‹ Magasin théâtralChapitre 538 sur 1475 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ELENA. Elle est assise et brode une t-charpe.

Une écharpe de deuil , sans chiffre , sans devise ! Hélas, triste présent! mais je l'avais promise, Je devais l'achever... Vaincu par ses remords. Du moins après ma faute , il a quitté nos bords 5 Il recevra ce prix de l'exil qu'il s'impose.

( Elle se lève et s'approche de la feuêtrc. ) Le beau jour ! que la mer ofi mon œil se repose , Que le ciel radieux brillent d'un éclat pur, Et que Venise est belle entre leur double azur ! Lui seul ne verra plus nos lagunes chéries : Il n'est qu'une Venise ! on n'a pas deux patries!... Je pleure... oui , Fernando , sur mou crime et le tiefa. Pourquoi pleurer ? j'ai tort : les pleurs n'effacent riien. Mon boû , liion noble époux aime A me voir Sourire ; Eh bien ! soyons heureuse , il le faut...

(Elle s';:ssicd et ouvre un hvi'e.'>

Je veux lire. Le Dante, mon poêle! essayons... je ne puis. Nous le lisions tous deux : je n'ai pas lu depuis.

[ Elle reprend le livre qu'elle avait fermé. ; Ses beaux vers calmeront le trouble qui m'agite.

« C'est par moi quon descend au séjour des douleurs; « C'est par moi qu'on descend dans la cité des pleur*; « C'est par moi qu'on descend chez la race proscrite.

« Le Ijras du Dieu vengeur posa mes fondemens ; « La seule éternité précéda ma naissance , « Et comme elle à jamais je dois survivre au temps: « Entrez, maudits! plus d'espérance! »

Ouel avenir , ô ciel , veux-tu me révéler ? Je tremble : est-ce pour moi que ces vers font pàrleir La porte de l'abîme , oii Dieu dans sa colère Plonge l'amant coupable et l'épouse adultère ? Où suis-je, et qu'ai-je vu ? Fernando !

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