‹ Magasin théâtralChapitre 537 sur 1475 · REPRÉSENTÉE SUR LE THÉÂTRE DE LA PORTE SAINT-MARTIN, LE 30 MAI · texte numérisé non relu

REPRÉSENTÉE SUR LE THÉÂTRE DE LA PORTE SAINT-MARTIN, LE 30 MAI

On a expliqué diversement les motifs qui m'ont déterminé à transporter cet ouvrage de la Comédie française au théâtre de la Porte Saint-Martin. Il en est qui me sont personnels et dont je crois inutile d'entretenir le public : je ne traiterai ici qu une question générale.

J'ai conçu Tespérance d'ouvrir une voie nouvelle , où les auteurs qui suivront mon exemple pourront désormais marcher avec plus de hardiesse et de liberté , où des acteurs, dont le talent n'avait pas l'occasion de se produire, pourront s'exercer dans un genre plus élevé. Le public a semblé comprendre les conséquences que devait avoir, dans l'intérêt de tous, cette tentative, et j'en attribue le succès à ses dispositions bienveillantes.

Deux systèmes partagent la littérature. Dans lequel des deux cet ouvrage a-t-il été composé ? c'est ce que je ne déciderai pas, et ce qui d'ailleurs me paroît être de peu d'importance. La raison la plus vulgaire veut aujourd'hui de la tolérance en tout; pourquoi nos plaisirs seraient-ils seuls exclus de cette loi commune ? L'histoire contemporaine a été féconde en leçons; le public y a puisé de nouveaux besoins : on doit beaucoup oser si l'on veut les satisfaire. L'audace ne me manquera point pour remplir autant qu'il est en moi cette tâche difficile. Plein de respect pour les maîtres qui ont illustré notre scène par tant de chefs-d'œuvre, je regarde comme un dépôt sacré

cette langue belle et flexible qu'ils nous ont léguée. Dans le reste , tous ont innové ; tous, selon les mœurs, les besoins et le mouvement de leur siècle, ont suivi des roules différentes qui les conduisaient au même but. C'est en quelque sorte les imiter encore que de chercher à ne pas leur ressembler, et peut-être la plus grande preuve , l'hommage le mieux senti de notre admiration pour de tels hommes est ce désespoir même de faire aussi bien qui nous force à faire autrement. J'ai toujours livré mes ouvrages au public sans les défendre : je n'ai pas pris parti contre mes juges. J'aurais mauvaise grâce à le faire aujourd'hui où une bienveillance presque générale est venue adoucir pour moi ce que la critique pouvait avoir de sévère. Je ne combattrai qu'une seule assertion. On a dit que mon ouvrage était une traduction de la tragédie de lord Byron. Ce reproche est injuste. J'ai dû me rencontrer avec lui dans quelques scènes données par l'histoire; mais la marche de l'action, les ressorts qui la conduisent et la soutiennent, le développement des caractères et des passions qui la modifient et l'animent , tout est différent. Si je n'ai pas hésité à m'approprier plusieurs des inspirations d'un poète que j'admire autant que personne, plus souvent aussi je me suis mis en opposition avec lui pour rester moi-même. Ai-je eu tort ou raison? Que le lecteur compare et prononce.

PERSONNAGES

MARIINO FALIERO, doge.

LlONl, patricien , un des Dix.

FERNANDO, neveu du doge.

STÉNO, jeune patricien, un des (Jiiaraute.

ISRAËL BERTUCCIO, chef de l'Arsenal.

BERTRAM, sculpteur.

BENETINDE, chef des Dix.

PIETRO, gondolier.

STROZZI , condottieri.

VEREZZA, afâdé du conseil des Dix.

VICENZO, officier du palais ducal.

ÉLÉNA, femme du doge.

Les Dix; ix Ju.-vte.

Les Seicivëcrs de la .^dit.

Gondoliers; Condottieri.

G,iRDEs; Personnages parés et iuasqiiës.

La scène est à Feime, en 1355.

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