ACTE 111, SCENE Yï
la tendresse qu'elle avait pour moi! Oh: cette pensée contient assez de bonheur pour me faire attendre patiemment les joies plus vives, mais non plus profondes qui me sont réservées. Ne te presse pas de te réveiller ; dors, dors, chère fille, reprends des forces pour m'embrasser : Elle m'a vue sans me reconnaître. Pourquoi m'en étonner? Je ne suis pour elle qu'une vision souriante, mais effacée, qui se perd dans les ténèbres du premier âge, dans les vagues impressions du berceau. Je ne lui ai donné que la vie, {Elle s'arrête devant un tableau de famille qui représente la douairière d'Aubray.) C'est vous qui l'avez élevée. Madame , vous, la mère de mon mari. Contrainte à vous séparer de votre fils que j'emmenais dans un climat plus doux, vous avez exigé que je vous laissasse ma fille, et je n'ai pu refuser cette consolation à votre vieillesse. Vos soins ont fortifié sa santé, vos paroles lui ont fait aimer sa mère absente. Que votre souvenir soit béni ! Voilà mon clavecin, ma bibliothèque, rien n'est changé dans ce salon. Quel plaisir de se retrouver parmi des meubles connus, de sentir battre près de soi des cœurs amis. Mon clavecin est ouvert; Valentine est musicienne. Une sonate de mon pauvre Çorelli! Ami dévoué! le reverrai-je? (Elle s'arrête comme frappée d'une idée subite.) Oui, je ne puis maîtriser mon cœur plus longtemps; je ne me révélerai à elle qu'après toutes les préparations possibles, mais que je la voie au moins! {Elle se met à son piano.) La musique éveille sans secousse. D'abord, c'est une harmonie douce et vague qui paraît amenée par votre rêve et s'identifie avec lui. Peu à peu, les images du rêve s'affaiblissent et l'harmonie prend de la force; les yeux ne s'ouvrent pas encore; mais l'âme a déjà reçu le sentiment delà réalité {La porte s'ouvre.) C'est elle î
V%V'*\\'V*VVV%\'VVV\"V\VV\VVX\V\\
vit 'VVVt'WWW