‹ Magasin théâtralChapitre 535 sur 1475 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DANVILLE, PUIS HOIITENSE.

DANVILLE

Ce vieux Bonnard! où diable avait-il la ceivelle?

L'ÉCOLE DES VIEILLAED.S.

HORTENSE, une lettre à la main. [pelle!

Dubois, PicanI, quelqu'un ! Viendra-t-on quand j'ap. ( Apercevant Danville , et cachant la lettre dans son sein.) Mon mari!... Pour vous voir j'ai couru ce matin; Je vous ai cru souffrant, je vous savais chagrin; J'étais très inquiète, et l'on m'a rassurée : Il repose... à l'instant je me suis retirée Sur la pointe du pied , sans bruit, parlant tout bas; Vous reposiez encor , mon ami , n'est-ce pas ?

DANVILLE

Sans doute.

HORTENSE, à part.

Il ne sait rien.

BANVILLE

Et cette confidence Que vous deviez me faire...

HORTENSE, embarrassée.

t^st de peu d'importance.,.

BANVILLE

V^ous teniez un papier !

HORTENSE

Qui n"a nul intérêt.

DANVILLE

Intéressant ou non, quel est-il?

HORTE^SE.

Un bdlet.

BANVILLE

Vous me le montrerez.

HORTENSE

C'est un mot que j'envoie.

DANVILLLE.

A qui donc ?

HORTENSE

Eh !... qu'inqjorte!

BANVILLE, avec violence.

Il faut que je le voie.

HORTENSE

Pourquoi? De quel soupçon semblez-vous agité? Je ne vous vis jamais tant de sévérité. Indigné contVe moi...

DANVILLE

Je le suis, je dois l'èirc.

D'étouffer sa fureur mon cœur n'est plus le maître. Il s ouvre, il laisse enfin éclater ses transports, Et leur trop juste excès les répand au dehors. Je vous aimais, ingrate, et jusqu'à la faiblesse. Que vous a refusé moii aveugle tendresse? Ai-je forcé vos vœux? ai-je contraint vos goûts? Quel innocent plaisir ai-je éloigné de vous? Suis-jeun vieillard morose, un tyran qui vous gêne? Vous ai-je fait sentir le poids de votre chaîne? Et vous l'avez rompue! et vous m'avez trahi ! Ah ! je vous aimais trop pour n'être point haï; Mais me rendre à jamais malheureux, ridicule, Mais me déshonorer'

HORTENSE

Croyez...

DANVILLE

Je fus crédule, Et je ne le suis plus; je sais tout, j'ai surpris Celui de qui l'affront me ( ondamne au mépris.

ACTK V. SCKNR V.

J'en ai voulu aison, et j'ai fait peu de compte U'un vain reste de sang dont je lavais ma lionte.

HORTENSE

Von-;, Danville? Ah! d'effroi tout !<; inion s'est j^lacé!

BANVILLE

Ne voxis alarmez pas , le Duc n'est pas blessé.

horte:<se.

Ah! rnonsiv-nr !

DA>TiLl,E.

Il l'emporte, et ma lionte me reste ; Mais que le sort bientôt me soit ou non funeste , le ne vous dois plus rien , plus d'amour, de res^ject ; Tout me devient permis lorstjue tout m'est suspect; Le passé contre vous tient mon ame en défense. Je veux voir ce billet ; quel qu'il soit , il m'offense. Vous le rendez conpable en le cachant ainsi : Je veux, je veux le voir; je le veux.

HORTENSE

Le voici.

UàSVlLLE.

H ne saurait m'apprendre un malheur que j'ignore, Et je tremble... Ah! je sens que je doutais encore. ( Lisant l'adresse. ] Ciel! au Duc!

HORTENSE

A lui-même.

BANVILLE

Au Duc! j'avais raison.

Mon cœur m'avertissait de cette trahison.

HORTENSE

Lisez.

BANVILLE

Il le faut bien ; mais non, mon œil se trouble, Ne lit rien, ne voit plus, et ma fureur redouble. Ah! perfide!

UORTENSE.

Donnez.

(Elle lit la lettre.)

• Monsieur le Duc ,

« C'est une femme que vous avez offensée qui vous

« adresse ses justes plaintes contre vous-même. J'ai pu

u vous paraître légère, mais je ne pensais pas avoir nié-

« rite l'outrage d'un aveu que j'ai rougi d'entendre et que

• j'ai honte de rappeler. J'aime mon mari, je l'aime de « toute mou ame; et croyez-moi, monsieur le Duc, je

• pourrais vous revoir sans danger; mais je dois à mo:i « honneur blessé, autant qu'à la tranquillité de mon- ■ sieur Danville, de vous interdire désormais sa maison.

• En cessantde ui'accorder vptreattenliondans le monde, « vous me prouverez que vous me croyez digne de votre

• estime et que vous méritez encore la mienne. •

BANVILLE, reprenant la lettre.

Est-il vrai ? Qu'ai-je lu ?

HORTENSE

De grâce, écoutez-moi, Danville ; j'ai voulu, Craignant de vos transports la juste violence, D'un rival à vos yeux dérober la présence. J amenai le péril en pensant l'éloigner, Et j'exposai vos jours, que je crus épargner, Vos jours qui sont les miens!... Mais, tremblante,

[éperdue , La teireur m'égarait, et fut seule entendue.

Au moment de me vaincre et de tout déclaier, Je sentis mon aveu dans ma bouche expirer; Et même ce matin, décidée à me taire:

Sauvons, m'étais-je dit, sauvons par ce mystère Un chagrin à Danville, et faisons mon devoir, En ordonnant au Duc de ne plus me revoir. Je n'ai rien déguisé, je ne veux rien défendre; Mais consultez ce cœur qui pour moi fut si tendre; Qu'il méjuge, il le peut, j'ai parlé sans détours.

BANVILLE

Est-il vrai?... cette lettre... oui, le Duc, ses discours, Pour vous justifier, s'offrent à ma mémoire...

HORTENSE, avec tendresse.

Ou vous ne m'aimez plus, ou vous devez me croire.

BANVILLE

Ah ! je vous aime encore, et ma crédulité

Prouve à ijuel fol excès cet amour est porté.

Ce que le Duc m'a dit me semblait impossible,

Et prend d'un mot de vous une force invincible.

Mon trop facile cœur s'élance malgré moi

Au-devant de l'appât qu'on présente à sa foi ,

Et, fùt-il abusé, se trahissant lui-même,

Il ne se débat point contre une erreur qu'il aime.

Je ne puis démentir une si douce voix,

Je me rends; vous parlez , Hortense, et je vous croiî.

HORTENSE

Que cette confiance et me touche et m'accable! Je veux la mériter, je serais trop coupable Si dans votre bonheur vous n'en trouviez le prix. Eh bien! soyez heureux , partons, quittons Paris, nie faut; d'aujourd'hui je conçois vos alarmes. Dans ce monde enchanteur le piège a trop de charmes. Plus loin que je ne veux peut-être je suivrai Ce brillant tourbillon qui m'entraîne à son gré. Il exalte ma tète , il m'étourdit , m'enivre ; Je ne vois, n'entends plus, je ne me sens pas vivre. Je crois fuir les périls; mais j'ai beau les prévoir, Mes projets du matin ne sont plus ceux du soir. Le plaisir règne alors, je cède, il me maîtrise, Et ma raison revient quand la faute est commise. Danville, emmenez-moi, mon ami, mon époux. Je ne crains rien, je n'aime et n'aimejai que vous; Et par moi cependant la paix vous fut ravie ! Emparez -vous donc seul de mon cœur, de ma vie. Mais, partons, mon esprit est changeant, incertain ; Je le veux aujourd'hui , le voudrai-je demain ! Emmenez-moi; partons.

BANVILLE

Tu finis mon supplice.

Que je te sais bon gré d'un si grand sacrifice! Que je t'en remeicie !...

esseeeeesseoeeeoaooeoocoeseeeeeeooooeooGOOMOooQOQoeseooeessosM

Les Précébents , VALENTIN.

BANVILLE , à Valentin qui traverse le salon.

Ah ! viens, approche, accours; Pour le Havre, mon vieux, nous partons dans trois

VALESTW. [jours.

Pour le Havre !

L'ÉCOLE DES VIEILLARDS

OANVILLB.

Oui vraiment.

VALESTIN.

Excusez, mais la joie...

Est-ce bien sûr, madame?

DANVILLE

Allons; pour qu'il me croie, Il faudra que le fait soit par vous attesté.

HORTENSE, à Valentin.

Quand monsieur vous l'a dit.

VALENTIK.

Je n'en ai pas douté :

Mais je suis marié, que voulez-vous, madame ? Je ne me crois jamais sans consulter ma femme.

Bon principe!

eooeeeiQogoeeooeoeeoceeoeosseoegoeseâsoeeeooaooooooeoeoooeeeoeeu

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