‹ Magasin théâtralChapitre 1309 sur 1475 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE CHEVALIER DE BLANÇAY, UN PETIT BOSSU. LE BOSSU, introduisant le chevalier par la porte du

fond.

Ici, pour son argent, chacun est bien reçu, Et vous pouvez entrer.

BLANÇAY.

Merci, mon cher Bossu!

Oui, bossu ! Grâce à Dieu !.. Je suis fier de ma bosse Que \e pourrai bientôt proracnur en carosse.

BLANÇAY.

Vraiment ?

LE BOSSU

Elle est ma joie, elle fait mon bonheur ! L'élégante beauté du plus joli seigneur Ne te vaudra jamais, eminence propice ! 0 ma bosse chérie ! ô ma bonne nourrice ! Toi, que Dieu sur mon dos a bien voulu placer, Je n'ai qu'un seul regret... je ne puis fembrasser !

BLANÇAY, uant.

Bravo !.., Mais à quoi donc te peut-elle être utile ?

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LA RUE QUINCAMPOIX

LE BOSSU

C'est pourtant bien facile !

Avant que monsieur Law, contrôleur-g(^néral, (Que veuille le Très-Haut préserver de tout mal, Car c'est un bien grand homme, et Dieu sait si je l'aime!) Vint en France apporter ses plans et son système,

' Dans ce quartier, sitôt qu'on m'avait aperçu, On riait, on disait ; va-t-en, vilain bossu ! Et, devant au hasard ma maigre subsistance, Je traînais une pauvre et chétive existence ; Mais enfin monsieur Law, comme un brillant soleil, Du quartier Quincampoix a marqué le réveil , Fout Paris est venu s'entasser dans ma rue, 3ur les billets d'État on se jette, on se rue,

, On spécule, on échange, on vend et l'on revend. Le temps est précieux !... Qu'arrive-t-il souvent,

. A.U moment designer les billets qu'on transfère, On n'a pas une place, on ne sait comment faire,

'Mors, pour un écu, moi je vais aux badauds

l Prêter mon encrier, une plume et mon dos ;

', Via chère bosse ainsi m'offre un appui fidèle,

' Et ma bourse devient presque aussi ronde qu'elle !

' Zeux-ci, pour s'enrichir, se font agioteurs, 2eux-làse font commis, robins, marchands, docteurs; L.'un demande une place, un autre veut un titre; Vioi, je suis plus modeste, et je me fais pupitre.

BLANÇAY.

, Vertudieu, mon ami, ton récit est plaisant, El je n'ai jamais vu bossu plus amusant ,

LE BOSSU

31 VOUS venez ici pour faire du négoce, ■!Ie serai là. Monsieur, n'oubliez pas ma bosse.

BLANÇAY.

^Nous verrons!.. Mais, dis-moi, tu connais ce quartier?

jl LE BOSSU.

'l'y suis né !

BLANÇAY.

I Bien ! alors tu peux m'initier

] A de menus détails que j'ai besoin d'apprendre ?

■Je le crois.

' BLANÇAY, lui offrant de l'argent.

L Parle donc, et prends !.. Oh ! tu peux prendre!

l LE BOSSU, repoussant l'argent.

'Non, Monsieur, gardez!.. J'offre aux grands comme aux

.'Mon dos pour un écu , mais je parle gratis. [petits,

|. BL\NÇ\V.

jSoil!... De cette maison quels sont les locataires?

LK BOSSU

' Un seul, monsieur Uambe

eau.

I BLANÇAY.

C'est un homme d'affaires, Qu'on dit riche, très riche? à millions ?...

' LE BOSSU

; Oh oui !

Mais ce? millions-là ne sont pas lous à lui.

BLANÇAY.

A qui ?

I LE BOSSU

Je n'en sais rien.

\ BLANÇAY.

El c'est ici qu'il loge?

LE BOSSU

Oui.

BLANÇAY.

De la sorte, ami, lorsque je t'interroge , Je ne te fâche pas ?

LE BOSSU

A votre aise, parbleu !

BLANÇAY.

C'est que par une affaire appelé dans ce lieu,

Je dois voir ce Rambeau, mais je voudrais connaître

Ses usages, ses mœurs; bref, quel homme il peut être.

LE BOSSU

Il habite au second, et son appartement

Était par une femme occupé récemment.

Mais, depuis près d'un mois, elle a quitté la ville,

A cet étage alors il a pris domicile,

Et c'est là qu'il vit seul, triste comme un hibou,

Veillant sur des trésors cachés dans quelque trou.

Quoi! pas un domestique ?

Lg BOSSU.

Un portier, dont la loge Ouvre sur l'autre rue, en face de l'horloge.

BLANÇAY.

Qui le ciel comble-t-il de ses biens!

LE BOSSU

En effet.

On dirait que le ciel ne sait plus ce qu'il fait.

BLANÇAY.

Heureusement, il est des chances imprévues. Et les habiles gens reparent ses bévues.

LE BOSSU

Quand la cloche a sonné l'agio des billets. De ce rez-de-chaussée on ouvre les volets, La rue est encombrée, et la foule qui joue Vient s'emparer ici des places qu'on lui loue; Chaque propriétaire^ en notre heureux quartier, Du moindre espace ainsi tira un très gros loyer. Et Rambeau n'avait garde, on le comprend sans peine, De laisser échapper une aussi bonne aubaine.

BLANÇAY.

C'est juste!.. N'as-tu rien à m' apprendre déplus?

LE BOSSU

Non ! c'est un vieil avare, il vit comme un reclus, Amasse beaucoup d'or, et jamais n'en dépense, C'est tout ce que j'en sais et tout ce que j'en pense.

Merci, mon cher!

LE BOSSU

Monsieur n'a plus besoin de moi?

Bientôt va commencer mon lucratif emploi ; Avant qu'il soit une heure, une immense cohue Piétinera, courra, criera dans cette rue. Vous jouerez bien un peu puisque vous y voilà, El vous vous sou\iendrez que le pupitre est là.

(// sort.)

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