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SCÈNE PREMIÈRE

FALIERO, ISRAËL

ISRAËL. Il est assis.

Un plan si bien conduit ! ô fortune cruelle , Attendre ce moment pour nous être infidèle ! Quand je voyais crouler leur pouvoir chancelant, Quand nous touchions au but... mais j'oublie en parlant Que mon prince est debout.

FALIERO, à Israël , qui fait lui effort pour se lever.

Demeure : la souffrance Vient de briser ton corps sans lasser ta constance. Je voudrais par mes soins adoucir tes douleurs; Quepuis-je?

ISRAËL

Dans vos yeux je vois rouler des pleurs.

Je pleure un brave.

ISRAËL

Et moi , tandis qu'on délibère , Je fais des vœux pour vous , qui me traitez en frère.

FALIERO

Comme autrefois.

ISRAËL

Toujours le frère du soldat , Consolant le blessé qui survit au combat.

FALIERO

Ces temps-là ne sont plus.

ISRAËL

Mais alors quelle joie Quand nous fendions les mers pour saisir notre proie !

FALIERO

En maître sur les flots du golfe ensanglanté , Que mon Lion vainqueur voguait avec fierté ! Tu t'en souviens ?

ISRAËL

0 jours d'Olcrnellc mémoire !

Que Venise était belle après une victoire !

FALIERO

Et nous ne mourrons pas sous notre pavillon !

ISRAËL

Misérable Bertram ! parler dans sa prison , Nous trahir, comme un lâche, à l'aspect des tortures ! Comptez donc sur la foi de ces âmes si pures , Sur leur sainte ferveiu' ! Et tremblant , indigné , Le tenant seul à seul vous l'avez épargné?

FALIERO

11 pleurait.

ISRAËL

D'un seul coup j'aurais séché ses larmes.

FALIERO

Peut-être.

ISRAËL

Dans mes bras , si j'eusse été sans armes , J'aurais, en l'étouffant, voulu m'en délivrer: Mon général sait vaincre , et je sais conspirer.

FALIERO

Pourquoi tous tes amis n'ont-ils pas ton courage?

ISRAËL

Ils viennent de partir pour leur dernier voyage. Strozzi vend nos secrets qu'on lui paie à prix d'or ; 11 vivra. Mais Pietro , je crois le voir encor : L'œil fier, d'une main sûre et sans reprendre haleine, Il vide , en votre honneur, sa coupe trois fois pleine , S'avance, et répétant son refrain familier : «Que saint Marc soit, dit-il , en aide au gondolier !» Il s'agenouille alors, il chante, et le fer tombe.

FALIERO

Nous le suivrons tous deux.

ISRAËL

Non : pour vous sur ma tombe Le soleil de Zara doit encor se lever.

Qu'espères-tu ? jamais.

ISRAËL

Trop lâches pour braver Le peuple furieux rassemblé dans la place. De condamner leur père ils n'auront pas l'audace. Moi, pendant tout un jour qu'ont rempli ces débats , J'ai su me résigner. Que ferais-je ici-bas?

MARINO FALIERO. — ACTE V

.lo n'ai point de famille et n'ai plus de patrie; Mais vous, votre Ék^na , votre épouse chérie.,.

FALIERO , avec douleur.

Israël !...

ISRAËL

Ah ! pardon! ce nom doit vous troubler. L'n marin tel que moi ne sait pas consoler; Son bon cœur qui l'entraîne a besoin d'indulgence. FALIERO, après lui avoir serré la main.

Ils reviennent.

ISRAËL , se relevant.

Debout j'entendrai ma sentence.

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