‹ Magasin théâtralChapitre 320 sur 1475 · DORANTE, SILVIA · texte numérisé non relu

DORANTE, SILVIA

SILVIA

Dorante reparaît pourtant, il nie semble qu'il revient; je me dédis donc, je l'aime encore... Feignons de sortir afin qu'il m'arrête : il faut bien

LE JEU DE L'AMOIU El DL IUSAl!».

que notre réconciliation lui coûte quelque chose. DORANTE, rarrctant.

Restez, je vous prie; j'ai encore quelque chose à vous dire.

SILVIA

A moi, monsieur ?

DORANTE

J'ai de la peine à partir sans vous avoir couvaincue que je n'ai pas tort de le faire.

SILVIA

Eh ! monsieur, de quelle conséquence est-il de vous justifier auprès de moi? Ce n'est pas la peine ; je ne suis qu'Une suivante, et vous me le faites bien sentir.

DORANTE

Moi , Lisette ! Est-ce à vous à vous plaindre , vous qui me voyez prendre mon parti sans me rien dire?

SILVIA

Hum! si je voulais, je vous répondrais bien Indessus.

DORANTE

Répondez donc; je ne demande pas mieux que de me tromper. Mais que dis-je? Mario vous aime.

SILVIA

Cela est vrai.

Vous êtes sensible à son amour; je l'ai vu par l'extrême envie que vous aviez tantôt que je m'en allasse ; ainsi vous ne sauriez m'aimei-.

SILVIA

Je suis sensible à son amour! qui est-ce qui vous l'a dit? Je ne saurais vous aimer ! qu'en savezvous? Vous décidez bien vite.

DORANTE

Eh bien ! Lisette, par tout ce que vous avez de plus cher au monde, instruisez-moi de ce qui en est, je vous en conjure.

SILVIA

Instruire un homme qui part !

DORANTE

Je ne partirai point.

SILVIA

Laissez-moi. Tenez, si vous m'aimez, ne m'interrogez point : \ous ne craignez que mon indilïérence; et vous êtes trop heureux que je me taise. Que vous importe mes sentimens?

DORANTE

Ce qu'il m'importe, Lisette? peux-lu douter encore que je ne l'adore ?

SILVIA

Non; et vous le répétez si souvent que je vous crois; mais pourquoi m'en persuadez-vous? Que voulez-vous que je fasse de cette pensée-là, monsieur ? Je vais vous parler à cœur ouvert. Vous m'aimez ; mais votre amour n'est pas une chose bien sérieuse pour vous. Que de ressources n'avezvous pas pour vous en défaire! La dislance qu'il y a de vous à moi, mille objets que vous allez trou-

LE JEl Dl- L'AMOUR ET DU HASARD.

ver sur votre chemin, l'envie qu'on aura de vous rendre sensible, les amuseniens d'un homme de votre condition , tout va vous ôter cet amour dont vous m'entretenez impitoyablement; vous en rirez, peut-être, au sortir d'ici, et vous aurez raison. Mais moi, monsieur, si je m'en ressouviens, comme j'en ai peur ; s'il m'a frappée, quel secours auraije contre l'impression qu'il m'aura faite? Qui estce qui me dédommagera de votre perte? Qui voulez-vous que mon cœur mette à votre place? Savez-vous bien que, si je vous aimais , tout ce qu'il y a de grand dans le monde ne me toucherait plus? Jugez donc de l'état où je resterais, ayez la générosité de me cacher votre amour. Moi qui vous parle, je me ferais un scrupule de vous dire que je vous aime, dans les dispositions où vous êtes. L'aveu de mes sentimens pourrait exposer votre raison ; et vous voyez bien aussi que je vous les cache.

DORANTE

Ah! ma chère Lisette, que viens-je d'entendre! Tes paroles ont un feu qui me pénètre. Je t'adore, je te respecte. Il n'est ni rang, ni naissance, ni fortune qui ne disparaisse devant une ame comme la tienne. J'aurais honte que mon orgueil tint entore contre toi ; et mon cœur et ma main t'apparliennent.

SILVIA

En vérité, ne mériteriez-vous pas que je les prisse? \e faut-il pas être bien généreuse pour NOUS dissimuler le plaisir qu'ils me font ? et croyezvous que cela puisse durer?

Vous m'aimez donc ?

SILVIA

Non, non; mais, si vous me le demandez encore, tant pis pour vous.

DORANTE

Vos menaces ne nie font point de peut .

SILYU.

Et Mario, vous n'y songez donc plus?

DORANTE

Non, Lisette, Mario ne m'alarme plus, vous ne l'aimez point; vous ne pouvez plus me tromper, vous avez le cœur vrai , vous êtes sensible à ma tendresse; je ne saurais en douter au transport qui m'a pris; j'en suis sûr, et vous ne sauriez plus m'ôter cette certitude-là.

SILVIA

Oh! je n'y tacherai point; gardez-la, nous verrons ce que vous en ferez.

DORANTE

Ne consentez-vous pas d'être à moi?

SILVIA

Quoi I vous m'épouserez malgré la colère d'un père, malgré \otre fortune ?

DORANTE

Mon père me pardonnera dès qu'il vous aura vue ; ma fortune nous suffit à tous deux, et le mérite vaut bien la naissance. Ne disputons point , car je ne changerai jamais.

SILVIA

Il ne changera jamais! Savez-vous bien que vous me charmez. Dorante?

DORANTE

Ne gênez donc plus votre tendresse, et laissez -la répondre...

SILVIA

Enfin, j'en suis venu à bout! Vous... vous ne changerez jamais?

DORANTE

Non, ma chère Lisette.

SILVIA

Que d'amour !

OOOOJOOOOOOOOOdOCiOOOOOSOOOOOOOSOOOOOOOOOOOgOOOOOOOO

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