ACTE V, SCÈNE VII
conserver une mère à Valentine ! Il faut que je parle, il faut que, malgré vous-même, votre nom et vos droits vous soient rendus!
LA MARQUISE
Et si l'intérêt de mes enfants exige que j'y renonce?
LE DOCTEUR
Que voulez-vous dire?
LA MARQUISE
Je puis me fiera vous, docteur; honnête homme et ami de la famille, vous en garderez tous les secrets. Sachez que si d'Aubray refuse de me reconnaître, ce n'est point par intérêt ou par haine; c'est qu'une volonté implacable, la volonté d'une personne avec laquelle il doit avoir commis un crime, pèse sur la sienne et lui ordonne de me repousser. Ne traitez pas cette explication de fable, inventée par moi dans un moment de délire; j'y ai été amenée par mille indices qui équivalent à une preuve complète ; et enfin, je suis convaincue que mon nom ne peutm'être rendu sans que celui de mon beau-frère soit déshonoré. Voilà pourquoi je vous supplie de me laisser achever mon sacrifice. Vous connaissez Léon ; survivrait-il à la honte de son père? vous connaissez ma fille ; survivrait-elle à son mari?
LE DOCTEUR
Ah! que m'avez-vous appris? hélas! ces explications terribles éclairent toute la vie de votre beau-frère, et je ne puis m'empêcher d'y reconnaître la vérité. Me voilà donc condamné à me taire? je ne puis rien faire pour vous.
LA MARQUISE
Si, si, docteur; vous pouvez beaucoup.
LA MARQUISE
Je vais partir et Thérèse m'accompagne. Oui, elle le veut, et je suis assez faible pour y consentir : il faut bien que j'aie quelqu'un avec qui pleurer. Une pensée nous désolait, c'était de ne voir personne dans le pays qui pût nous donner des nouvelles de Valenline. Soyez ce correspondant (jui nous manquait; vous êtes son médecin, son ami intime; écrivez-nous toutes les pensées de son âme, tous les incidents de sa vie, et faites vos lettres le plus longues possible. Nous n'aurons de joie qu'en les lisant.
THÉRÈSE
Madame, les voitures rentrent. Valentine va paraître. Ayez le courage d'éviter une entrevue qui serait si pénible pour toutes deux.
LA MARQUISE
Oui, oui, tu as raison... Docteur, conduiseznous au cabinet de M. d'Aubray ; j'ai promis de m'y rendre pour une formalité qui me reste à remplir; ah! pas encore! pas encore! laissez-moi donner un dernier re-ard, dire un dernier adieu à cet apparteiiieut ou i ai vécu si heureu.-^e et don I
je vais sortir pour toujours! Adieu, chambre ou Valentine est née, lit ;où je l'ai nourrie, berceau où je l'ai endormie tant de fois et que j'avais gardé pour y endormir sa fille... Pauvre Valentine! elle deviendra mère à son tour et je ne serai pas là pour lui prodiguer les soins que dans une pareille occasion j'ai reçus de la mienne! Pourquoi mon àme ne peut-elle pas s'exhalerdanscecri suprême ? murs où je vais laisser les plus chères parts de ma vie, que ne puis-je l'y laisser tout entière et tomber morte au moment où je franchirai votre seuil.
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