‹ Magasin théâtralChapitre 783 sur 1475 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Porterait à mon cœur une mortelle atteinte;

Et vos moindres soupirs me sembleraient toujours

Des regrets adressés à vos premiers amours.

Achevez, dites-moi le sort de cette femme

(}ui conserve un pouvoir aussi grand sur votre âme!...

Allez lui raconter vos dédains, mes douleurs ;

Lui dire : Edith de Lorn s'éteindra dans les pleurs-..

Sans doute ces retards sont exigés par elle !

C'est elle qui le veut!... Mais elle est donc bien belle,

Que vous l'aimez toujours?

RONALD

Non, je ne l'aime plus.

EDITH

Ah !.. . vous l'avez aimée ?.

RONALD

Edith!.

EDITH-

Soins superflus.

El mon frère!... mon Dieu, que faire?-

RONALD-

Il faut m'entendre.

Je me suis accusé, laissez-moi me défendre, Un mot vous dira tout : Jugez de mes tourments! Vous avez mon amour, une autre à mes serments-

EDITH

Mon Dieu! -.

BONALD

Serments maudits que je hais, que j'abjure, Qui m'ont fait malheureux, qui me rendront parjure ! En vain de mon honneur l'inexorable loi Me dit : souffre Ronald , meurs, mais garde ta foi ! Mon âme a trop lutté, tes larmes l'ont vaincue... Ta douleur me déchire et ta froideur me tue ; Mais tu vas abjurer tes soupçons sans retour,

'ar mes torts, si j'en ai, tiennent de mon amour;

dith, ce n'est pas toi que mon cœur a trahie. C'est une autre pour toi que ma tendresse oublie. Une autre qui m'aimait, que je croyais aimer... Elle est belle pourtant et sa voix sait charmer... D'un nom presque royal la splendeur l'environiie, J'ai reçu de sa main ma première couronne : Au milieu des tournois triomphante ses yeux Plein de trouble, j'y lus de timides aveux... Je ne pus résister; je l'aimai : ma tendresse Lui fit d'un saint hymen la fatale promesse, Et l'anneau de mon père, entre ses mains remis, Fut le garant sacré de ce que je promis.

Des fêtes il fallut s'élancer aux batailles; La guerre retarda mes nobles fiançailles, L'Ecosse fut vaincue et le fier Edouard Sur toutes nos cités planta son étendard. La haine du vainqueur n'était point assouvie ; De Bruce, roi proscrit, il poursuivait la vie ; Il avait dit : La mort à qui le cachera ! Mais l'honneur disait : honte à qui le livrera ! Je servis les desseins conçus par son courage. Jusqu'au jour, où poussé par une aveugle rage,

Il poignarda Comyn aux marches de l'autel

Le prince disparut devant le criminel.

J'abandonnai sa cause et la voix de ton frère Entreprit dem'unir aux vœux de l'Angleterre. J'hésitais... Je te vis et mon cœur étonné Oublia les serments qui l'avaient enchaîné. Lorn me promit ta main. Que ne puis-je te dire Combien je fus heureux... cet instant de délire Dura peu, le remords vint, jusques à tes pieds. Me rappeler les nœuds que j'avais oubliés... Tu sais tout. Dans tes mains tu tiens ma destinée- .. Dis un mot, un seul mot : ta faute est pardonnée !.. . Tu détournes les yeux... Edith, à tes genoux. J'implore mon pardon...

EDITH

Prince, relevez-vous.

Mon bonheur est perdu, ma tendresse est trompée.. . Mais une autre gémit d'un coup pareil frappée... Sans doute une autre attend et pleure... oubliez-moi- Rendez-lui votre amour, dégagez votre foi, Vous êtes chevalier, ce titre vous l'ordonne. Vous voulez mon pardon ; eh bien ! je vous le donne ; Mais partez, laissez-moi seule avec ma douleur, 11 faut tout mon courage à porter ce malheur.

RONALD

Partir! vous oublier? qui donc me le commande'.' Est-ce bien votre voix, Edith, qui le demande?

EOITH.

Non, celle de l'honneur..

RONALD

Mais cet honneur cruel Ne saurait mimposer un supplice éternel-

EDITH

N'avez-vous pas juré

r.UNALD

ScrniCTil fatal

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