ACTE 11, SCÈNE !ll
EDITH
Qu'importe ! Voilà l'avez fait.
RONALD
Edith, votre âme est grande et forte ; Vous vous résignez vite... eh bien! j'obéirai. Une autre vous attend, avez-vous dit? j'irai... Ah ! vous ne m'avez donc jamais aimé, madame ?•••
EDITH
Ah! Ronald!...
RONALD
Prends pitié du trouble de mon âme, J'étais aveugle, ingrat ! ce cri de la douleur, Ce cri m'a révélé le secret de ton cœur. Edith, pardonne-moi, ne verse plus de larmes; Rappelle-loi plutôt ce moment plein de charmes, Ce moment ou j'osai t'avouer mon amour... Edith, ainsi que moi, souviens-toi de ce jour : C'est lui qui décida du reste de ma vie. Oh ! que ta voix fut douce à mon âme ravie, Quand son accent si pur, qui tremblait de pudeur, Me murmura tout bas l'aveu de mon bonheur. Comme j'oubliai vite, à ces heures charmantes, Les splendeurs de la cour^ ses fêtes enivrantes; Le luxe des palais, leurs lambris fastueux, Ces prodiges des arts où s'égarent mes yeux. Tout s'enfuit quand je vis le solitaire asile Où tu cachais tes jours, belle, heureuse et tranquille Les tapis d'Orient, où nos pieds s'imprimaient. Valaient-ils la bruyère où les tiens se posaient? La myrrhe et l'alôës, ces parfums d'Arabie, Valaient-ils le parfum des fleurs de ta prairie... Qui, moins belles que toi, paraissaient s'effacer Et se flétrir de honte en te voyant passer!... Je t'aime, et mon amour est pur comme ton âme. Eternel comme Dieu!... C'est une sainte flamme Allumée aux rayons de ton regard divin, Et que le trépas seul peut éteindre en mon sein.
Taisez-vous, taisez-vous, car il faut que j'oublie-
hONALD.
Ne pense qu'à l'amour dont mon âme est remplie.
EDITH
Mais je deviens coupable en acceptant la foi !
KONALD.
Oh! ne t accuse point, le coupable c'est moi.
EDITH-
Sans moi, sans mon amour, tu tiendrais ta promesse.
RONALD
Sans toi, sans ton amour, je mourrais-
EDITH
0' faiblesse !
Je voudrais résister; mais sans force à ta voix...
RONALD
Tu me pardonnes donc et ma faute et tes larmes?
EDITH-
II le faut bien.
RONALD
0 ciel ! quels sont ces cris d'alarmes?
EDITH
D'où peut venir?.-. {Ils remontent la scène et regardent au fond).
C'est là... je vois... c'est un esquif, Dont la proue a frappé sur l'angle d'un récif... Quels sont les imprudents qui, par un soir d'orage. Osent sans le connaître affronter ce rivage?... J'y cours. .-
EDITH
Ils sont sauvés...
RONALD
Mes hardis matelots Les ont donc arrachés à la fureur des flots !... Je crois, à la lueur des torches vacillantes, Voir briller d'un haubert les mailles éclatantes. Cesont des chevaliers... l'un d'eux-.. 11 m'a semblé. .- Reconnaître... mais non... j'avais l'esprit troublé.- - Les voici : du donjon ils ont franchi la porte, Je vais enfin savoir... Ils sont seuls, sans escorte... Qui sont-ils?