CÉSAR, PAULINE
PKUUSE , entrant mystérieusement. Ah!
mon Dieu! Il est seul! C'est un protecteur!
CÉSAR. Quelqu'un ! Oh ! la jolie personne ! [Allant à elle.) Pardon, mademoiselle, je n'avais pas l'honneur...
PAULINE. Comment, monsieur, vous ne me reconnaissez pas?...
CÉSAR. Eh! mais... Pauline! mon enfant, c'est vous !
PAULINE. A la bonne heure, au moins.... Moi, voyez-vous, je vous ai reconnu tout de suite !
CÉSAR. Oh! c'est différent! mais vous...
PAULINE. Moi ! vous me trouvez donc bien changée? [A part.) Oh! oui, depuis le départ d'Edmond! {Haut.) Voilà ce que c'est que les chagrins, monsieur... on dépérit.
CÉSAR. Que dites-vous? mais au contraire... quand je vous ai quittée, vous étiez une petite fille qui promettait d'être assez bien ! mais maintenant vous êtes une belle demoiselle.... et tellement embellie...
PAULINE. Ah! vous me flattez, monsieur.
CÉSAR. Non, je vous le jure! vous êtes charmante !
PAULINE. Vrai? Alors c'est bien heureux ! car je suis si triste que je devrais être laide.
CÉSAR. Oh ! je vous en défie ! Mais pourquoi donc cette tristesse , pourquoi donc ce chagrin ?
PAULINE. Chut! si on nous entendait!...
Dam! je ne vous cherchais pas... c'était madame d'Aigueperse. ..
CÉSAR. Pourquoi trembler ainsi près de moi? Ne suis-je plus, comme avant mon départ , votre ami, votre frère? Vous m'appeliez voire frère !
PAULINE. Oh! si fait... J'en avais deux
alors... deux qui m'aimaient... Et maintenant je n'en ai plus ifu'un... c'est vous?
ctSAR. O ciel !
PAULINE. Oui, vous... et si vous saviez... quajid j'ai lu votre nom sur cette carte que l'on m'avait remise, comme j'étais joyeuse ! Je me suis dit : Voilà un ami, un sauveur peut-être qui m'arrive ! Et lorsque madame d'Aigueperse m'a ordonné sévèrement de rentrer dans ma chambre... j'ai cru que je ne vous verrais pas... Et seule, à ma fenêtre, pour épier votre sortie, je me suis surpi ise à pleurer encore comme une enfant!
CÉSAR. Ah ! ma chère Pauline ! Quel est donc ce mystère que depuis mon arrivée je ne puis comprendre? Que se passe-t-ii donc dans cette maison ?
PAULINE. Mais d'abord il ne s'y passe rien.
Et voilà ce qu'il y a de plus malheureux
tous les jours se suivent et se ressemblent... jamais de plaisirs, toujours des sermons... des réprimandes. .. aussi je m'ennuie!... Ah! je m'ennuie bien !...
CÉSAR. J'entends... madame d'Aigueperse est sévère !
PAULINE. Horriblement sévère!
CÉSAR. Mais votre belle-sœur... qui est
jeune comme vous qui paraît aimable
comme vous...
PAULINE. Oh! non... si mon frère le voulait bien, je ne dis pas, parce qu'un mari peut exiger que sa femme soit aimable. Mais lui! cela lui est bien égal! pourvu qu'il fasse son reversi avec monsieur Mathieu... On le fait tous les soirs, et quelquefois dans la journée... Le jeudi, par exemple c'est aujourd'hui , vous verrez. Pourvu qu'il accompagne madame d'Aigueperse à l'église; qu'il écoute lire à sa femme quelque ouvrage bien insipide, tandis que moi j'ai toutes les peines du monde à ne pas m'endorniir sur ma broderie.... Voilà tout ce qu'il lui faut, tout ce qu'il désire.
CÉSAR. Colombet! oh! je lui parlerai...
Autrefois, je le sais, avec nous, ses amis, il n'avait pas une grande force de caractère ; il éludait les discussions, il tournait les difficultés ; et plutôt que de soutenir une opinion, il s'en allait.
PAULINE. C'est ce qu'il fait encore. On l'envoie à la campagne.
CÉSAR. En pénitence?
PAULINE. Et moi, je reste.
CÉSAR, Mais cela ne peut durer longtemps ainsi. Vous vous marierez...
PAULINE. Eh bien! non... voilà ce qu'il y a de plus affreux! je ne me marierai pas.
CÉSAR. Ah! mon Dieu! est-ce que l'on voudrait vous forcer ?
PAULINE. On veut me forcer à épouser le neveu de monsieur Mathieu.... un grand
LE MAKI A LA CAMPAGNK
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jeune hoiume pâle, tri!>te, qui a toujours les yeux. baissés, qui ne sait rien dire... et qui est laid... enfin comme son oncle!... mais pour l'épouser, il faut que je dise oui... et je ne le dirai jamais! Non, non, non! mille fuis non I
CÉSAR. Mais votre frère ne peut approuver...
PAULINE. Il approuve tout. . . Et lorsqu'on a chassé de la maison ce pauvre monsieur Edmond qui m'aimait tant!
CÉSAR. Monsieur Edmond!
PAULINE. Oui , c'est un jeune homme très-gentil, très-gai surtout. Il avait toujours des choses aimables à me due ; rien que de le voir, j'oubliais tout le reste.
CÉSAR. Vous l'aimiez?
PAULINE, chut! (Baissant la t'OîJr-.) Je ne i sais pas... mais j'étais bien heureuse !... Un ! jour, on me renvoya. .. Il voulait parler en I secret h madame d'Aigueperse et à mon frère!,
CÉSAR. De vous ?
PAULINE. Je crois que oui... car lorsque je revins, il était parti... et depuis, je ne l'ai plus revu. ..Quand je veux parler de lui, ou me dit de me taire ; je vois bien que la maison lui est interdite, et qu'il mourra de chagrin, comme moi, si ce n'est déjà fait.
CÉSAR. Mourir ! Eh 1 plutôt conspiruns ensemble pour faire rentrer monsieur Edmond , pour forcer Colombet à faire voire bonheur !
PAULINE. Oh! je ne demande pas mieux!
[Eljrayée.] Ah!