SCÈNE VU
PHILIPPE 11 , DON QUICXADA.
nON QUEXADA.
Son excellence me pardonnera si j'ai tardé... quoi ! sire , c'est vous! { Mettant un genou en terre. ) Votre majesté a daij;iié...
PIIIMPI'E II.
Parlez -moi debout. Laissez là les respects ; le toi n'en veut pas, et le comte de Santa-Fiore n'y a pas droit. Vous êtes venu à Madrid , et vous avez eu tort.
DON QCF.XAriA.
Mais, sire...
PHILIPPE II, avec impatience.
Encore !... je vous dis que vous avez eu tort : je me souviens de tout. Venir me rappeler une promesse , c'est supposer que j'ai pu l'oublier.
DON QIJEXADA.
Loin de moi cette pensée! je prie votre... votre excellence de trouver mon excuse dans la tendre affection que je porte à mon élève.
Aussi je pardonne. Je compte que vous avez gardé mon secret?
DON QUEXADA.
Avec une fidélité scrupuleuse.
Que vous avez ponctuellement exécuté mes ordres?
DON QUEXADA.
A la lettre ; et le ciel m'a fait la grâce de réussir par-delà mes espérances. Je puis sans vanité vous donner don Juan pour le modèle de l'éducation chrétienne.
C'est beaucoup dire.
nO> QUEXADA.
Vous trouverez en lui un pieux jeune homme aussi dégayé des vanités du siècle que peu touché de ses plaisirs. Il passe les jours et les nuiU à méditer. Il consume la jiension que vous lui
faites en aumônes comme son temps en prières; ■
enfin , ce qui est pour moi un sujet continuel «
d édihcation , il unit la ferveur d'un vieux cénobite à toute la timidité d'une jeune fdie.
Cest donc le meilleur chrétien du royaume?
DOS QrfcXAUAjS'inclinanl.
Après le roi.
Et l'évéque «le Cuença , je pense?
DON QUEXADA , l'inclinant de nouveau.
Après le roi el le confesseurdu roi. J'avouerai même que mon inquiétude est d'avoir passé mes instructions. Je crains que les honneurs de l'éjjlise, qui ne peuvent lui nianquer, n'effarouchent sa modestie, tant il a pris un goût vif pour l'obscurité du cloître.
Il n'y a point de mal à cela ; si ce r|ue vous dites est exactement vrai , comme je le crois , je vais reconnaître et embrasser mon frère. Mais je veux en juger par moi-même.
DON QUEXADA.
Vous le pouvez dès à jjiésent. Dans quelque moment (|u'on le surprenne, on est sûr de le trouver occupé de ses devoirs religieux.
il vaut donc mieux que moi ; car vous me rappelez que je ne me suis pas acquitté des miens. (]'est un assez dur châtiment que de m'en accuser devant vous; je le fais en toute ha>nilité : mais trouvez-moi une salle' retirée de cette maison où je puisse me recueillir devant Dieu, et réparer ma faute.
DON QUEXADA.
Permettez que je vous précède.
Non , restez. Préparez votre élève à recevoir le comte de Santa-Fiore, qui désormais a seul des droits sur lui. Pas un mot de plus ! Quant à son goût pour le cloître, dès aujourd'hui je veux le satisfaire : vous pouvez le lui dire.
DON QUEXADA.
Puisque vous refuscz mes humbles services, (appelant.) Domingo?... (A celui-ci , qui enlie.) Conduisez son excellence au bout de la petite galerie, dans l'oratoire de don Juan. (Au roi.) Vous vous trouverez au milieu des objets de sa vénération habituelle.
(Il le reconduit en s'inclinant à plusieurs reprises. ) PHILIPPE II.
Bien, bien, seigneur Quexada. C'est assez.
{Avec intention.) C'est trop.
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