‹ Magasin théâtralChapitre 307 sur 1475 · SILVIA, DORANTE · texte numérisé non relu

SILVIA, DORANTE

DORANTE

Ail ! je le cherchais, Lisette.

LE JEl DE L'AMOVR ET Dl HASARD.

SILMA.

Ce n'était jias la peine de me trouver ; car je te fuis, moi.

DORANTE, l'empêchant de sortir.

Arrête donc , Lisette ; j'ai à le parler pour la dernière fois : il s'agit d'une chose de conséquence qui regarde tes maîtres.

SILVIA

Va le dire à eux-mêmes. Je ne te vois jamais que lu ne me chagrines; laisse-moi.

DORANTE

Je t'en offre autant. Mais écoute-moi, te dis-je ; tu vas voir les choses bien changées de face par ce que je vais te dire.

SILVIA

Eh bien ! parle donc ; je t'écoute , puisqu'il est arrêté que ma complaisance pour loi sera éternel fe.

DORANTE

Me promets-tu le secret?

SILVIA

Je n'ai jamais trahi personne.

DORANTE

Tu ne dois la confidence que je vais te faire qu'à l'estime que j'ai pour toi.

SILVIA

Je le crois : mais tâche de m'esliraer sans me le dire , car cela sent le prétexte.

Tu te trompes, Lisette. Tu m'as promis le secret ; achevons. Tu m'as vu de grands monvemens;je n'ai pu me défendre de t'aimer.

SILVIA

Nous y voilà : je me défendrai bien de l'entendre, moi; adieu.

DORANTE

Reste ; ce n'est plus Rourguignon qui le parle.

SILVIA

Eh I qui es-lu donc?

DORANTE

Ah ! Lisette ! c'est ici où tu vas juger des peines qu'a du ressentir mon cœur.

SILVIA

Ce n'est pas à ton cœur que je parle , c'est à loi.

DORAXTE.

Personne ne \ient-il?

SILVU.

Non.

DORANTE

L'état où sont les choses me force à te le dire : je suis trop honnête homme pour n'en pus arrêter le cours.

SILVIA

Soit.

Sache que celui qui est avec ta maîtresse n'est pas ce qu'on pense.

LK JEU DE L AMOUR El DU HASARD.

SILVIA, vivement.

Qui esl-il donc?

DORANTE

Un valet.

SILVIA

Après.

DORANTE

C'est moi qui suis Dorante.

SILVIA, à part.

Ah ! je vois clair dans mon cœur.

DORANTE

Je voulais sous cet habit pénétrer un peu ce que c'était que ta maîtresse, avant que de l'épouser. Mon père, en partant , me permit ce que j'ai fait ; et l'événement m'en paraît un songe. Je hais la maîtresse dont je devais être l'époux, et j'aime la suivante qui ne devait trouver eu moi qu'un nouveau maître. Que f.ait-ii que je fasse à présent? Je rougis pour elle de le dire ; mais ta maîtresse a si peu de goiit, qu'elle est éprise de mon valet, au point qu'elle l'épousera , si on la laisse faire. Quel parti prendre?

Cachons-lui qui je suis. (Haut.) Votre situation est neuve assurément! Mais, monsieur, je vous fais d'abord mes excuses de tout ce que mes discours ont pu avoir d'irrégulier dans nos entreliens.

DORANTE, vivement.

Tais-toi , Lisette ; tes excuses me chagrinent : elles me rappellent la distance qui nous sépare , et ne me la rendent que plus douloureuse.

SILVIA

Votre penchant pour moi est-il si sérieux? m'aimez-vous jusque-là.

DORANTE

Au point de renoncer à tout engagement, puisqu'il ne m'est pas permis d'unir mon sort au tien ; et dans cet état, la seule douceur que je pouvais goûter, c'était de croire que tu ne me haïssais pas.

SILVIA

Un cœur qui m'a choisi dans la condition où je suis, est assurément bien digne qu'on accepte , et je le paierais volontiers du mien, si je ne craignais pas de le jeter dans un engagement qui lui ferait tort.

DORANTE

N'as-tu pas assez de charmes, Lisette? y ajoutestu encore la noblesse avec laquelle tu me parles?

SILVIA

J'enteiids quelqu'un. Patientez encore sur l'article de votre valet ; les choses n'iroiit pas vite : nous nous reverrons, ,et nous chercherons les moyens de nous tirer d'affaire.

DORANTE

Je suivrai tes conseils. '

(Il sort.)

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