‹ Magasin théâtralChapitre 559 sur 1475 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PlETPiO, BERTRAM, STROZZI, aiguisant un stylet sur les degrés du piédestal.

PIETRO

Bertram , tu parles trop.

BERTRAM

Quand mon zèle m'entraîne, .le ne consulte pas votre prudence humaine.

PIETRO-

J'ai droit d'en murmurer , puisqu'un de tes aveux Peut m'envoyer au ciel plus tôt que je ne veux.

BERTRAM

Lioni...

PIETRO

Je le crains, même lorsqu'il pardonne.

Pietro le gondolier ne se fie à personne.

PIETRO

Pietro le gondolier ne prend pour confidens, Quand il parle tout haut , que les flots et les vents. BERTRAM-

Muet comme un des Dix , hormis les jours d'ivresse.

PIETRO

C'est vrai , pieux Bertram : chacun a sa faiblesse ; Mais par le Dieu vivant!...

BERTRAM

Tu profanes ce nom.

PIETRO

Je veux jusqu'au succès veiller sur ma raison.

STROZZI

Foi de condottiere ! si tu tiens ta parole , A toi le collier d'or du premier que j'immole.

PIETRO

Que fait Strozzi ?

STROZZI

J'apprête , aux pieds d'un oppresseur, Le stylet qui tuera son dernier successeur.

PIETRO

Le doge !

Il insulta, dans un jour de colère.

Un pontife de Dieu durant le saint mystère ; Qu'il meure !

PIETRO

Je le plains.

STROZZI

Moi, je ne le hais pas; Mais ses jours sont à prix : je frappe.

BERTRAM

Ainsi ton bras S'enrichit par le meurtre, et tu vends ton courage.

STROZZI

Comme Pietro ses chants en côtoyant la plage ; Comme toi , les objets façonnés par ton art. Ton ciseau te fait vivre et moi c'est mon poignard. L'intérêt est ma loi ; l'or, mon but ; ma patrie, Celle où je suis payé ; la mort , mon industrie.

BERTRAM

Strozzi , ton jour viendra.

PIETRO

Fais trêve à tes leçons , Leurs palais sont à nous ; j'en veux un : choisissons. BERTRAM.

Il en est qu'on épargne.

PIETRO

Aucun. Bertram , écoule :

Si je te croyais faible...

On ne l'est pas sans doute , En jugeant comme Dieu qui sauve l'innocent. PIETRO.

Pas un seul d'épargné !

STROZZI

Pas un !

PIETRO

Guerre au puissant !

STROZZI

A son or!

PIETRO

A ses vins de Grèce et d'Italie!

MAUÏNO FAIJERO. - ACTE llï.

STROZZI

Respect aux lois !

PIETRO

Respect au serment qui nous lie !

Plus de patriciens ! qu'ils tombent sans retour ; Et que dans mon palais on me serve ^ mon tour. BERTPiAM.

Qui donc, Pietro?

STROZZI

Le peuple : il en faut un peut-être.

PIETRO

Je veux un peuple aussi ; mais je n'en veux pas être.

BERTRAM

Si , pour leur succéder, vous renversez les grands , Sur les tyrans détruits mort aux nouveaux tyrans ! PIETRO, prenant son poignard.

Par ce fer !

BERTRAM , levant le sien.

Par le ciel !

STROZZI , qui se jette entre eux.

Bertram, sois le plus sage.

Vous battre !. A la bonne heure au moment du partage. Rejoignons notre chef qui vous mettra d'accord. PIETRO.

Plus bas ! j'entends marcher : là, debout, près du bord, ( Montrant le doge , couvert d'un manteau. ) Je vois quelqu'un.

STROZZI , à voix basse.

Veux- tu me payer son silence?

Le canal est voisin.

BERTRAM

Non , point de violence !

PIETRO

Bertram a peur du sang.

BERTRAM, à Strozzi.

Viens.

STROZZI

Soit : mais nous verrons, Si je ie trouve ici quand nous y reviendrons.

( Ils sortent. )

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