ACTE l, SCÈiNK VHI
d'un secret royal dont je me suis toujours tlefié, je ferai désormais ma sieste sans mauvais rêves. Mo» élève va monter à la place qui lui est due, et je vais rentrer dans la douce possession de moimême. Je ne me sens pas d'aise , et les larmes m'en viennent aux yeux.( Ouvrant la porte Je la chambre de don Juan. ) Don Juan, mon cher don Juan , accourez \ . .
D(1N JUAS.
Mon père, je suis heureux de vous revoir.
DON QCEXAn*.
Je le suis plus encore de vous presser dans mes bras , et de vous annoncer une nouvelle qui doit vous combler de joie.
nos JOAN.
Laquelle?
DOS QCEXADA.
Le plus ardent de vos désirs va bientôt se réaliser; votre bonheur va commencer d'aujourd'hui.
DON JOAN
Je vous jure, mon père, qu'il est comnfencé depuis six mois,
DON QOEXADA.
Depuis le jour de votre conversion, c'est vrai; mais enfin vous allez recueillir le fruit de votre docilité et de votre excellente conduite. Recevezen donc mon compliment, que je vous adresse du fond de l'ame : dans quelques heures vous entrez au monastère.
DOS JUAN
Au monastère! dans quelques heures!... et cette résolution est irrévocable?
DON QCEXADA.
fellement irrévocable, qu'aucune considératlou de tendresse ne l'ébranlera, que nulle puissance humaine ne saurait la changer.
DOR JD&N.
Alors je dois vous dire toute la vérité.
DON QUEXADA.
Dites-la : il ne peut être pour moi que très agréable et très édifiant de l'entendre.
DON JUAN
Aussi bien je suis las de la contrainte que je m'impose; je me sens mal à l'aise sous un masque, et il est temps de secouer ces apparences menteuses qui me dégradent à mes yeux.
UON QUEXADA.
Que me parlez-vous de contrainte, de masque?... qu'est-ce que tout cela veut dire ?
DON JUAN
Que je vous trompais , mon père.
DON QCEXADA.
Vous!
DON JUAN
Depuis six mois je vous trompais. Cette ferveur que vous admiriez, elle était feinte; mes dehors de piété n'étaient qu'un jeu. J'aime la liberté avec toute l'énerj^ie dont je hais l'eselavape du cloître; je l'aime d'an niiiour iuunudéré.
sans bornes. Le jour est moins dou.< pour moi que la lijjerté; l'air que je respire e.st moins nécessaire à ma vie , et vouspouve/ juger que si j'ai pu descendre jusqu'à tronqter pour en iouir en secret, je ne reculerais pas devant tous les supplices pour la défendre à force ouverte.
nOK QUEXADA.
Quoi! vous... mon vertueux élève !... je suis confondu, et les bras me tombent de saisissement.
DON JUAN
Pardon, mon père, cent fois pardon! ah! croyez que cette ruse coûtait plus encore à ma tendresse pour vous qu'à ma fierté, qui s'en in dignait; mais pourquoi me demander des vertus trop au-dessus de ma faiblesse? Il n'est rien d'aussi respectable à mes yeux qu'un prêtre digne de ce nom. L'Espagne en compte un grand nombre, je le sais ; je reconnais en eux une supériorité de nature, ou une force de volonté devant lesquelles je m'humilie. Moins je les comprends, plus je les honore; mais plus aussi je sens en moi l'impuissance de les imiter, et le besoin de vous dire dans mon désespoir : J'en suis incapable, je ne le peux pas; non, mon père, je ne le peux pas.
DON QUEXADA.
Modérez-vous, je vous en supplie, et ne tombez pas dans l'exagération. L'église, en mère prudente, n'exige pas de tous les siens les mêmes sacrifices; il en est qu'elle prédestine aux honneurs et même à la gloire. Je n'en veux pour exemple que notre immortel cardinal Ximénès; et, quant aux innocents plaisirs du monde, je puis vous affiimer que j'.ni connu à Rome beau coup de ses collègues qui se les permettaient, sans que la chose fît scanda le, et qui vivaient absolument comme vous et moi.
DOS JUAN
Comme vous, mon père, c'est possible; mais comme moi! Sentez-vons bien toute la force de ce que vous me dites ? Voulez-vous que je porte dans un cloître des désordres à peine tolérables dans votre maison ? voulez-vous que je cache .sous la robe d'un moine ce qui n'était que faiblesse en moi , et ce qui serait crime en lui ?...
DON QUEXADA.
Grand Dieu! don Juan, quelles intentions me supposez-vous ?
nON JUAN.
Eh ! que faudrait-il donc faire? me soumettre; combattre sans cesse des passions que je n'étoufferais pas, m'efforcer de plier mon orgueil à une obéissance contre laquelle tout mon être se révolte? Le dernier degré de la honte ou de la misère, voilà ce que vous me proposez. Oh! non, non, vos entrailles de père vont s'ijnu)uvoir, et vous n'aurez pas la dureté de me réduire à cette alternative horrible d'être le plus infâme ou le plus malheureux de tous les hommes.
UOPi UUll
DON JUAK D'AUTRICHE.
DON QUEXADA.
Je SUIS si Stupéfait , que je n'ai pas une bonne raison à lui donner, moi qui voulais en faire une lies colonnes de la foi chre'tienne!
DO^ JUA^.
Eli ! pourquoi le vouliee-voua? quel motif, que je ne puis m'expliquer, vous poussait à sacrifier votre seul fils, le seul héritier de votre nom et de vos titres? Me ju{;iez-vous indi{jne de les porter? Di'trompcz-vous : il y a de l'avenir en moi ; il y a eu moi de la gloire et du bonheur pour vos vieux jours. Vous serez fier de m'avoir donné la naissance; vous sentirez votre vieillesse rajeunir entre moi et une femme digne de mon amour et de votre tendresse...
nos QCEXADA.
Une femme !
no:i JUAN.
Au niilieu d'une famille nouvelle, de mes enfants, oui, de mes enfants, qui vous chériront à leur tour.
DON QIF.XADA.
Une femme! des enfants! bonté du ciel! oîi avez-vous la tête?
DON JCAN.
Je tombe à vos pieds, je m'y traînerai , s'il le faut : je les baise, ces mains dont j'ai reçu tant de caresse.* , et qui m'ont béni tant de fois...
DON QlEXAPA.
Il m'épouvante et m'attendrit tout ensemble.
DON JCAN.
Ne les retirez pas de moi, laissez-moi les couvrir de mes larmes. Ah! vous pleurez , mon père, vous pleurez... non, vous ne prononcerez pas mon arrêt de mort; vous ne pourrez pas % ous résoudre à condamner votre fils unique.
DON QCEXADA, en pleurant.
Mais, mon fils, mon cher fils!... je ne suis pas votre père.
DON JUAN, qui se relève.
Vous n'êtes pas mon père !
DON QDEXADA.
Don Juan, vous êtes sorti d'une maison plus illustre que la mienne, et celui de qui vous tenez la vie...
DON JDAN.
Quel est-il? on puis-je le trouver? Parlez, ah! parlez donc.
Hélas! il n'est plus de ce monde. ( A part.) Je puis le dire sans mensonge.
DON JVkV.
Je l'ai perdu !
DON QUEXADA.
Mais il a transmis tous ses droits, son autorité tout entière au com'e de Santa-Fiore, qui vient d'arriver chez moi, et que vous allez voir dans un moment. Lui seul peut vous découvrir le secret de votre naissance ; c'est un seigtieur bien puissant, bien respectable, et dont les ordres doivent être sacrés pour vous.
DON JCAS.
Vous n'êtes pas mon père ! ( Avec un trani>iort de joie. ) Je Suis donc libre !
nON QUEXADA
Pas du lout. (A part.) Et le roi qui est là, qui peut nous surprendre à toute minute!
DON JUAN, parcourant la scène à grands pas. Je .suis maître de mes actions.
DON QUEXADA , qui le suit.
M:iis encore moins! je croyais le calmer, et le voilà parti comme un cheval échappé.
DON JUAN
Désormais je puis faire, je puis dire tout ce qu'il me plaira.
Ne vous en avisez pas. Respectez le comte de Santa-Fiore, il y va de votre avenir, de votre fortune...
DON JUAN
Ma liberté avant tout!
DON QUEXADA.
De votre vie.
DON JUAN
Avant tout ma liberté ! que je suis heureux! (En embrassant don Queiada.) O Dieu ! je vous aime encore davantage depuis que je ne suis plus forcé de vous respecter.
DON QUEXADA.
Il extravague. Je vous en conjure , mon enfant, contenez-vous; ne le heurtez pas quand il va venir; gagnons du temps, par pitié, gagnons du temps !... (Apercevant Philippe II.) Mon Dieu ! c'est lui : le beau chef-d'œuvre que j'a fait là !
eeoeaooeeosseoasoseeseeeeseaeseeeseaeoeaeeeoises'jeesesooso