UNE ORDONNANCE
Le lieutenant Murât doit être ici!
MURAT
C'est moi.
l'ordonnance, tendant un pli.
Pour vous !
MURAT
Donnez!... {L Ordonnance s'éloigne.) Voyons ! C'est du général Bonapartel
CASTAGNAC.
Du petit maigrol?
MURAT, lisant.
« Le Directoire exécutil refusait de vous re- » connaître dans le grade que vous avaient con- » féré les représentans du peuple en mission aux » armées. A dater de ce jour, vous êtes chef de » brigade, et je vous nomme mon aide de camp. » Nous partons aujourd'hui même pour l'Italie.
» Le général commandant en chef l'armée d'I- » talie, Bonaparte. »
CASTAGNAC
De quoi! de quoi!... les représentans du peuple, la commission des armées, le grade... et tu n'en disais rien !
LÉONARD
Chef de brigade!... Si tu m'avais dit ça, je t'aurais fait prêter par mon procureur les cinquante francs dont tu avais besoin l'autre jour.
Puisque je n'étais pas reconnu, je ne voulais pas vous donner une fausse joie... Chef de brigade, aide de camp du général en chef, la guerre en Italie!
CASTAGNAC.
Ah ça ! et moi, tu vas donc me quitter comme ça?
MURAT
Ton régiment va peut-être nous suivre.
CASTAGNAC
Faut que j'aille voir ça au quartier
MURAT
Amène-moi mon cheval ici, je reviens dans un instant... Un mot à dire à l'adjudant-général, qui demeure à quelques pas... Ta soeur, je lembrasserai tout-à-l'heure.
Il va pour sortir.
LÉONARD
Dis donc, as-tu encore besoin des cinquante francs?
MURAT
Toujours!... et il n'y a pas d'argent au ministère de la guerre pour me faire des avances.
LÉONARD
Tu les auras... Dis donc...
MURAT
Eh bien? eh bien?
Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen d'entrer dans les vivres de l'armée?
MURAT
Comment donc! dans quelque temps je veux faire de toi un munitionnaire général !
Il sort.
LÉONARD
Ils deviennent tous millionnaires et ils ne se battent jamais!... Je vais consulter mon procureur!
Il sort.
CASTAGNAC.
Ohé ! Marianne ! Marianne !
MURAT
ÏIARIANNE.
Voilà I voilà !
CASTAGNAC.
Chef de brigade, aide de camp du petit général!... l'armée d'Italie!... Je vais au quartier, et je reviens comme si j'avais le diable quelque part ! Deux minutes!... Pendant tout ce temps-là, faut vendre la boutique et tout le tremblement!... J'ai idéequenous allons filer aussi!... Sacrodious! sacrodious !
Il sort.
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MARIANNE, seule.
Allons, le voilà qui devient fou! il ne manquait plus que ça.... Qu'est-ce que c'est donc que tout ee monde qui vient par ici? On dirait d'une émeute!... Oui, on bat le rappel de ce côté!... Allons, si on en veut encore aux boulangers, je pourrai bien leur faire visiter toute ma boutique; ils n'y trouveront pas grand'chose... c'est égal, je vais la fermer... Mon frère ne tardera pas à revenir, et je serai plus tranquille !
Elle ferme les volets de sa boutique et rentre. — Au même moment Antoinette parait de l'autre côté de la place. — Elle semble avoir couru et regarde autour d'elle avec inquiétude et agitation. — La nuit est venue.
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