ACTE IV, SCÈNE VIII
d'une mère? Au nom de quelle loi pourrait-on | m'enlever ma fille?
DAUBRAY
Madame, mon litre est certain ; le vôtre est contesté. Tant que les tribunaux ne vous auront pas reconnue pour ce que vous prétendez être, c'est à moi seul que mademoiselle d'Aubray doit obéir; c'est ma maison seule qu'elle doit habiter.
LA MARQUISE
C'est vrai! j'oublie toujours que je n'ai pas le droit de m'appeler sa mère ! Excusez-moi ! Il y a des idées auxquelles on a de la peine à s'habituer. Eh bien ! puisque la loi est contre moi, c'est à votre humanité que j'ai recours... Monsieur, vous vous rappelez comme cette jeune fille était fraîche et bien portante ? regardez-la maintenant! n'êtes-vous pas touché du changement qui s'est fait en elle? J'en suis si troublée, moi, que je ne sais pas comment il me reste assez de présence d'esprit pour vous parler. C'est votre maison qui la tue. Elle est obligée d'y vivre avec des personnes dont elle se sent haïe ; d'assister aux préparatifs d'un événement qui ruine ses espérances les plus chères. Vous comprenez l'effet de ce double tourment sur une organisation comme la sienne? Laissez-la-moi quelque temps dans celte chaumière, le temps de la calmer, de la consoler, de la guérir. C'est une tâche où je suis quelquefois heureuse ; vous n'avez pu l'oublier. Pauvre Léon ! je l'ai va dans un état aussi douloureux que celui où je vois aujourd'hui Valentine. Atteint d'une de ces maladies si souvent mortelles pour l'enfance, tout le monde désespérait de lui. J'allai m'installer à son chevet ; j'y restai huit jours, huit nuits entières, si bien, qu'un matin, le médecin étant entré avec vous : « Remerciez Madame, dit-il après avoir regardé l'enfant; si votre fils existe encore, c'est à elle que vous le devez. Vous êtes attendri, je le vois. Le souvenir que j'évoque déconcerte votre rigueur. Ma fille, jetons-nous ensemble à ses pieds ! Au nom de son fils,, dont j'ai sauvé la vie, supplionsle de ne pas nous séparer.
UNE VOIX, au dehors.
(ouvrez, au nom de la, loi !
DAUBRAY, à Thérèse.
Vous avez entendu?
LA MARQUISE
Ah! je comprends enfin le dessein de cet homme, et je vous le dénonce. Il a commencé par me renier : maintenant il veut que ma ûlle meure afin d'hériter d'elle.
VALENTINE
Ma n.eve ! ma mère !
LA MARQUISE
Tu peux ouvrir, Thérèse ; fais entrer ici fous ceux qui viennent chercher Valentine. Si l'exil et le temps ont tellement changé mes traits qu'ils
ne puissent les reconnaître, ils me reconnaîtront peut-être à l'amour que ma fille me témoigne, aux cris désespérés que je pousse, à ces bras convulsifs dont je l'entoure, et que je les défie d'en détacher !
d'aubray^ s' approchant d'elle.
Madame, vous voyez qu'il faut vous soumettre. J'ai à vous dire deux mots qui vous amèneront sans doute à des sentiments plus modérés. Pouvez-vous m'enlendre?
L\ MARQUISE
Ciel! Oui, oui, sans doute.
d'aubray, à son domestique.
Germain, allez dire à M. le juge ;de paix que je le prie d'attendre encore quelques moments.
LA MARQUISE
Va, compte sur moi, ma fille, et vous^ Thérèse, Antoine, ne la quittez pas un instant. (Germain sort par le fond ; Thérèse, Antoine et Valentine par une porte latérale.)
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