‹ Magasin théâtralChapitre 736 sur 1475 · I.\ÈS · texte numérisé non relu

I.\ÈS

Après?

DIÉGARIAS.

Après, ma fille!.. O désespoir: ô honte!

I>ÈS

Pariez.

DIÉGARIAS.

Cet homme...

INÈS

Eh bien?

DIÉGARIAS.

Par ses gens, ses valets.

Me fil insolemment Iruiner dans son palais.

I>ÈS

Ciel!

DIÉGARIAS.

Et là... — souvenir qui brûle encor mon âme ! — Là, les pieds et les mains liés comme un infâme, Je vis deux vils laquais, riant de mon effroi, Des verges à la main s'avancer jusqu'à moi.

Ofc!

DIÉGARIAS.

L'orrlrc fut donné.

I>ÉS

Que dites-vous?

DIÉGARIAS, avec une ironie convulsiw;.

Ma fille, ("'est ainsi que se venge un noble de Castille. — Pouvait il après tout, lui, riche, ayant blason. Lui, seigneur suzerain, dont l'antique maison, Illustre à faire envie à tous nos grands d'Espagne, Remontait à César ou bien à Charlemagne, Pouvait-il s'oublier et descendre assez bas Pour me traiter en homme, en citoyen?... non .\vanl tout j'étais juif. [pas. —

Juif? — DIÉGARIAS, avec rage.

C'esl-à-dire un homme Qu'on repousse du pied , qu'avec mépris on

[nomme.

Qu'on traîne impunément au fond de son palais, Et que l'on fait fouetter par deux de ses valets.

Oh ! du calme, du calme.

(Pause.) DIÉGARIAS, reprenant.

Après un tel outrage,

Tout entier a l'orgueil, a la haine, à la rage, Je n'eus, la nuit, le jour, qu'une pensée au cœur , De le tenir râlant sous mon poignard vainqueur. — J'avais vieilli d'un siècle. — Une heure, heure

[elfroy.'iWe, Avilit fait d'un enfar.t un juge inqiiloyablc.

INÈS

Et ma mère?

D1ÉGAKI.\S.

Ta mère... ? Elle me dit un mot, Et mon cœur étonné se rendit aussitôt.— [dresse. «Fuyons!» — Ma haine avait fait place à ma ten- Heureux et confians nous partîmes. — La Grèce rs'ous reçut. — Là, mon sort s'adoucit, je devin Riche et puissant. Je fus honoré ; mais en vain, Le repos me fuyait! mon injure passée, [pensée. Comme un crime, un remords, pesait sur ma Bianca mourut, iais.sanl, dans ses derniers udieux. Le désir d'être un jour transportée en ces lieux. — Ce désir fut ma loi.— Je partis. — Par prudence. Je pris un autre nom, je cachai ma croyance. Si bien qu'après vingt ans... vingtans d'exil enfin, Nul ne revit en moi Jacob Eliacin. — [homme. Et maintenant, dis-moi, ce grand seigneur, cet Veux-tu savoir, enfant, de quel nom il se nomme? Don Jacques de Tello, comte de Santa-Fiel.

Le père de don Juan?

DIÉGARIA.S,

Lui-même.

I>'ÉS, à i)ari.

Juste ciel :

DIÉGARIAS, comme se parlant à lui-même.

Ameutant contre moi sa valetaille infâme, Qu'il prenait de plaisir à torturer mon âme!... Et dire qu'il est mort sans avoir acquitté Sa dette d'infamie et son indignité! — Je n'aurai pas en vain conservé ma colère! Le fils me répondra des outrages du père.

INÈS

Grâce ! grâce!

DIÉGARIAS.

Il mourra. —Te parler autremeut.

Ce serait te tromper et mentir bassement.— Il mourra.

INÈS, désespérée.

Mourir! .. lui!... — Si vous avez une àme, Ayez pitié de moi.

DIÉGARIAS.

Comment?

INÈS, se jetant à ses pieds.

Je suis sa femme.

DIÉGARIAS.

Sa femme? — toi? —

(La relevant.)

Voyons, ne parle pas ainsi... — Tu veux m'épouvanter, je le sais. — Tout ceci >"est qu'un jeu, n'est-ce pas?... Réponds.

UIK»^ ARIAS.

DIKGAUIAS.

l?(ÉS, liii^aiil im effoit sur elle.

Je suis comtesse De Saiila-Fiel.

DIÉGARIAS, la regardant en fatc.

Vous?... vous?...

(I.a repoussant avec mépris.) Vous êtes sa maîtresse.

l>'Ès , avec dignité.

Je n-^ m'attendais pas, mon père, à cet affrout Dont ma vertu s'indigneet donlrougit mon front. - Je n'ai pu repousser ni vaincre ma tendresse, (;'est vrai ; je suis sa femme et non pas sa maîtresse.

(Pause.)

DIÉGARIAS, lui riineltaiit la lettre de don Juan. Lis.

INÈS, se cachant le visage «ntre les mains après avoir lu. O mon Dieu ! mon Dieu !

(Moment de silence.)" DlÉGAKIAS, très ému, lui prenant la main.

Sois forte en ta douleur.

INÈS, voulant se jeter 5 ses pieds.

Mon père!... —

D1É6AU1AS, l'arrêtant. Dans mes bras!

(Ils restent un moment embrassés. — .\ part.) Malheur sur lui, malheur!

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