BURLEIGH, PAULET
BIJRLEIGn.
Paulet , elle nous brave , elle sait que la reine , Prête a signer l'arrêt, flotte encore incertaine; Voilà ce qui soutient son orgueil insensé! Quel menaçant adieu ses regards m'ont lancé! Poursuivons cependant. Sauvons de son audac« La couronne , l'état, la foi qu'elle menace ; Ministre, Anglais , chrétien , c'est un triple devoir.
PAULET
Oui , que de justes lois éclate le pouvoir, .^lais, entre nous, milord, je puis parler sans feimlre; l>icn qu'elle soit coui)able, elle a droit de se |)laindrc. l'A ces deux témoins...
BtKLCIGH.
Non, il n'y faut point penser.
On sait trop quel empire elle peut exercer. Ils reverraio;#lour reine, et, changeant de langage, Retireraient bientôt leur premier témoignage.
PAULET
Ainsi nos ennemis , qui sur nous ont les yeux Vont répandre à l'envi mille bruits odieux.
BURLEIGH
Comme vous je le crains ; mais elle ne peut vivre. Non : il faut que la reine ou tombe ou s'en délivre. Et c'est là sa douleur! et c'est là le tourment Qui d'un doute odieux l'assiège incessamment. Qui , le jour et la nuit , la poursuit , l'inquicle. On voit dans tous ses traits sa souffrance secrète. Elle craint de parler, et sa bouche se tait; Mais je lis dans «es yeux, et son regard nuiet Si^^nibîe dire : Ai-je encore un servilerr fidèle Qui m'arrache à la peine également cruelle, Ou de livrer mon peuple à des malheurs nouveaux. Ou de livrer mon sang à la main des bourreaux?
PAULET
A ce soin douloureux nul ne peut la soustr.iire ; Nul n'y peut rien changer.
BURLEIGH
Elle croit le contraire, Si , prompts à découvrir ses secrètes douleurs, La reine en son royaume avait des serviteurs...
Attentifs...
P.4UI.ET , à part.
Attentifs !
BURLEIGH
Dont le secret courage Sût d'un ordre tacite entendre le langage...
PAULET , à part.
Ciel!
BURLEIGH
Qui , lorsque le crime à leurs mains est li\ ré. Ne le gardassent pas comme un trésor sacré.
PAULET
La gloire de ma reine est si belle et si pure , Son auguste renom sans tache et sans souillure Est sans doute un trésor qu'on ne peut hasarder, Et que ses serviteurs ne sauraient trop garder.