‹ Magasin théâtralChapitre 709 sur 1475 · ACTE II , SGÈiNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II , SGÈiNE IV

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Qiicl est votre dessein? qu'avez-vous prétendu? Ce que m'a dit Burleigh, vous l'ave/, entendu? Bientôt toute la cuur va percer ce niy>lère ; Licntôl mes ennemis vont dire à l'Angleterre Qne sa reinn, en un lieu donllout dût l'éciirter, An malheur d'une reine c-t venue insulter. Lsl-cc ainsi qu'un sujet de ma gloire se joue?

LKICESTrn.

Bladame, avec franchise il faut que je l'avoue ; Oui, je forçai vos vœux, oui, j'entraînai vos pas, Oui, moi seul j'ai tout fait : je ne m'en défends pas. Funissez un dessein qui vous serait contraire ; Mais s'il peut être utile, ou plutôt nécessaire, Si tous vos intérêts |»araiïscnl l'approuver, IS'e le punissez pas, et daignez l'achever. L'Europe en ce moment vous regarde attentive. Quand la hache des lois attend votre captive. Vous devez vous déf.'uih e au moins de leur rigueur, Montrer que vers IMai ie inclinait votre cœur, Qu'a la plaindre en secret la pitié vous entraîne, Qu'enûn vous êtes sœur en même temps que reiuc.

ÉLJSABETU.

C'est lui porter sa grâce, et je n'y puis songer.

LEICRSTER.

Eh! madame, au pardon qui vous veutob'.i.er? Loin que sa grâce ainsi vous puisse être ravie, En pouvez-vous donc moins disposer de sa vie? A Londres, dans ces murs, en puijlic, en secret, D'autant plus libre alors d'accomplir son arrèl, Que la démarche même où je veux vous résoudre De la rigueur des lois invite à vous absoudre. Quedis-je? queStuart, captive pour toujours, Doive à voire piiié de misérables jours, En serait-elle moins sous le glaive courbée? Et pourquoi la frapper? ii'est-ellc pas tombée? Ce lieu uc tient-il pas son sort enseveli ? La véritable rnort pour elle, c'est l'oubli. Craignez que, l'eiitourant d'une pitié nouvelle, Uu dangereux écbt au jour ne la rappelle. Vous connaissez le peuple : il est accoutumé A s'unir au parti qui lui semble opprimé : I! aime en son triomphe à troubler la puiss^.iice; Le malheur à ses jeux devient de l'innoceucc. Vous le dirai-je eniln avec sincérité?

Dans une femme on blâme une stricte équité; Et l'on croit peu surtout qu'elle soit légilim -, Alors qu'une autre femme en tombe la victime.

ÉMSAUETII.

Peuple injuste en elTet! téméraires discours Dont il ose juger la conduite des cours ! Moi ! d'un jaloux dépit je poursuis donc Marie ! J'ai donc quelque sujet de lui porter envie! Certes, quand votre voix pour sa cau.e combat. Quand, du milieu des fers , sous le sort qui l'abat, E le lutte avec moi d'audace et de puissance. Et jusque dans ma cour étend son influence, Peut-être avec raison, jalouse de son art, Je puis porter envie à l'heureuse Stuart. A surpasser les rois quand j'applique mon amc. Elle n'a point tenté d'être plus qu'une femme; liUc s'est tout iicrmis, et n'a nen resrecté

Des sévères devoirs que suit la royauté: Du monde ccpen.lant elle obMent les suffrages; Elle séduit, on l'aime, on l'intoiue d'hommages : J'entends, moi-même enfin j'ai honte à l'avouer. Mes propres courtisans devant inoi la louer. Pleine de tant d'orgueil, quel tiionipl.e pour elle!

LEic:;siEii.

Osez donc l'en punir. L'^-tcasion est belle. Madame; et contentant ce désir curieux Qui, même à votre insu, vous amène en ces licuî , Venez, à votre aspect q;ie tant d'écka décore. Voir tomber cet orgueil qui la soutient encore. C'est assez la punir que paraître à ses yeux ; Pour elle le trépas serait moins odieux Que rasjiecl de ce front où la beauté rayonne, Que pare la vertu, que la gloire enviroime. Oli ! si dans sa prison j'eusse enlruiiié vos pas, Il m'eût été bien doux, je ne m'en dcfouds pus. De vous placer brillante à côté de ."\laiie. D'opposer votre éclat à sa beauté flétrie. De voir votre triomphe, et dans ses yeux coii-fus, L'aveu de ses aliraits p:ir les vôtres vaincus. Voire présence ainsi, tant de fois demandée, Pour son supplice eneor lui serait accordée.

ELISABETH

Leicester, sur mon cœur quel est votre pouvoir ! 31ais Durleigh a raison ; je ne dois pas la voir.

LEICESTER

Burleigh... sans doule il sou^c au bien iJe colem;^irc; Mais est-il donc le seul que votre gloire insi.ire ? K'éies-vous rien vous-même? et ce point dcl cat Doit-il ôire réglé parla raison d'étal?

D'ailleurs, cette démarche et noble et j.'olilique P^'ut vous coiicil er l'oijlnion publique ; Et, quand l'opinion ne l'approuver j;it pas, On ne croira Jamais, adirés ce premier p; s, Qu'au séjour de ALrie en secret entraii;ee. Vous soyez, sans la voir, a Londres ret iciiiéc.

ILISAUETII.

Mais la voir, Leicester, stMJil lui pardonner?

LEICESlEIt.

C'est à voire cœur seul à vjus détcrmintr.

ÉLISABETU.

Sais-je ce que je veux? sais-je ce que m'ordonne? Mon rei>os, mon salut, celui de ma couronne? Et convient-il enfin (ju'au fond d'une inis^n Je contemple le deuil de ma propre uiaiion?

Non, voire arae est trop lielle, clic est trop généreuse :

Non, ne la vojez pas dans sa tour t Jnebreuse.

Qu'on ouvre le cliàteau ; que .Marie a son gié

Parcoure les jardins dorilil est entouré,

Là, vous [ouricz l\ voir; et là, sans que personne

D'a\uir ciiercbé sa vue en effet voiis soupçonne.

Vos pas comme au hasard rencontreront les siens;

Seul je serai présent à tous vos entreliens.

Ah ! j'ai lu dans vos yeux, com;iris votre pensée.

Entendu le désir dont votre aine est prosée.

Achevez : un seul mot, elle e^t à vos genoui.

ÉLISACElIf.

EU bien! vo;is le vouiez? je m'ubandopne k V'us.

iMARlE STUART.

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