‹ Magasin théâtralChapitre 357 sur 1475 · LE MARI ET · texte numérisé non relu

LE MARI ET

contre une colonne, ei, les bras croisés, l'œil flxe, respirant à peine , je reste là deux heures, épiant sa sortie... Enfin, c'est elle 1 je la reconnais à la légèreté, à la grâce de sa démarche... au froissement de sa robe, mon cœur l'eût devinée!... Je suis sa voilure, je ne la perds pas de vue; j'aurais devancé... bah!... tes chevaux eux-mêmes ! Elle s'arrête , elle descend... où"? ici, mon ami, ici ! à notre hôtel I

SAINT-LEGER

Tu te précipites pour lui otTi ir la main ?...

ERNEST

Non, je me cache ; je la laisse monter ; j'attends que son amie soit partie ; je me glisse dans l'hôtel , je m'enferme dans ma chambre ; et, heureux d'être sous le même toit qu'elle , je me couche, et je m'endors en riant et en pleurant.

SAINT-LEGEK.

Voici une affaire qui ira grand train ! Tu vas lui demander une entrevue , lui parler...

ERNEST

Lui parler !... Non, mon bon ami... je n'oserais jamais! Lui écrire, à la bonne heure... J'ai tracé quelques lignes... (Il liie un papier de son sein. ) Oh ! tout mon cœur est là dedans. ( 11 donne le papier à Saint-Legei. )

SAINT-LEGER

Peut-être une lettre commencée pour la petite

cousine...

ERNEST, vivement.

Tiens, Saint-Léger, ne te moque pas de moi;

tu sais que je m'impatiente facilement...

SAINT-LEGER

Non ; mais c'est que, vois-tu, nous avons, nous autres , plus d'un style ; et nous n'écrivons pas à une cousine de province comme nous écrivons à une... dame dont nous avons fait la connaissance au bal; il y a des nuances... Je te mettrai au courant de tout cela... Veux-tu que je lise la lettre?

ERNEST

Pas devant moi , mon ami , pas devant moi ! cela me rendrait tout... Et puis je ne veux pas que tu y changes un mot, une syllabe... j'écris comme je sens...

SAINT-LEGER met la lettre dans sa poche.

Oui ; mais c'est qu'il faut leur écrire comme elles sentent. Enfin, tu ne peux pas tout apprendre en un jour... Tu as franchi le premier pas; c'est déjà beaucoup. Je te guiderai... Je ne te dis point de ne plus aimer ta cousine , il y faut penser, la regarder comme ta femme. Nous autres, nous aimons nos femmes avant tout ; mais nous sommes galans , empressés auprès des autres , amoureux même quelquefois, et jamais assez sots pour laisser échapper une conquête ; cela est reçu à Paris, et nous comptons l'établir en province. ( Riant. ) Je tremblais , mon pauvre Ernest , de te voir quitter la capitale sans quelque aventure dont le bruit puisse varier un peu la monotonie des conver. sations de l'antique château de ta tante, agilcr le

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