‹ Magasin théâtralChapitre 80 sur 1475 · DUBREUIL, ROSE · texte numérisé non relu

DUBREUIL, ROSE

DCBREUiL.

Approche, mon enfant, et sur-tout sois sincère. Tu connais, m'a-t-on dit, cette dame étrangère Qui, depuis près d'un mois, loge en votre maison? Sur mes desseins secrets ne forme aucun soupçon, C'est pour son intérêt que je veux la connaître. Que fait-elle à Paris? tu le sais.

KOSE.

Mais peut-être.

nUEREL'lL, vivement.

Ce silence malin m'en dit beaucoup déjà.

ROSE

Mon silence vous parle ?

DUBRECIL.

Eh! oui ; je vois par-là Que de ce que tu sais tn me fais un mystère , Et je vois... des travers qu'en vain tu veux me taire: Ton regard m'a tout dit, je te devine enfin.

ROSE

Vous lisez dans mes yeux ! Ah ! c'est être trop fin.

nCBRElIL.

Tu me railles, friponne, et je vois, à ta mine, Que contre moi toujours ton humeur est chagrine; Tu me crois médisant, et tu l'as dit cent lois.

ROSE

Vous nous raillez souvent, mais toujours avec choix; Votre esprit contre nous n'a jamais de malice.

DCBREriL.

A ton sexe toujours j'aime à rendre justice.

Votre mérite seul vous fait mille jaloux ;

Et, je l'ai dit cent fois, vous valez mieux que nous.

ROSE, vivement, ("est une vérité.

DVBREUIL.

J'en connais l'évidence.

Allons, faisons la paix, rends-moi ta confiance ; Réponds, réponds, de grâce, à mon empressement. Accepte cette bourse, et sois franche un moment. Que font-elles ici ?

ROSE

Puisqu'il faut tout vous dire.

Je ne sais quel motif à Paris les attire ; Mais rien de leur gaîté ne peut troubler le cours , Et des plaisirs nouveaux les occupent toujours.

Eugène me disait, en vantant leur prudence. Qu'elles ne sortaient point.

ROSE

Voyez la médisance !

DUBREUIL

Cet Eugène est un sot. Je conçois, entre nous.

L'adresse qui t'a fait choisir un tel époux.

Trop d'esprit dans l'hymen souvent nous contrarie.

ROSE

A notre premier point revenons, je vous prie.

DUBREUIL

Parlons de cette dame, et dis-moi franchement... Je mets le plus grand prix à ce renseignement. Tu crois que sa conduite est parfois indiscrète ?

ROSE

Elle aime la parure.

DUBREUIL, l'interrompant.

Oui, c'est une coquette.

ROSE

C'est depuis pende temps que nous la connaissons, Et l'on n'a sur ce point jamais que des soupçons.

DUBREUIL

Je t'entends. Et sa fille ?

ROSE

Elle fait l'ingénue ; Elle affecte en parlant certaine retenue... Mais sa mère l'entraîne ; elle cède à ses goûts.

DUBREUIL, à part.

(Haut.)

Je l'avais deviné. Mais quel est son époux?

ROSE

Un petit financier.

DUBREUIL, l'interrompant.

De fort peu de mérite.

!1 n'est point à Paris?

ROSE

En province il habite.

DUBREUIL, vivement.

Est-ce un fat, un jaloux, un sot, un important?

ROSE

C'est un de ces maris..- comme l'on en voit tant.

DUBREUIL

Qui, docile toujours aux ordres de madame. Est plutôt serviteur que mari de sa femme?

ROSE

Et qui, raillant toujours sur les défauts d'autrui, ]N'af)erçoit point tous ceux qu'on rencontre chez lui.

H s'amuse aux dépens de tel qui lai ressemble. Sottise et vanité sont donc toujours ensemble!

ROSE

Eli ! oui ; l'on dit aussi que ce crédule époux Raille eucor les maris confiants.

DUBREUIL

Voyez-vous !

C'est un fou sans esprit ; d'avance je le gage.

ROSE

Ou, s'il en a, du moins il en fait peu d'usage.

DUBREUIL

C'est cela. C'est un fat qui se croit adoré, Que madame en tout temps fait mouvoir à son gré. Je reconnais bien là le mari de province. Tandis que le cher homme y mène un train fort

[mince, Et qu'il vit sans éclat dans son triste canton, Madame à prix d'argent prend ici le bon ton. Et le pauvre mari s'expose avec constance Aux dangers que font naître et le luxe et l'absence.

{ Il rit. )

Ces petits financiers sont de bien bonnes gens!

LE MEDISANT.

ROSE, à part.

Il ne sait pas encor qu'il rit à ses dépens.

Que j'aime les détails dont tu viens de m'instruira!

ROSE

C'est un secret, monsieur, dont il ne faut rien dire.

DUEREr;iL.

Oh ! je n'en dii ai rien ; je suis très discret, moi.

( A part.)

Allons tout raconter à l'ami Duvernoi.

( Haut. )

Mais, puisque tu parais avoir sa confi.ince. Fais-moi faire avec elle aujourd'hui connaissance.

ROSE

De vous servir, monsieur, je me fais un devoir.

DCBREUIL.

Sais-tu qu'elle a déjà refusé de me voir,

Et qu'elle a dédaigné l'offre de mon hommage?

ROSE

Je le sais. Il fallait me charger du message ;

Vous pouviez vous attendre à l'accueil le plus doux.

DCBREUIL.

Vraiment?

ROSE

Oui ; tous les jours elle parle de vous.

Comment en parle-t-elle?

ROSE

Avec trop d'indulgence-

nCBREUIL.

S'il est ainsi, pourquoi fuit-elle ma présence?

ROSE

L'ennemi dangereux que toujours nous fuyons Est souvent, en secret, celui que nous aimons.

DCBREUIL.

Je brûle de la voir.

ROSE

L'instant est favorable :

Je vais vous annoncer.

DUBREUIL

Que lu seras aimable !

ROSE

De la voir en secret vous paraissez jaloux?

DUBREUIL *

Je suis impatient d'avoir ce rendez-vous.

Pour l'obtenir plus tôt, pars, que rien ne t'arrête.

ROSE

Je vais vous pi'éparer un charmant tête-à-tête. Entre nous, tout ceci doit demeurer secret. Sur ces dames sur-tout soyez toujours discret. Quant à l'époux, je crois qu'il n'est plaint de per-

[sonne:

A vos traits médisants, monsieur, je l'abandonne.

(Elle sort.) ' Hose, Dubreuil-

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