ACTE I, scÈm: I
Célèbrent un bonliour dont je pénis l'espérance.
BEUTHA.
Quel motif dans ton cœur met rette détiance? Que crains-tu ?
EDITH
D'aimer seule... Oh! re n'est qu'un soujjçon , Mais il suffit, vois-tu, pour troubler ma raison. Je ne sais, en ces lieux il règne un trouble étrange, Leur calme solennel en désordre se change. Mon frère observe tout: inquiet, soucieux, Il aborde chacun d'un air mystérieux ; Lui, si hardi, si fier, s'est fait souple et docile, Malgré tous ses efforts, son cœur n'est pas tranquille Je le vois. Un motif que je ne comprends pas..- L'a fait depuis huit jours porlei' ici ses pas... Je crains tout sans savoir où ma crainte s'adresse : Cet Anglais qui le suit et l'obsède sans cesse ; Leurs discours dont hier, j'ai surpris quelques mots. Et parmi tous, ceux-ci : Guerre, trône, complots... Puis, ils nommaient Ronald... Qu'est-ce donc qui s'apprête '.' Est-ce quelque malheur qui menace sa tête?... Avant de l'avoir vu, déjà mon cœur aimait Celui que pour époux le ciel me destinait. Les exploits éclatants de sa valeur précoce Etonnaient les guerriers qui mouraient pour l'Ecosse. La voix des pèlerins, les chants des ménestrels, Me racontaient sa gloire et ses faits immortels ; Et lorsque près de moi le conduisit mon frère, Quand je levai sur lui ma tremblante paupière, Il m'apparut plus grand encor que ses exploits! .Te rougis, je tremblai quand j'entendis sa voix..- Et je me crus aimée !.■•
BERTHA
Eh bien?...
EDITH
Eh bien ! je tremble ; Je crains presque aujourd'hui que l'hymen nous rassemble! Tu crois que rien ne peut le retarder? Mais moi Dont tant de vœux déçus ont épuisé la foi , Je doute!... fait-il rien pour rassurer mon âme? Quel devoir si pressant loin d'ici le réclame ? Dois-je écouter l'amour, croire ce qu'il me dit, Ou les jaloux soupçons de mon cœur?...
BERTHA
Pauvre Edith !
Avec quel art cruel te tourmentant toi-même, Va s-tu chercher des torts à ce héros qui t'aime ; Tu connais quel devoir, quel soin religieux
Le tient depuis deux jours éloigné de ces lieux. Unissant son amour au souvenir d'un père. Il t'épouse et célèbre un saint anniversaire : Le prieur d'Iona, le vieillard inspiré, Qui partout comme un saint est, dit-on, révéré, Qui guida de Ronald la première jeunesse, L'instruisit aux conseils de sa haute sagesse, Sa voix doit vous bénir. Ronald le veut. C'est lui Dont la pieuse main vous unit aujourd'hui. Aux vœux de ton époux, il s'est rendu. Son âge, Sa faiblesse surtout allongea le voyage. Tu sais encor qu'avant de marcher à l'autel Ici doit s'accomplir un acte solennel Qui l'investit enfin de la toute-puissance! Ainsi...
EDITH
Je sais qu'il peut excuser son absence Par cent prétextes vains : mais c'est son embarras, Son étrange froideur qu'il n'excusera pas. Et le tentera-t-il?... Hélas 1 sa fiancée Est peut-être aujourd'hui bien loin de sa pensée- Quoi qu'il en soit, il faut que je sache aujourd'hui D'où naît le changement que je remarque en lui... Quelqu'un lésait. Celui dont tu parlais : ce prêtre, A rassurer mon cœur consentira peut-être. Ronald est presque un fils pour lui ; je lui dirai Mes doutes, mes tourments-..
BERTHA
Edith!.-.
EDITH
.le l'oserai !
Quand il verra mes pleurs, son âme simple et bonne Me dira si Ronald me hait ou m'abandonne.
BERTHA
Qui"? lui, l'abandonner! te haïr ! Loin de toi Ces injustes soupçons. Quoi, suspecter la foi De Ronald, d'un héros, de l'ami de Ion père!--. Allons, sèche tes pleurs: il va venir, espère---
EDITH
Bertha, je le voudrais.
BERTHA
Incrédule, vois donc, De tes doutes, tu vas lui demander pardon. .-
Il vient.
Eorrh- II vient...
( Les deux femmes remanient la scène, et regardent à Vexlérieur vers la gauche.)