SCENE III
MELCOURT, MARIE, CHARLES, il est
entré sur les derniers mots et les a entendus.
JIELCOURT, avec ironie. Il aurait certes grand tort!... tous les hommes sont bons, toutes les femmes sont fidèles, et tout est poiu" le mieux, dans le meilleur des mondes possibles.
RiAniE. Ah! monsieur de Melcourt ! . .
CHARLES. Comme à l'ordinaire, commençant par se moquer de notre bonheur.
Bi.ARiE, souriant. Est-ce par envie ou par regi-et ?. .
MELCOURT. Peut-être bien l'un et l'autre. Mais je croyais trouver ici M. de Sivry, qui m'a demandé , et non venir en tiers dans un entretien qui ne les supporte guère.
MARIE. Mon père est sorti dès le matin, et n'est pas encore rentré ; je ne l'ai pas vu ce matin.
MELCOURT. Deux fois il a passé chez moi en mon absence, lui, que ses affaires occupent si exclusivement! aussi ai-je pensé que des choses importantes lui faisaient souhaiter de me voir, et je suis ai'rivé en toute hâte.
CHARLES. Moi aussi , j'étais ici pour l'attendre.
MELCOURT. Rien que pour cela?., eh bien! j'aurais gagé, quand je suis entré, que vous n'attendiez personne?
MARIE. Tenez, voilà trois mois, monsieur Melcourt, que M. Charles, voti:e ami, vous amena chez mon père ; vous reveniez, nous dit-il, d'un voyage de plusieurs années, entrepris seulement par curiosité...
MELCOURT. Oui... à vingt-trois ans, j'avais assez de Paris : il m'avait ôté le premier des biens, mes illusions de jeune honune !.. je ne devais rien à ce monde qui n'avait pas même pris la peine de me tromper... je partis.
MARIE , souriant. Mais vous êtes revenu ?..
MELCOURT. Après quatre années de voyages, me voici de nouveau à Paris ; car si c'est le pays du monde où l'on a le plus de sujets de chagrin, c'est celui où l'on a le moins le temps de les sentir.
M.ARIE. Ainsi, vous avez vingt-sept ans, de la fortune?..
MELCOURT. Depuis peu...
CHARLES. Tous les plaisirs, tous ies succès du monde s'oftrent à vous !..
MARIE. El cependaut, voils ne voyez jamais que le mauvais coté des choses I. . cela nest pas uaturel !.. les méchans doivent être des malheureux que personne n'a aimésl . . mais vous ! . .
MELCOL'RT, aoec dédain. Aimé?., l'amitié, c'est le besoin qu'on a les ims des autres I . . et l'amour : . . n'en parlons pas ! . . vous ne perdrez que trop tôt les idées... que je n'ai plus...
CHARLES et MARIE, ensemble^ se regardant. Jamais I
MARIE. Depuis trois mois , j'observe, jliésite; mais aujourd'hui j'ai deviné, mon>ieur de Melcourt.
MELCOL'RT. Tous avez deviné.^ Et quoi donc ?...
MARIE. D'abord, vous êtes bien meilleur que vous ne voulez le paraître.
MELCOLRT. Il y a tant de gens qui veulent paraître meilleurs qu'ils ne sont.
MARIE. Puis, vousdiles touiours du mal des femmes eu général.
CHARLES. Ce qui prouverait que vous avez eu à vous plaindre d'une en particulier.
MELCOiRT. C'est possible.
M.ARIE. Ensuite, il y en a une que vous critiquez, que vous blâmez toujours quand elle est là, et que voiu ne permettez à personne de blâmer quand elle n'y est pas. Alors, j'ai compris que vous l'aimiez, et que...
MELCOUP^T. Oh 1 n'achevez pasl.. vous vous trompez. Moi ! l'aimer encore! non, non ! je n'v pense plus depuis long-temps= MARIE. Albertine est étourdie, mais son cœur est bon, et je l'ai surprise rougissant à ces mots amers que vous lancez, et qui prouvent que vous l'aimez encore, puisque vous lui en voulez toujours.
MELCOL'RT. a^'cc ironie. Moi ! lui eu vouloir? parce quellea fait ce que toute autre eût fait à sa place.
CHARLES, oicement. Oh I non I il est des femmes incapables de cette indigne perfidie 1
MELCOURT, as^ec ironie. Quoi donc?., je l'aimais, sa main m'étaitpromise. elle m'avait dit que toute sa tendresse m'appartenait, qu'elle n'aimerait jamais que moi... M. le comte d'Horbigny lui offrit un titre et une fortune... eh bien! elle accepta, me trompa jusqu'au dernier moment, pour que mon désespoir ne vint pa^ troublef ses projets. Eh I mon Dieu I que d'autres femmes etî ont fait autant !.. Celles qui nous restent ûdèles, c'est, je le parie, cps'iî leur
a manqué ime bonne occasion de ne pas l'être.
CHARLES. Oh I MeicourtI
MARIE. ^ oilà qui est si injuste, que cela ôterait l'envie de vous servir.