
LA COMTESSE
Je revenais du bourg avec l'importante nouvelle que les papiers, adressés par Didier au ministre de la justice sont arrivés ce matin même entre les mains du juge de paix lorsqu'au détour d'une allée du petit parc une femme, qui marchait rapidement, s'est présentée à moi. Ah ! d'Aubray, il n'y a pas de doute possible. Dix ans de malheur et d'exil ont cruellement altéré ses traits ; mais depuis que nous la croyons morte, je l'avais vue en rêve si souvent, que je n'ai pas hésité à la reconnaître. A cette miraculeuse apparition, je suis restée muette, immobile, pétrifiée. Elle, toute à l'émotion qui la dominait, sans voir mon trouble, sans même regarder mon visage : « Je cherche « mademoiselle d'Aubray, dit-elle d'une voix ha- « letante, Tavez-vous vue? » Sur ma réponse négative, elle a continué sa course ; et moi, rendue à moi-même par l'imminence de votre danger^ je suis venue, en toute hâte, vous informer de cet incroyable retour.
LÉON, reparaissant.
Que lui dit-elle? l'agitation de mon père m'inquiète.
d'aubrav.
Ce n'était point ma belle-sœur. Plût à Dieu que ce fût elle ! j'aurais un crime de moins à me reprocher j mais la marquise d'Aubray est morte : j'en ai la preuve.
LA COMTESSE
Y a-t-il des preuves contre l'évidence? Elle aura été condamnée, puis sauvée. La révolution est pleine de ces histoires-là. Encore une fois, je vous dis que je l'ai vue, que je l'ai reconnue , et que demain, aujourd'hui, peut-être, la déclaration de Didier lui sera remise. Quelle mesure cnmptezvous prendre?
d'aubray.
Aucune. La marquise aimait Corelli comme un père : elle saura que je l'ai fait périr quand il volait à Marseille afin de lui sauver la vie. Il n'y a rien à faire : je suis perdu,
LA COMTESSE
Non, vous ne l'êtes pas. Ne vous laissez pas abattre ; il y a un moyen de tout sauver. d'aubray.
Vous pourriez détruire ces papiers maudits?
LA COMTESSE
J'empêcherai du moins qu'ils soient remis à la marquise.
n AUBtxAr.
Et comment?
LA COMTESSE
Votre fils approche.
LÉON
Mon père, vous semble/, souffrant, pardonnez si je viens...
d'aubray.
Je vous remercie, mon fils, ce n'est rien.
LA COMTESSE
Venez, d'Aubray, venez. (Elle sort avec d'Ai^ hray.)