ACTE 1, SCÈ^E VI
Dictez, sire I Trois mots
GOMÈa.
Tous au gibet. ■
GOMÈS
Votre majesté épargne le travail à son secrétaire.
Un prêtre, pour les assister à l'article de la mort s'ils veulent se repentir ; s'ils veulent discuter, le bourreau.
GOMÈS
On a bien raison de dire que Philippe H est le plus ferme appui de la foi catholique.
PHILIPPE il.
Le ciel me devrait une récompense Mais qui sait, Gomès, si tu ne seras pas pour moi l'instrument de sa miséricorde ? ne m'as-tu pas dit que mon supplice finirait ici ? n'as-lu pas des renseignements sûrs? ne crois - tu pas qu'elle habite Tolède? est-ce vrai ou faux?
GOMÈS
Je le crois toujours, et cette nuit quelques gens à moi ont dit faire des recherches pour déc(juvrir sa demeure.
Pui.sse.s-tu réussir, Gomès, et ma reconnaissance sera sans bornes ! car je veux bien mettre devant toi toutes les plaies de mon cœur à découvert: elle m'obsède, cette femme; c'est mon mauvais génie, c'est un rêve qui me dévore, une sorte de possession. Je la retrouve entre celui qui me parle et moi, entre moi et le Dieu qui m'écoute. J'y songe!... aujourd'hui même, encore aujourd'hui, j'ai omis de le prier. Ah ! cet état ne peut durer ; il est intolérable ; il met en péril ma vie dans ce monde et mon éternité dans l'autie. Oui , je vais jusqu'à former des vœux conli e moi-même...
GOMÈS
Vous , sire !
Jusqu'à désirer qu'une vieillesse anticipée vienne tout-à-coup me glacer le cœur. Mes sens seraient éteints alors, et mes passions seraient mortes. Je me plongerais dans une idée unique, celle d'agrandir assez mes royaumes pour qu'il nie devint possible d'extirper de l'Lurope jus<ju'aux dernières riicines du judaïsme et de l'hérésie. Alors, sourd à la voix des plaisirs et aux cris de la douleur, je n'entendrais que les ordres de l'église. Je ferais passer par le fer et par les flammes tous ceux qui ne penseraient nf comme elle ni comme moi, et, me réjouissant dans mes œuvres , j'aurais la conscience tranquille, l'cglise me bénirait, et, je mourrais en chrétien.
GUMÈS.
Plus tard, sire, dans bien dus années, Dieu vous accordera cette grâce ; mais aujourd'hui...
7yo
DON JUAN DAtlTiUCHË.
niiLipPE II.
C'est (le loi que <lt'|)eni]ent mon repos et mon ftonheur; fais (|ue je la revoie, et demande loiil, jeté donnerai tout : tiésors, j)OU\oir, {çrandesse. Je te dirai de te couvrir devant moi; tu seras tutoyé par le duc d'Albe.
r.OMÈs.
Qui a tant de plaisir à me dire vous!... Ou «;ette femme n'est plus de ce monde, sire, ou je la trouverai.
Cours, Gomès, j'entends don Quexada.
itéussis et compte sur les promesses de ton maître. ( A part. ) Vanitt- humaine ! il va tout mettre en œuvre, et cela pour éti-e tutoyé par un homme qu'il déteste.