ACTE I, SCÈNE IV
RAPHAËL
Je n'y songeais [dus; pauvre innocente, elle payait pour vos folies ! C'est Domingo qui l'a glissée sous la porte. (La lui présentant.) En voilà une du moins (|ui arrivera à son ailresse sans passera la visite de don Raymond deTaxis, le grand-maître des postes , et l'homme le plus curieux du royaume.
nny juam.
Il s'en vengera sur bien d'autres.
RAPHAËL, pendant que don Juan lit.
C est une manière de confesseur nommé par le roi pour toute la monarchie. On peut dire de notre gracieux souverain que son peuple n'a pas de secrets pour lui.
DON JDa:<, après avoir lu.
Une partie de chasse que don Ribéra me propose dans les plaisirs de sa majesté! j'ai bien antre chose en tête!
RAPHAËL
D ailleurs votre dernière campagne contre le gibier du roi a failli vous coûter cher. Vrai Dieu! il vaudrait mieux tuer dix hérétiques dans ses états qu'un lièvre sur ses domaines.
DOS JUAN
Eh! si l'on n'y courait risque de la vie, qui donc .s'en donnerait la fatigue? c'est le danger cjui me tente et non le gibier dont je n'ai que faire. J'abattrais sans émotion un troupeau de daims sur mes terres, et le cœur me bat pour une perdrix tirée par contrebande.
RAPHAËL
Toujours comme moi; chasseur avec plaisir, braconnier avec volupté.
DOH JDAR.
Ah ! le danger ! le danger ! voilà l'émotion qui me plaît. Dans un duel ou dans une bataille, sous quelque forme qu'il se présente, il est le bienvenu. Si j'étais né roi, j'étoufferais dans mes états, et je ne pourrais respirer à l'aise que dans ceux des autres.
RAPHAËL
J'étais lie même en mariaj^e; mais concevez la nature humaine : une humeur si belliqueuse dans le lUs du seigneur le plus pacifique !...
nON JUAN
Cela te surprend?
RAPHAËL
Jusqu'à un certain point; cependant il nin vient toujours une idée (|ui me fait rire quand je vois un fils qui ne re^jseudjle pas à son père.
DON JUAN
É<?oute donc : j'entends le bruit d'un carrosse.
RAPHAËL
A cette heure ! eh! oui vraiment : on t'airéiei
on frappe à la porte.
DOB JUAN
Serait-ce doJi Ribéra? quelle imprudence!
(courant k la fenêtre. ) non ; je vois deux cavnliers que je ne connais [ias.
RAPHAËL, qui l'a suivi.
Grands chapeaux rabattu», manteaux sombres, figures à l'asenant : c'est une grave visite j)Our don Quexada.
DOCt JUAN, faisant un pas vers sa cliambie. Prenons garde qu'on ne nous surprenne iti : viens donner à ma toilette et a mon air Liuelijiie chose qui sente la vocation.
r.Ai'HAEi..
^îous aurons »le la peine.
DUS JL'AM , s'arrrianl.
Mon pauvre père! comme je le trompe! et je l'aime pourtant. Ah ! Kaphaèl, si mon père n'etaiî que mon oncle I...
RAPHAËL
Il pourrait se vanlrr d'avoir pour neveu le plus de'terminé démon de toutes les Kspagnes. Si celui-là entre dans un couvent...
DOS JCAN.
Ce sera dans un couvent de femmes
RAPHARL.
Je vous y suivrai, sœni Juana.
nos juax.
Oui, frère Raphaël, pour m'absoudre de mes pêches, et l'occupation ne te manquera pas.( En reutrant dans sa clianibie. ) A ma toilette! à ma toilette!
BAPHAEL, courant après lui.
Le joli moine qu'il aurait fait !