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SCENE I

BRUCE, THOMAS DE LONGUEVILLE, ISABELLE. [Au lever du rideau, Isabelle est assise daas un fauteuil à gauche. Les deux hommes sont debout auprès d'elle )

BRUCE

Isabelle, reviens à toi, sèche tes pleurs.

28 KOBEllT BRUCE.

Ton âme est-elle donc étrangère aux douleurs, Pour qu'un malheur de plus étonne ton courage? Espère, espère en Dieu! ta faiblesse l'outrage.

ISABELLE-

Pardonnez-moi, mon frère. Oui, je l'avoue, hélas!

J'ai douté; j'ai dit : Dieu nous retire son bras.

Vos revers, cet hymen, Ronald qui m'abandonne,

Ces gouffres effrayants où l'Océan ])ouillonne.

Votre vaisseau brisé, les cris des malheureux,

Que les flots emportaient; puis quand j'ouvre les yeux,

Quand je veux rappeler ma raison affaiblie.

Je vois là, devant moi, celui qui m'a trahie!...

Je m'étais résignée. A son aspect, mon cœur

S'est à la fois ému de honte et de douleur.

Pourtant, ne craignez rien, je ferai violence

A mes pleurs ; je serai tranquille en sa présence ;

Qu'il vienne et ses regards ne verront sur mon front

Ni regrets de l'amour, ni honte de l'affront.

BRUCE

J'y comptais. Je savais que, résignée et fière. Ma sœur accepterait cette épreuve dernière.

LONGUEVILLE

Votre sublime exemple a germé dans son cœur. Quiconque vous a vu défier le malheur.

Supporter l'abandon, la faim, l'exil, et, calme, Attendre le trépas comme un martyr la palme ; Quiconque vous a vu, dis-je, bravant le sort. Ne doit craindre les fers, les tourments ni la mort.^ Ah! s'ils vous connaissaient tous, ces nobles sans âmes, Qui vendent leur pays, leur honneur... les infâmes!..- Oui, vous avez raison, attendons; laissons-les Prostituer l'Ecosse et la vendre à l'Anglais. Un jour se lèvera, qui n'est pas loin peut-être. Où le proscrit viendra leur commander en maître. Ne les ménagez pas alors ; jjoint de pardon, Point de clémence, sire, envers la trahison.

BRUCE

A vous ouïr parler de semblable manière, Dirait-on pas qu'ici je tiens ma courplénière. Où donc est-il ce roi dont le bras doit punir? Ses décrets, quels soldats viendront les soutenir? Où sont ses maréchaux, ses pairs, ses hommes d'arni' Peut-il verser le sang? peut-il tarir les larmes? Où donc est son pouvoir, dites? peut-il d'un mot, Ce mot sublime, grâce! abattre un échafaud? Hélas! non. Il est seul, on le chasse, on l'exile , Son front découronné souvent n'a pas d'asile. Il ne lui reste rien, à re malheureux roi.

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