ACTE V, SCÈISE
Votre amour du Seigneur, qui fait tout supporter.
ISABELLE
Oui, je suis résignée, et cependant je tremble...
Une crainte commune aujourd'hui nous rassemble.
Mon frère n'est-il pas au plus fort du combat?
N'est-il pas chaque jour général et soldat?
Le glaive épargne-t-il les têtes couronnées?
Oui, le ciel lui promet de hautes destinées.
Ma crainte est un blasphème, et pourtant, malgré moi,
Je sens frémir mon cœur et chanceler ma foi.
Il peut vaincre Edouard et sauver sa patrie,
Mais cet honneur il peut le payer de sa vie.
Serait-il le premier qui, trahi par le sort,
Au sein de la victoire eût rencontré la mort?
Prions, prions ensemble et confondons nos larmes;
Supplions le Seigneur de protéger leurs armes.
EDITH
Ils sont aux mains, dis-tu?... Je tremble ; mon cœur bat... Je crois ouïr d'ici les clameurs du combat... Qui nous délivrera de ce doute effroyable ? Ronald, mon frère, ô Dieu ! soyez-nous secourable !
ISABELLE
Edith, sois confiante... on viendra... nous saurons..^ Ce qu'avec tant d'ardeur ici nous désirons... Bruce ne manque pas de messagers fidèles Qui viendront du combat nous porter des nouvelles.
EDITH
Je désire et je crains d'en apprendre...
ISABELLE
Tais-toi...
J'en suis sûre, des cris sont venus jusqu'à moi... Entends-tu?
EDITH
Oui, j'entends. ■•
ISABELLE
Mon Dieu ! dois-je le croire?
Je ne me trompe pas, c'est un cri de victoire!... Il me semble qu'un nom à ce cri s'est mêlé... Oui !... c'est le nom de Bruce ! ah ! tout est révélé. Mon frère est triomphant!...
Le mien est mort, peut-être !
ISABELLE
Pardonne ce transport dont mon cœur n'est pas maître, Mon indiscrète joie offense ta douleur : Heureuse, j'oubliais que tu crains un malheur... Les voilà... les voilà... la distance s'efface...
Leurs rapides coursiers ont dévoré l'espace. • Nous allons tout savoir.-
EDITH
Trop tôt, peul-ôlre.
ISABELLE
Et quoi 1 Tu doutes du triomphe"? ah ! j'en suis sûre, moi ! On vient !...