‹ Magasin théâtralChapitre 852 sur 1475 · CÉSAR, URSULE · texte numérisé non relu

CÉSAR, URSULE

CÉSAR. Il dit, madame, que, ce soir, il la retrouvera ici, au bal!...

URSULE. IMonsifiur...

CÉSAR. Pardon!... je vais un pou vile., mais le temps presse... nos dangers sont les mêmes, et l'iniéiêt doit nous rapprocher...

URSULE. Que voulez-vous dire? je ne vous comprends pas !

* EHnion'i, Ursule, César, Pauline, I •■ Edmond, G^ar, Pauline, Ur-sule.

CÉSAR. Cependant, ce qui s'est pass<; chez madame de Nohan doit vous aider à me comprendre,., El si j'en crois le petit mot que vous m'avez écrit ce matin...

URSULE. Oh! parlez bas... je suis si malheureuse! maintenant j'ai peur de toui... je vois partout des périls dont je ne pouvais me douter.,, ce que vous m'avez dit hier,.,

CÉSAR, Quoi donc, madame? Que les plaisirs n'ont jamais plus de charmes que lorsqu'ils nous sont interdits, ., c'est ce que vous appelez le fruit défendu. Et vous avez pu voir que voire mari ne résiste pas à la tentation. ..

URSULE. Mon mari! vous l'avez perdu — car, bien certainemeut, avant votre arrivée à Paris...

CÉSAR. Ah ! madame , vous me soupçonnez, moi, qui m'afflige du désordre dans lequel je le trouve, et qui n'est que le fruit de celte vie austère à laquelle vous le condamnez... moi , qui, par amitié pour lui, viens m'entendre avec vous pour le ramener à ses devoirs et à sa femme ! Et vous ne savez pas tout encore ! Madame de Nohan qu'il voulait tromper, et qui le recevait avec d'autant plus de confiance qu'elle voyait en lui un futur époux.., {Mouvement d'Ursule.) Eh bien ! madame de Nohan , je l'aime ! Oui , madame... jugez du danger que courait votre mari, par celui auquel je n'ai pu échapper. Moi, qui maudissais sa coquetterie.... moi, qui avais juré de ne plus la revoir... Hier, en la retrouvant, j'ai senti se réveiller cet amour jaloux qu'elle m'avait inspiré , lorsque je risquais mes jours pour elle!... Croyez-vous que j'eusse aidé Colombet à vous trahir, à la tromper.... si j'eusse été maître de diriger ses plaisirs?

URSULE. Mais enfin, comment se £ait-ii que je vous aie trouvé là! avec lui ?

CÉSAR. C'est que, éloigné de ces lieux, où, soumis en esclave , il sacrifie lâchement son pouvoir à son repos , je devais le retrouver dans une autre maison où le plaisir l'attend, où l'on prévient ses désirs et ses vœux ! Et il était temps que j'y arrivasse, madame, pour sauver mon bien et le vôtre ! Par bonheur , cette rencontre a amené pour nous tous une leçon dont il faudra nous féliciter, si madame de Nohan. confuse de son erreur, ferme sa porte à des folies qui la compromettraient... et si vous , madame, vous ouvrez la vôtre à des plaisirs qui vous rendront le cœur de votre mari.

URSULE. Son cœur ! mais je l'ai donc perdu?

CÉSAR. Oh! vous en étiez bien près... Et ce malin encore je ne répondais pas de son retour...

URSULE. Ce matin !

CÉSAR. Où pensez-vous qu'il inf , à neuf heures?

te

MAGASm THEATRAL.

URSULE. A l'église, monsieur !

CÉSAR. Je ne crois pas Et à onze

heures?...

URSULE. Mais à la fabrique!

CÉSAR. Je ne crois pas Et à deux

heure>?...

URSULE. Chez monsieur Mathieu!

CÉSAR. Je ne crois pas!

• URSULE. Grand Dieu! mais où donc?

CÉSAR. A neuf heures, il courait demander grâce à celle qu'il a trompée... mais il n'a pas été reçu. A onze, il me faisait déjeuner malgré moi chez Véfour, arrosant d'un vin capiteux tous les sages conseils que je lui (loimais.... A deux heures, il suppliait mad.ime Lépinet d'intercéder pour lui!

URSULE. Madame Lépinet!

CÉSAR. Une femme à la mode... qui donne ce soir ujême un bal où Colombet doit aller.

URSULE. Il n'ira pas...

CÉSAR. Il ira ! Il aime tant la danse !

URSULE. Vrainient! Il danse donc?

CÉSAR. Très-bien ! Il est fou de la valse !

URSULE. Mon mari valse!

CÉSAR. Et madame de Noban aussi... par malheur!

URSULE. Mais, monsieur...

CÉSAR. Mais, madame... vous voyez que nous sommes des alliés nécessaires... qu'il y va de votre repos, du mien, qu'il faut à tout prix retenir votre mari, s'il en est temps encore 1

URSULE. Mais dites, monsieur, comment?

par quel moyen ?

CÉSAR. J'y ai pensé.... Et d'abord cette vie austère et monotone dans laquelle vous l'emprisonnez est un danger de tous les instants. Il est des plaisirs que la vertu permet, que la religion ne défend pas, et qu'une sage politique doit appeler, en les variant, pour rendre la maison plus agréable à habiter, et les devoirs plus faciles à remplir

c'est ce que fait un père de famille qui veut retenir près de lui le fils que d'autres séductions disputent à sa tendre surveillance... c'est ce que doit faire une jeune femme dont l'amour inquiet craint que le cœur de son mari ne lui échappe... c'est ce que je conseillerais à Colombet lui-même, si l'ennui pouvait pénétrer un instant dans votre cœur si pur... comme dans le sien!... L'ennui!.. . mais vous ne savez donc pas ce que c'est que l'ennui? c'est un poison mortel pour le bonheur d'un ménage. Une fois qu'il s'y est glissé, point d'amitié, point d'amour qu'il ne flétrisse! Il rend la vertu maussade et le devoir insipide. L'ennui! mais alors on le retrouve partout... sous les traits d'un monsieur Mathieu... dans les sermons d'une belle-mère, dans la réserve glacée d'une femme... moins jolie que vous...

C'est le reversi trop répété... c'est la morale trop acariâtre... ce sont ces devoirs qu'une froide piété compromet, mais qu'une vertp discrète rend plus faciles en les ménageant. L'ennui! c'est un ennemi de tous les jours, de tous les instants! Pour le fuir, il n'y a rien qu on ne tente... Et s'il ferme la porte, on saule par la fenêtre. C'est ce que fera votre mari, madame...

URSULE. Eh bien! voilà de ces choses que je ne pouvais pas deviner... Mais que puis-jc à cela, monsieur? S'il ne m'aime plus... s'il fuit cette maison ?

CÉSAR. Ne pi us vous aimer!... mais ce n'est pas possible! Fuir celle maison! mais il fau qu'il y reste avec joie ! Pour cela, il faut que cette maison soit pour lui plus agréable que par le passé... lifaut que près d'une femme charmante , il retrouve des amitiés qu'une morale intolérante avait éloignées... des plaisirs qu'une austérité impitoyable le forçait de chercher ailleurs! Et ces amitiés, ces plaisirs, il les trouvera ici auprès de vous, aujourd'hui, ce soir même...

URSULE. Aujourd'hui... ce soir!

CÉSAR. A moins que vous ne préfériez le voir sauter par la fenêtre pour courir chez madame de Nohan!

URSULE. Non... ohl non... Tout ce que vous voudrez, monsieur, pourvu qu'il n'y retourne pas !

CÉSAR. C'est mon avis... Ohl j'en conviens, je suis un peu égoïste!... ces amis, ces camarades, qu'il regrette, et qui lui sont restés fidèles, j'ai écrit aux uns, j'ai vu les autres... Ils se réjouissent de retrouver leur cher Colombet... ils viendront tous, ce soir, au bal que vous donnez , et auquel je les ai invités en votre nom.. .

URSULE. A un bal! mais, monsieur... y pensez-vous ?

CÉSAR. Eh! oui, madame, j'y pense... ou plutôt j'y ai pensé... il n'y avait pas de temps à perdre, et je n'en ai pas perdu... comme vous voyez. Les ordres sont donnés... un mot de vous... et, dans un instant tout sera prêt.

URSULE. Un bal ! ici 1 Ah ! mon Dieu ! monsieur... mais où me réfugier?

CÉSAR. Vous, madame? mais au milieu de votre salon, pour en faire les honneurs... pour éclipser, aux yeux de votre mari, toutes ces belles dames qui vont se grouper autour de vous, et qui n'auront ni votre grâce, ni cet air de candeur et de bonté qui vous répon d de tous les cœurs, comme du sien !

URSULE. Mais cela ne se peut pas. . . ma mère...

CÉSAR. Mais vous êtes chez vous, vous êtes votre maîtresse , et rien ne la force à rester à notre fête... et l'on peut la prier de... {Â part. ) Comme moi, hier !

T,E MAKI A LA CAMPAGNE

WPtsULE. Non, monsieur... non... c'est impossible... je ne ferai pas les honneurs d'un bal, chez moi...

CÉSAR. i>Iaflame...

URSULE. D'ailleurs il faut une toilette...

CÉSAR Ah ! du moment qu'on parle toilette, nous romm»^nçoris à nous eniendre. ..

URSULE. iMais, monsieur, je ne pui'^...

CÉSAR. Alors, n'en parlons [ilus, madame, et s'il arrive quelque malheur...

Page 1