‹ Magasin théâtralChapitre 1208 sur 1475 · LA MARQUISE, VALENTINE · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, VALENTINE

VALENTINE

Qui donc est là?

LA MARQUISE

Elle parle !

Madame.

LA MARQUISE

Cachons mes larmes... {Elle se lève.) Mademoiselle^ pardon si... ah! qu'elle est belle!

VALENTINE

A qui ai-je l'honneur de parler? •

LA MARQUISE

Ce sont les yeux de son père.

VALE.NTI.NE.

Mais je ne me trompe pas. Madame ; c'est vous que j'ai vue chez le bon docteur Lagrange ; vous étiez dans la voiture qui a versé en arrivant daiii le village?

LA MARQUISE

Oui, Mademoiselle.

VALENTINE

Le docteur m'avait bien dit que votre indisposition n'aurait pas de suite.

LA MARQUISE

En entrant ici, je n'ai trouvé personne pour m'annoncer. Il m'est venu l'idée de me mettre dU clavecin et de jouer quelques mesures pour qu'on fût averti de ma présence. Je vous ai dérang«}3 peutrêtre.

VALENTINE

Non, je crois bien que je dormais un peu ; mais on a toute la nuit pour dormir, et mon réveil a été fort agréable.

LA MARQUISE

Je vous rapporte votre flacon.

VALENTINE

Pourquoi refuser une bagatelle qui a pu vous être utile un moment ?

LA MARQUISE

Eh bien! je l'accepte; mais au moins fallait- il venir vous remercier.

VALENTINE

Ce n'est point pour si peu de chose que vous avez interrompu votre roule?

LA MARQUISE

Aubray était le but de mon voyage.

VALENTINE

Vraiment! Et qui venez-vous y voir?

LA MARQUISE

D'abord, vous.

VALENTINE

Moi ! moi !

L\ MARQUISE, À part.

Elle pâlit.

VALENTINE

C'est moi que vous \enez voir!., et dans qm-j dessein? De qui avez-vous à me parler ? Qui èiesvous? Au nom du ciel, qui étes-vous?

LA MARQUISE

Une étrangère dont le nom même vous est inconnu ; mais promettez-moi d'avoir delà raison, du calme, et je vous parlerai de votre mère.

VALENTINE

De ma mère ! Vous la connaissez?

LA MARQUISE

Oui.

VALENTINE

Vous venez de sa part

LA MARQUISE

Oui.

VALENTINE

Pour m'annoncer son retour?

LA MARQUISE

Oui.

VALENTINE

0 mon Dieu! ma mère va revenir! {Elle s'assied soutenue par la marquise.)

LA MARQUISE

Elle se trouve mal, du secours!

LA MARQUISE D'AUBRAY

VALliNTlNE.

Non, demeurez, ce n'est rien. Comment recevoir sans émotion une nouvelle qui était le rêve de ma viet* Ma mère va revenir. Ah! j'étais bien sûre que je la reverrais: Vous qui me la rendez, merci, mon Dieu, merci. Eh bien ! vous me quittez.

LA MARQUISE

Il le faut bien.

VALENTINE

Pourquoi .f*

LA MARQUISE

Vous êtes trop agitée pour que cet entretien continue.

VALENTINE

Eh! croyez-vous que je vous laisse partir?... Voyons^ je me calme... Où avez-vous quitté ma mère?

LA MARQUISE

A Marseille.

VALENTINE

Quand ?

LA MARQUISE

Il y a huit jours.

Qui l'a empêchée de vous accompagner?

LA MARQUISK.

Des atraîres qu'il fallait terminer.

VALENTINE

Quelles affaires ?

LA MARQUISE

Elle arrivait d'Amérique, où elle a passé cinq ans.

VALENTINE

Elle était en Amérique? je m'en doutais. Et qui l'y a retenue si longtemps?

LA MARQUISE

Les révolutions de France ; les révolutions de Saint-Domingue; la misère...

VALENTINE

La misère!..

LA MARQUISE

Elle est heureuse maintenant, consolez-vous.

VALENTINE

Quoi, ma mère a pu connaître la misère, tandis que-moi^ je vivais dans luxe! Et quel heureux concours de circonstances lui a enfin permis de revenir en France ?

LA MARQUISE

Elle a amassé lentement, bien lentement, en donnant des leçons de musique^ la somme qu'il lui fallait pour payer son passage. Cette somme acquise et les préliminaires de la paix avec l'Angleterre ayant rendu la mer libre, elle est partie pour Marseille, ou je l'avais connue dès le premier séjour (jucUe y a fait, quand, revenant d'Italie, après la mort de son mari^ elle fut jetée dans les prisons du tribunal révolutionnaire. J'étais prête à rSuCurner dans l'est de la France, où je suis née.

« Mon amie, me dit-elle, je suis obligée de rester « quelques jours à Marseille. Puisque vous allez « en Lorraine, rendez-moi le service de vous ar- « rôler à Aubray, où est ma fille. Voyez-la et • annoncez-lui mon prochain letour; elle est « d'une santé délicate, je suisbien aise que vous « la prépariez à la joie qui l'attend. Ma chère « Valentine! j'ai bien souffert depuis dix ans que « je suis exilée ; mais le bonheur de le revoir me « fera tout oublier! » C'est ainsi que m'a parlé votre mère, et comme je parlais : « Une dernière « recommandation, m'a-t-elle dit, embrassez-la « pour moi ! » {£lle lui tend les bras, Valentine s'y jette.)

VALENTINE

Ah ! de tout mon cœur !

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