LÉON ET LE JUGE DE PAIX
DAUBRAY
Eh bien ! j'ai tenu ma promesse : allez-vous tenir la vôtre ?
LA MARQUISE
Vous m'y voyez résolue.
d'aubray.
Venez donc! mon notaire nous attend. (Il la conduit vers une porte latérale. Au même moment entrent Léon et Valentine.)
VALENTINE
Que vois-je? ah! demeurez, Madame, ma m.... je ne sais comment vous nommer. Est-ce vrai ? est-ce possible? vous m'avez trompée? vous n'êtes pas ma mère ?
DAUBRAY
Valentine, votre présence, vos questions sont un trop grand supplice pour elle. Il faut le lu épargner, laissez-nous sortir.
VALENTINE
Non, non, pas avant qu'elle m'ait répondu. (Elle aperçoit le docteur.) Ah ! docteur, c'est vous. Que je suis heureuse de vous revoir ! ma réclamation est légitime, n'est-ce pas? Appuyez-la, venez à mon secours. (Le juge de paix entre.) d'aubrat.
Mais la déclaration que vous lui demandez, elle l'a déjà faite; elle va la renouveler devant mon notaire et devant le juge de paix qui nous attendent.
LE JUGE DE PAIX
Pourquoi refuser à Madame (Il montre Valentine.) la satisfaction qu'elle réclame, II me parait juste de la lui accorder.
d'aubr.ay.
Puisque tout le monde le veut, parlez. Madame, recommencez de vive voix les aveux que vous m'avez faits par écrit. J'espère qu'en échange de ma complaisance, M. le juge de paix n'hésitera plus à me remettre les papiers au sujet desquels il a dû recevoir ce matin même une décision du
}A MARQUISE D'AUBRAÏ.
LE JUGE DE PAIX
En effet. Monsieur, je l'ai reçue et j'apporte ici les papiers dont vous me parlez. Mais ce n'est ni à vous ni à moi d'en prendre connaissance. Le ministre m'a donné l'ordre de les remettre à une personne qui a des clartés toutes particulières sur cette affaire.
LE DOCTEUR
Et quelle est cette personne ?
LE JUGE DE PAIX
C'est vous!
Ciel!
LE JUGE DE PAIX, CM docteUT.
Lisez ces papiers, Monsieur, Je désire que vous m'en rendiez compte, s'il y a lieu, avant que j'interroge Madame. Le ministre m'écrit qu'il faut m'en rapporter aveuglément à vos paroles et que votre jugement sera !a vérité. (Moment de silence. Le docteur prend le paquet, l'ouvre, le lit, regarde d'Aubray et va jeter le paquet dans le feu.) d'aubray.
Que failes-vous?
LE DOCTEUR, bas à d'Aubray.
Ce qu'aurait fait votre belle-sœur... Valentine, embrassez Madame; je vous garantis qu'elle est votre mère.
LA MARQUISE
Ah! maflUe!
LÉON, bas à son père.
Ainsi, mon père, vous nous trompiez quand vous refusiez à Madame...
LA MARQUISE
Léon, est-ce à vous de vous souvenir quand j'oublie, de faire des reproches quand j'offre la main?
d'aubray, à demi-voix.
Ah ! votre générosité me lue. Vous ne savez pas tout ce que vous avez à me reprocher. Vous retrouvez votre fille, mais ruinée ; oui, ce château, ce pays qui nous sont si chers^ vous allez être forcée de les quitter. Tout a été vendu, livré à l'influence implacable qui m'a dominé si longtemps.
LE DOCTEUR, qui s'est rapproché.
Que dites-vous? ruinée ! Valentine est ruinée!