ANTOINE, LA MARQUISE, THERESE
Un coup d'épée!
LÉON
Monsieur le vicomte.
Mon cher Léon, vous avez beau faire; vous ne m'imposerez pas le silence sur un Irait aussi beau que celui-ci.
LÉON
Au nom du ciel !
LE VICOMTE
Je n'écoute rien. Figurez-vous, Madame, que nous sommes rivaux.
LA MARQUISE
Rivaux!
LE VICOMTE
Oui, nous prétendions l'un et l'autre à la main de mademoiselle d'Aubray.
LA MARQUISE
De ma fille?
LE VICOMTE
Votre fille?... Quoi! Madame, c'est vous qui... Excusez-moi... On m'a parlé brièvement de votre arrivée ; mais j'ignorais que vous fussiez établie ici. Èh bien ! si vous êtes la mère de mademoisellu Valentine, il est encore plus nécessaire que je vous conte noire aventure et que je vous fasse part de ma nouvelle résolution.
LA MARQUISE, à LéOTl.
Quoi ! Léon, vous aimez ma fille?
LE VICOMTE
Et votre fille l'aime aussi.
C'est trop !
LE VICOMTE
Comment, je fais vos affaires, et vous n'avez pas l'air content? Madame, veuillez me croire. J'avais pour moi le consentement de M. d'Aubray; mais Léon avait pour lui l'aveu très accentué do sa cousine. Il ne songe pas à le contester.
LA MARQUISE , OU vicOTUte.
Et comment ce duel?...
LE VICOMTE
Oh! ce duel a tout arrangé. Blessé par moi, M. d'Aubray tenait ma vie en son pouvoir, car, en dépit de mes dix ans de salle, fortifiés de son inexpérience, j'avais été assez maladroit pour l.i lui livrer. A sa place, tout autre aurait usé de son droit comme rival et comme adversaire. Eh bien ! savez-vous ce qu'il a fait? Triomphant, en un n.oment, de l'animation du combat et de l'irritation de sa blessure, il a jeté son épée et m'a tendu la main! Y a-t-il un trait plus admirable? Mon cher Léon , je n'ai pas la prétention de comparer mon procédé au vôtre; mais, maintenant que tout s'est passé comme il convenait, je suis bien aise de vous dire que le jour même ou nous avions pris rendez-vous, j'a\ais renoncé d
LA MARQUISE D'AUBRAY
votre cousine. Cette déclaration ne m'acquitte pas envers vous : vous épouserez mademoiselle d'Aubray, je le veux, j'en fais mon affaire; et ce duel où j'ai reçu la leçon que je croyais donner vous aura conquis la main d'une femme charmante et le cœur d'un véritable ami.
THÉRÈSE, à part à Antoine.
Il a renoncé à la main de Valentine, ah! quelle bonne nouvelle!
LE VICOMTE
Eh bien ! ce que je dis là ne paraît faire aucune impression sur vous? Que tout-à-l'heure vous fussiez sombre et morne, au point d'avoir l'air déterminé à mourir, je le concevais en vous blâmant; mais à présent que je me fais garant de votre mariage...
LÉON
Monsieur le vicomte, je vous sais gré des sentiments qui vous animent; mais vous m'auriez obligé bien plus si vous n'aviez pas fait à Madame les confidences qu'elle vient d'entendre. LA MARQUISE, bas à Léoîi.
Ainsi, Léon, ma fille vous aime?
LÉON
Madame...
LA MARQUISE
Elle VOUS aime? Oh! vous pouvez me le dire, après ce que je viens d'entendre, je ne puis qu'approuver son choix.
LÉON
Peut-être avais-je quelque espérance de lui plaire ; mais à quoi bon maintenant? je dois renoncer à elle.
LA MARQUISE
C'est l'ordre de mon pore ; et les raisons qu'il m'en a données, celles que j'ai entrevues, sont si fortes, que je n'ai pu lui désobéir. (A part.) Mais je n'y survivrai pas.
LE VICOMTE
Mon cher Léon, voilà la nuit qui tombe, nous pouvons-nous remettre en chemin, ..Madame, je ne sais quelle sera l'issue de votre affaire; mais vous avez entendu ma déclaration : si vous êtes la mère de mademoiselle d'Aubray, regardez-bien. Mon sieur, c'est lui qui sera voire gendre.
LA MARQUISE
Antoine, reconduisez ces Messieurs.
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