‹ Magasin théâtralChapitre 1382 sur 1475 · MARIANNE , ANTOINETTE · texte numérisé non relu

MARIANNE , ANTOINETTE

MARIANNE

Vous voyez bien qu'ils sont partis

I A.NTOI.NETTE.

I Oui.

I MARIANNE

Pourquoi n'avez -vous pas voulu parler de cet j homme a mon frère?

ANTOINETTE

Pourquoi?... j'aurais été la cause de quelque querelle... ce n'est pas la peine.

MARIANNE

Il se doute pourtant de quelque chose, car il doit parler de nous à Murât.

ANTOINETTE

Murât?...

MARIANNE

Oui, un officier de notre pays, un bon garçon. un ami de mon frère...

ANTOINETTE

Je vous remercie, bonne Marianne; mais je crois que je vais bientôt quitter Paris.

MARIANNE

Pour retourner a Cahors'-"

Je n'en .^ais rien.

MARIANNE

Comment?

ANTOINETTE

Eh ! mon Dieu, qu'irais-je faire dans notre pay.<' J'y trouverais encore les mauvais traitcmens qui m'en ont éloignée.

MARIANNE

Pauvre fille!

ANTOINETTE

Vous êtes la première a qui j'aie pu me confier. Seule au monde, menacée par des poursuites odieuses, je suis venue vous demander un asile ds quelques jours, a vous qui êtes de mon payj.

MAGASIN TflF.ATRAI-.

Vous m'avez accueillie avec une boulé dont je suis bien reconnaissante...

M A lU ANNE.

•l'aurais voulu faire davantage... Je sais bien ce que c'est que de souffrir, allez!... Depuis que i'ai quille la Rastidc , et que j'ai perdu mon pauvre mari, j'ai peu de bonheur... .Mais en lin il laul tenir bon, il faut espérer... Je deviens coMinie mon frère... au diable le chagrin!

ANTOINETTE

Tenez, Marianne, au moment de vous dire adieu peut-être, je veux vous parler comme a une amie. Une lettre qui sera sans doute arrivée, et que je vais chercher, m'éloignera de vous. J'ai quitté Cahors parce que mon père, qui s'est remarié après la mort de ma pauvre mère, a touta-coup cessé de me montrer de ralVcclion... parce que j'ai été abaiulonnée comme une victime a une marâtre sans pitié.

M A Kl AN NE.

jésus ! mon Dieu I

ANTOINETTE

J'a\ais long-temps souffert, j';iv;iis long-temps dévoré mes larmes en silence... Moi qui demandais au ciel des amis, des parens, pour me comprendre cl pour m'aimer, je ne voyais autour de moi que des visngcs insensibles et mena(.ans... Que vous dirai-je? Le désespoir s'empara de moi» je sentis que ma raison se perdait au milieu de ces souffrances de chaque instant . et un jour je pris la fuite !

V Mil ANNE.

Que me diies-vous la?

ANTOINETIi:.

Je me dirigeai vers l'aris ; j'y avais un oncle, un frère de ma mère, d^nl la bonté m'était connue. Kn arrivant, j'appris qu'il avait péri dans les troubles lie Vendémiaire .. J'étais donc seule : nu-s ressources ne tardèrent pas à s'épuiser; du travail, je n'ai pu m'en procurerqu'a de rares intervalles; et puisqu'il faut tout vous dire. IMaiianne, j'ai retrouvé le désespoir qui me fit quitter mon pays...

MaKIAN'NE.

El vous croyez que je vous laisserai seule maintenant?... Non pas! Pardi! c'est bien comme si vous étiez ma sœur... Je dirai tout ça a mon frère, a son ami .Mural... Nous verrons, nous verrons ce qu'il y a à faire.. D'ailleurs, voyez-voMs, il y aura bientôt du nouveau pour moi aussi... j'en ai assez de celle boutique de boulanger où il n'y a pas même de pain... Allons' allons! faites votre i-ourse et revenez vile par ici... Là dedans, vous êtes chez vous !

ANTOINETTE

Bonne Marianne !

.VUKIANNE.

Quant a cet homme qui vous poursuit, soyez tranquille, il faudra bien qu'il finisse 1

CASTAC.NAC, entrant acec Léonard.

Eh! là-bas! i A Antoinette. ) Où allez-vous ioncî...

ANTOINETTE

Je vais revenir toul-à l'heure.

Elle sort.

CASTAGNAC.

Bon ! {lias, à Léonard.) En voilà une qui a des yeux a vous allumer...

LÉONAUn.

C'est possible, mais je ne me lai.<se pas allumer, moi ! je suis clerc de procureur...

CASTAGNAC.

Fameux régiment!... ÎMarianne, fais allumer le lour...

MAKIANNE.

Pourquoi donc?

CASTAGNAC.

Pour faire une soupe du pays, une véritable soupe de la Bastide... Mural viendra la manger avec nous ce soir.

ÎMAIUANNE.

A la bonne heure! c'est un bon enfant. sani> compter que c'était bien le plus joli garçon de la Bastide.

CASTAGNAC.

Sacrodious! et nous sommes un peu amis, tout lieutenant qu'il est! {.Marianne rentre.) Nous boirons bien quelque chose en attendant.

LÉONARD

Je ne m'y oppose pas... ça nous fera patienter jusqu'à l'arrivée de Mural.

CASTAGNAC

Tu as eu une bonne idée de venir me chercher au quartier. Est-ce que de voir le régiment ça ne le donne pas l'envie de l'engager?

LÉONAKD.

Je n'ai jamais eu de ces envies-!à ; je suis clerc de procureur.

CASTAGNAC, appelant.

Hohé 1 des petits verres ! un petit flacon !... Oui. tu as toujours été tranquille comme Baptiste, tu passais dans les rues de la Bastide comme un rat...

l.ÉONAHD.

Toi et notre camarade .Mural vous faisiez assez de tapage.

CASTAGNAC

Oh! lui, c'était le plus dégourdi!... Pourtant, il allait quelquefois à l'école, tandis que je filais d'un autre côté.

LÉONARO.

Il apprenait à lire pour toi...

CASTAGNAC

Juste ! Eh bien ! nous n'avons jamais fait qu'un en deux personnes... J'ai idée que le même boulet de canon nous fera danser, ou que nous reviendrons ensemble a la Bastide fumer plusieurs pipes et boire des bouteilles en veux-tu en voila. En es-tu, toi, Léonard?

Î-ÉONARO.

Je ne suis pas du boulet de canon...

MURAT, qui s'est avancé sans être vu, et qui

frappe sur l'épaule dp J.ronard.

'' >:i jours clerc de procureur '■

MURAT

LKONARn, se retournant.

Ah! c'est loi, beau lieutenant!

CASTAGNAC.

Sacrodious I tu lui as fait peur!

^(V\V\V\V\\\V\\\VW\VVV\v\'V'WVVWVW^WWV\'WW\^VV\WV\WVV

Les mêmes, MURAT.

MURAT

Et ta sœur, la bonne Marianne?

CASTAGNAC.

Elle est là-dedans.

MURAT

Ah ça, tu sais qu'on en veut aux boulangers ?

CASTAGNAC.

Oui... Qu'est-ce que ça méfait? nous allons vendre la boutique.

MURAT, à Léonard.

* Tu devrais l'acheter.

LÉONARD

Li n'y aurait rien à gagner.

MURAT, à Castagnac.

Et que fera ta sœur ?

CASTAGNAC.

Elle me suivra donc, s'il le faut!

MURAT

C'est ça, nous en ferons une camarade... avec Léonard, s'il veut venir avec nous.

LÉONARD

Si tu veux devenir général, et me prendre pour secrétaire...

Pourquoi donc qu'il ne le deviendrait pas, général?

LÉONARD

Il n'y a rien d'impossible, s'il ne rencontre pas un boulet de canon.

CASTAGNAC.

Un boulet!... tu le connais peu, ce n'est pas là ce qui l'empêcherait d'avancer...

MURAT

Allons, allons! Colonel, je ne dis pas, après plusieurs batailles et un grand nombre de coups de sabre.

CASTAGNAC.

Et tu n'en serais pas plus fier, quand même tu serais roi!...

MURAT, riant.

Quand même je serais roi!...

CASTAGNAC

Ça, c'est de la farce!

MURAT

Toujours comme à la Bastide; je n'oublierai jamais que si vous êtes, toi, Léonard, (ils d'un pauvre fermier, et toi, Castagnac, fils d'un .serrurier; mon père était tout simplement un aubergiste. {A Castagnac.) Tu n'en veux donc pas des grades, toi?

CASTAGNAC,

Est-ce que c'est possible?... ça ne me regarde pas... Tu sais bien que seulement pour signer

mon nom, je suis à m'escrimer pendant deux lieures, et encore je n'en mets que la moitié... Qu'estce que cela me fait les grades, pourvu que tu en attrapes?

MURAT

Eh! eh! je ne dis pas... J'ai vu ce matin un gaillard qui pourrait bien me donner un coup d'épaule, si ce qu'il espère allait arriver.

LÉONARD

Qui donc?... Je parie que c'est notre compatriote, l'huissier du Directoire !

CASTAGNAC.

En voilà un qui ne pense qu'aux pékins en robe noire!

MURAT

Un petit homme qui fera son chemin, je vous en réponds.

CASTAGNAC.

C'est le petit général tout maigrot, tout sec, dont tu m'as parlé quelquefois?

MURAT

Lui-même !

CASTAGNAC.

Comment que tu Pappelles déjà?

HURAT.

Bonaparte.

Bon!... Pour lors, à sa santé indéfiniment!

MURAT

Oui, et à la guerre bientôt!

LÉONARD

Aux places de fournisseurs, de munitionnaires généraux!... ou de secrétaire de général en chef.

CASTAGNAC.

Au tremblement du canon et des coups de sabre !

LÉONARD

Ça doit être joli quand on est chargé de faire distribuer des vivres à tout un corps d'armée!

MURAT

C'est la bataille qui est belle, malheureux clerc de procureur!

LÉONARD

Certainement, dans un tableau du peintre David ; nous en avons des gravures dans notre étude !

CASTAGNAC

Allons donc!... vous n'avez pas le droit de regarder ça, avec vos plumes sur l'oreille, sacrodious! .. Dis donc, Murât, est-ce qu'on va aller en Italie sans le 12"« chasseurs !

MUR.AT, s'animant.

L'Italie!... je veux demandera y aller comme simple soldat, s'il le faut... Il me semble que par là, sous le soleil du midi, les batailles doivent avoir un caractère plus énergique... Dans le Nord, la tactique, les combinaisons régulières ; en face de vous, des soldats et des officiers qu'il faut attaquer avec la patience de 3Ioreau, ou la sagesse deJourdan; là-bas, tout doit êlre rapide et instantané: au plus fougueux la victoire!... c'est là qu'il faut précipiter les régimens et les divisions;

MAGASIN THKATRAL.

c'est là qu'il faut lancer la cavalerie au grand galop, car vous n'avez pas devant vous d'immobiles murailles de baïonnettes!... Votre ennemi, impatient comme vous-même s'agite, et vous entrez dans ses carrés pour y combattre corps à corps!... Jaime la guerre partout, mais moins aux bords de ces froides rivières de l'Allemagne et de la Hollande où nous étions naguère.

CASTAGNAC.

Allons donc! tu y tapais avec un appétit d'enfer!

MURAT

Bah ! c'est à peine si de temps à autre on employait la cavalerie !

LÉONARD, à part.

J'aurais dit adieu aux fantassins!

MURAT

La cavalerie!... Si jamais j'étais assez heureux pour en commander une division...

CASTAGNAC.

Excusez! tu n'es pas dégoûté!

Je leur ferais voir à tous qu'ils ne savent pas s'en servir.

LÉONARD

Merci! je te connais, tu ferais tomber les hommes comme la grêle.

MURAT

On la met en mouvement comme une épaisse division d'infanterie; je ne là comprends pas ainsi, moi!... Je la vois toujours dans ma pensée, se jetant comme la foudre sur les masses ennemies... on la réserve pour les derniers coups, pour achever; on a l'habitude d'une heure réglée, d'un moment choisi dans la bataille, et alors on la met en marche... Allons donc! prenez vos hussards, vos chasseurs, vos dragons, vos cuirassiers, et entralnez-les ventre à terre sur l'ennemi. Quand ? me direz-vous : Toujours.

Il se rassied, se tait et parait pensif.

CASTAGNAC, à Léonard.

Sacrodious! il entend ça, hein?

LÉONARD

11 entend parfaitement la manière de passer dans l'autre monde!... il est fou... Tiens, levoilà comme il était dans notre pays lorsque nous disions qu'il parlait aux étoiles.

CASTAGNAC.

Voilà une ordonnance qui file rondement!

LÉONARD

En voici une autre qui vient du côté de votre quartier.

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