ACTE V, SCEiSE IV
J'ai comme vous jadis débuté dans le monde, Comme \ous des plaisirs j'écoulai le conseil, Le ciiemin fut le même el le but est pareil !
DEHORN.
Ah ! ton masque est tombé ! Cet homme, ce Demille Qui brave ici des lois la menace stérile, C'est toi !
BLANÇAY.
Que gagnez-vous en me débaptisant?
Je suis le seul ami qui vous reste à présent. Que cela vous suflQse !
DEHORN,
Effroyable supplice !
N'espère pas du moins que je sois ton complice !
ELANÇAT.
Pardieu, depuis longtemps vous l'êtes, Monseigneur.
DEHORN
Qu'entonds-je?
BLANÇAY.
N'eus-je pas souvent l'insi^'ne honneur be remplir voire boure en des jours de détresse? Or, ma fortune, à moi, qu'esl-elle? un peu d'adresse ! Voilà le seul trésor que Dieu m'ait accordé! Comment donc, s'il vous plaît, aurais-je possédé L'argent qui de mes mains a passé dans les vôtres, Si je ne l'avais pris dans lès poches des autres?
DEHORN.
0 ciel !
Pourvu qu'il vînt, lorsqu'enfin il venait, Vous ne regardiez pas quelle route il prenait.
DEHORN. ' ■-■■■- "
0 mon Dieu !.. n'est-ce point un songe épouvantable ?
BLANÇAY.
Non, non, c'est le réveil!
DEHORN.
Et pourquoi, misérable, Tatlacber à mes pas? pourquoi m'avoir choisi Pour complice d'un crime? .i.j.:.\jiU
BLANÇAY.
Ah! ah! Pourquoi? voiôi, Je vais vous l'expliquer!., que l'on risque la corde, Et puis, si l'on est pris, que, sans miséricorde, On soit pendu!., mon Dieu! que faut-il pçurçela? Le plus obscur coquin peut en arriver là ! Mais glisser sous la corde, alors qu'un sort funeste. Semble ôler tout ospoir, et vouloir qu'on y reste, Voilà le grand problème!., et, grâce à vous, je crois Que je l'ai résolu... du moins pour celte fois! Supposons un malheur!., voudrait-on, je vous prie, Qu'une maison princière à jamais fût flétrie ? 0?erait-on courber sous d'infamants arrêts Un parent du Ri-gent... el moi qui parlerais? L'escapade, soustraite à la loi qui châtie, Passe rait oubliée!.. Ainsi, dans la p;trlie. Je mets ma lêle an jeu, mais vous, mon compngnon, Vous éles venu. Prince, y mettre votre nom, Et si quelque accident allait troubler la fèto, Ce serait votre nom qui sauverait ma télé.
DEHORN, faisanl rjuehj lies pas.
Oh! l'infâme'... jamais!..
BLANÇAY^ le retenant.
Demeurez !.. il le faut !
Puis, ayez la bonté de vous fâcher moins haut.
DEHORN.
Je te fuirai !.. ]
BLANÇAY. i
De quoi vous servirait la fuite ?
Ces hommes qui veillaient, marchant à notre suite. Vous connaissent!.. Bientôt i! serait démontré Que, la nuit en ce lieu vc^osavez pénétré Grâce à certains moyens que la loi désapprouve, Avec de braves gens qu'on pend dès qu'on les trouve! El |)ouYez-vous penser, quand, moi, je me tairais. Qu'ils oublieront pour vous leurs plus chers intérêts, i'our vous qui les livrez au lieu de les défendre,. Et que sans vous nommer ils se laisseront pendre! .^
DEHORN, toujours placé entre Blançaij cl le secrétaire] Piège horrible ! '-j
BLANÇAY. i^
Demain, voyons, que ferez-vous? ï Votre fière marquise à préparé ses coups. (
Demain on vous arrête, et vos dupes se lèvent! Cet honneur prétendu, leurs plaintes vous l'enlèveni Et du toit parternel si l'on vous rend l'abi i. Vous courez y cacher un noble nom ilétri !
DEHORN.
0 désespoir!
BLANÇAY.
Demain, une femme innocente, Vous appelant envain d'une voix gémissante. Pour jamais arrachée à son humble séjour. Va sous des cieux lointains maudire votre amour. Et vous accuser, vous dont l'abandon la tue. Qui pouviez la sauver, et qui l'aurez perdue !
C'en est trop !
Répondez au cri cfé ses douleurs!
Un moment de courage, et vous' séchez ses pleurs ! A l'opprobre, à l'exil par vous elle est ravie. Vous la rendez au monde, à l'éspoirVà la vie! Arméde ces trésors, seèours mystérieux.
Dont la source inconnue échappe à tous les yeux, Vou^ i-at'helezle notiï qu'ont illustré vospcr'ê?," " ' Et, sous ces doux regarda qui font! les jours prospère Vous allez, retrouvant ce qu'on nomme l'honneur. Vous enivrer d'amour, de joie el de bonheur!
DEHORN. fbrù
Oh ! tais-toi, malheureux !.. mon sang bout! mon fro.
BLANÇAV.
Puis, écoulant plus fard un vertueux scrupule Quand vous gouvernerez lr)-bas^ votre tour. Le troupeau do niais appelé à voire cour. Quand vous posséderez le vieux château, les terres^
Des biens de vos aieux, débris héréditaires,.^
Vous rendrez noblement It^s sommes qu'aujourd'hui Un a\are usurier nous prèle... fnalgre lui.
LA RUE QUINCAMPOIX
UORN, S éloignant du secrétaire et passant à droite
du public.
main, flétri!., captif!., demain, sa voix si tendre appellerait, et moi je ne pourrais l'entendre!.. ! que devenir?..
Riche, heureux, et triomphant, jetant loin de soi des scrupules d'enfant,
DEHORN, à lui-même.
n amour la tuerait!..
BLANÇAY.
Eh bien?..
DEHOBN^ tombant accablé sur un siège.
Le misérable!..
BLANÇAT.
i ne dit mot consent!., le voilà raisonnable! courtau secrétaire ^regarde et commence ày puiser,)
DEHORN^ assis à droite du public.
nestes passions, où m'avez-vous conduit?
pos de l'âme, espoir^ bonheur, tout est détruit! I exil éternel sur la terre étrangère !.. urais peur à présent de regarder ma mère. BLANÇAY, fouillant dans le secrétaire.
e vois-je? un portefeuille!..
{Il l'ouvre et regarde.)
Oh !.. mais le vieux hibou it fait honte au Mexique, et pâlir le Pérou! (Il met le portefeuille dans sa poche.) DEHORN, tournant les yeux vers Blançay.
I mère'... et je suis là!., je souffre que l'infâme,., nais!..
(Il aperçoit le poignard et le saisit vivement.)
Ah! ce poignard...
{U court à Blançay qui se lève.)
Arrête'-., ou, sur mon âme, te tue!..
BLANÇAY, lui retenant le bras et prêtant l' oreille. Écoutez!..
PEHORN.
Quoi?..
BLANÇAY, le retenant.
N'entendez-vous pas?
ns cette chanibre?..
I DEHORN^ prêtant l'oreille et frappé de stupeur. Oh ! oui !
BLANÇAY.
J'entends glisser des pas.
DEHORN.
yong!...
' BLANÇAY.
' Pour qu'on appelle ? et de cette fenêtre,
l'on attire le guet, qui n'est pas loin peut-être ? ^fait quelques pas vers la droite du public.) ut!... On approche!
DEHORN, au dernier degré de l'ex dtation.
Ociel !.. Me trouver en ce lieu!
i, complice d'un vol !... Oh! m« lête est en feu !
BLANÇAY, retournant vers la gauche.
Silence !
DKHORN, avançant vers ta porte à droite du public. Voirmon crime... et contempler ma honte!... Non, jamais ! Quel qu'il soit, c'est la mort qu'il affronte!
(La porte à droite du public s'ouvre.) DEHORN, dans une sorte de délire, se précipitant dans
la chambre.
Il ne me verra pas !
(Il disparaît un instant ; on entend un cri dans la coulisse, Dehorn reparait pâle, effaré.)
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