URSULE, CÉSAR, COLOMBET
COLOMBET, à la cantonade. Passez chez ma belle-mère, mon bon monsieui [Mathieu !
CÉSAR, à part. Nous allons voir ! {Haut.) Eh ! viens donc, mon cher Colombet !
COLOMBET, sans voir sa femme. César !. .. ah bah! tu reviens... tu n'as pas peur? Ah ! je conçois, comme moi, notre déjeuner de ce matin !
CÉSAR . Certainement. Je viens te demander à quelle heure tu vas ce soir chez madame Lépinet.
COLOMBET. A huit beures !
URSULE*. Comment? chez madame Lépinet!
COLOMBET, se retournant. Ma femme?...
madame Lépinei... je ne connais pas... je ne sais pas ce que tu veux dire. {A part.) Mais est- il maladroit!
CÉSAR. Eh ! mais, pourquoi cet air d'embarras! Madame Lépinet est une femme charmante, qui réunit la meilleure société!
COLOMBET. Certainement, la meilleure société !
URSULE. Eh quoi! monsieur.... tous la connaissez?
COLOMBET. Moi? non... je ne dis pas....
CÉSAR. Mais tu m'as fait inviter chez elle?
COLOMBET. Chez elle! par exemple!...
CÉSAR. Vas- tu faire l'hypocrite avec ta femme , qui sait tout ? Ta belle-mère n'est pas là !
COLOMBET. C'est juste, au fait! j'irai chez madame Lépinet, puisque je l'ai promis...
URSULE. Mais non... mais je ne le veux pasl D'ailleurs la sœur de monsieur Mathieu nous attend à dîner... nous passons la soirée chez elle.
CÉSAR, riant. A jouer au reversi. . . avec monsieur Mathieu !
COLOMBET. Oui, beau plaisir! Ma foi, non... plutôt que de m'y ennuyer, j'aime mieux partir pour la campagne!
CÉSAR. Comme hier ? Ah 1 mon ami, de la franchise ! ne trompe pas ta femme 1
COLOMBET. Mais je ne la trompe pas... je pars pour la campagne !
* Càsu, Ursule, Colombft.
URSULE. Non.... vous alloz chez cette dame. . .
CÉSAR. Parblpu ! c'<^st clair!
COLOMr.ET. Eh bien! oui, là, j'y vais...
UR.''ULE. Poiirretrouvermadamede Nohan?
COLOMBET. Madame de Nohan ! non, non, elle n'y s^ra pas !
CÉSAR. Si f^it...
COLOMBET. Mais non...
CÉSAR. Mais si !... puisque c'est moi qui lui donne le bras pour l'y conduire.
URSi'LE. Là... voyez-vous!
COLOMBET, à part. Mais quelle rage il a de me livrer, ce maudit César !
URSULE. Eh bien! non, vous n'irez pas... je ne vous laisserai pas sortir, je m'attache à vous !
CÉSAR. Ah ! c'est une tyrannie !
COLOMBET. C'est vrai!... c'est une tyrannie insupportable! cela me fatigue... l'ennui me tue, à la fm !
CÉSAR, bas, à Ursule. L'ennui!... vous voyez .
COLOMBET. Je suis mon maître, que diable !.. . j'irai chez madame Lépinet, si je veux aller chez madame Lépinet! je ne veux pas qu'on m'emprisonne, qu'on me tyrannise!
URSULE. Mon ami, mais rependant...
COLOMBET. J'irai à ce bal, quand je devrais sauter par la fenêtre !
CÉSAR. Là ! qu'est-ce que je vous disais?
URSULE. A ce bal, où vous verrez madame de Nohan!...
COLOMBET. Où je verrai madame de Nohan!
CÉSAR, bas. Il est perdu!
URSULE. Que vous vouliez épouser?
COLOMBET. Que je voulais ép.. . ah I qu'estce que je dis là !
César part d'an éclat de rire.
URàtiLE , bas. Monsieur, monsieur!...
faites ce que vous voudrez, je consens à tout ; mais qu'il reste!
CÉSAR, à part. Allons donc !
COLOMBET, se promenant d'un air de triomphe. Ma foi, tant pis! je veux me montrer, je veux leur dire à tous...
Il dnnne un coup de pied dans un meuble ; M™« d'Aigueperse entre et se trouve face à face avec lui ; il resta tout interdit.
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