‹ Magasin théâtralChapitre 865 sur 1475 · L.\ DOMESTIQUE, annonçant .^l"^"^ la comtesse d'llorl)!gny · texte numérisé non relu

L.\ DOMESTIQUE, annonçant .^l"^"^ la comtesse d'llorl)!gny

MELCOLiiT, a Marie. Adieu, madeniolselie.

MARIE, ie retenant. Non ; restez, monsieur de 3Ielcoui't. Il vaut mieux attendi c ici mon père, qu» sans doute veut vous parier. D'ailleurs, j'ai l'espoir que cette journée, qui doit fixer mon bonheur, ne sera pas inutile au vôae.

M'^"= DHORBIGNA" , entrant a\;ec Fanny.

Bonjour, "Jarie ; ie vous salue, messieurs. (.A 3/6iriV.) Voici Fanny, ta protégée, que j'ai trouvée dans l'amicuambre, et qui hésitait à enUer ; mais quand j'ai sd qui était avec toi, je l'ai décidée.

MARIE. Voiià une confiance qui prouve en votre favem-, messieurs.

M"- d'horbigny. C'est selon ! monsieur Charles d'Arbel trouve tout bien... monsieur de 3Ielcourt trouve tout mal ; cela dispense de l'incertitude, et l'on peut, avec ces messieurs, faire tout ce qui passe par la tête, sans s'inquiéter de lem" opinion.

CHARLES. Ah! madame!

marie. Avancez, Fanny, avez-vousdonc quelque chose à me dire ?

FANXY, ai'ec embarras. Oui, mademoiselle, parce que vous m'aviez dit de revenir aujourd'hui au sujet de mon mariage.

M"^^ T)'horrig\1'. Il paraît que tu lui as fait des promesses, que tu t'es occupée de son avenir ?.. tu es si bonne!

MARIE. Fanny te doit plus qu'à moi :

c'est ta filleule , tu l'as fait élever, tu l'as placée... [Se tournant oers Melcourt.) Mais elle cache tant ce qu'elle fait de bien, qu'elle ne s'en souvient seulement plus elle-même.

M"'- d'horbigna'. riant. Oui, je l'oublie si complètement, que je ne savais plus ce qu'était devenue la pauvre Fànny, lorsque j'appris que tu m'avais remplacée. Il est vrai que Je n'ai pas une minute. . . Les bals, les fêtes, ie monde, engagent plus qu'on ne croit. On veut aller quelque part, eh bien ! il se trouve qu'il faut aller partout!, c'est «ne nnûtitude de devoirs et de plaisirs qui îie peiJi nous laisser le temps de rien faire,

MARIE

et à peine celui de savoir s'il est bien vrai que nous nous amusons.

MARIE. Ail! AlberUne '

MELCOURT.N'interrompezpas, madame ; les découvertes que sa franchise nous fait faire...

MARIE. Ne vous apprendront rien que son âge et sa situation n'excusent.

M'"'' d'iiorbigny. Merci. Marie! ie dois à ma folie de faire înieux ressortir ta raison, quoique je sois ton aînée de six ans, et tu t'acquittes... Mais revenons à Fanny. Tu lui as promis qu'aujourd'hui tu arrangerais son mariage avec Justin, car il parait qu'il y a un Justin, un garçon horlo-

FANNY. Hélas! madame, u ny en a plus.

M""^ d'horbigny. Comment?, Est-ce que l'inconstance...

MELCOURT. Serait descendue des salons à la boutique?.. On voit bien qu'il n'y a plus de privilège:-!

CHARLES, à Fanny. Parlez, mon enfant, tout le monde ici sintéresse à vous ; mademoiselle de Sivry vous avait promis de contribuer à votre mariage, de fournir la toilette de noce, et je voulais être de moitié dans ses projets: qui donc a pu les déranger ?

FANNY I avec embarras. Je n'épouserai pas Justin.

MARIE. Mais c'était un si honnête garçon, disiez-vous, un si bon sujet ! il vous aimait tant !

FANNY. Tout cela est vrai.

MARIE. Eh bien.

FANNY. Eh bien! je nei l'aime plus, moi !

MELCOURT et CHARLES. Ah 1 ah !

M"* d'horbigny, riani. Vraiment ?

MARIÉ. Mais ce n'est pas possible.

FANNY. Il paraît que si , mademoiselie.

' Melcourt rit.)

MARIE. Qu'a-t-il fait pour vous déplaire, et vous forcer ainsi de renoncer à un bon mariage?

FANNY, d'un ton dédaigneux. Un bon mariage?., pour la première demoiselle d'un magasin?.. Savez-vous qu'on a vu souvent des jeunes filles sans fortune épouser des hommes qui avaient cinquante mille livres de rentes... Oui, cela s'est vu.

MELCOUT. Très-souvent ; . . dans les romans.

M""* d'horbigny , riani. Est-ce qu'il y aurait quelque riche parti qui se présenterait.

FANNY, hésitant. Mais... oui... madame.

MARIE. Ah! Famiyl..

j M""^ d'horbigny. Qui est-ce donc? j FANNY. Un homme bien comme il I faut... car il a de l'argent, qu'il n'en sait/ j que faire. \

! M"^ d'horbigny. Un jeune homme ?...] i FANNY. Oh ! non!., il faut se défier des I jeunes gens !.. mais il a plus de quarante ! ans ; il ne peut pas vouloir me tromper, i MARIE. Et Justin?

I FANNY. Justin?., le pauvre garçon! je i n'y pense plus ; il faut se faire une raison. I MARIE, Vous faire une raison ?.. c'est-à- I dire vous consoler avec de l'argent, du i malheur de celui qui vous aime? et qui j le consolera, lui? {Jetant les yeuc sur I i]/'»^ d'Horhigny.) Non seulement vous lui i enlevez l'amour que vous lui aviez proi mis ; mais l'homme qu'on a trompé devient j méfiant, triste, méchant quelque fois... à i force d'être malheureux, j MELCOURT, avec amertume. Qui songe à i cela?., pourvu qu'on s'amuse, qu'on I brille!..

MARIE, passant près de M"^ d'Horbigny. Ah ! c'est qu'on est étourdie , irréfléchie! on a tort!... n'est-ce pas, Albertine, que Fanny a tort ? qu'il vient un moment où l'on regrette l'ami sincère qu'on a sacrifié à de folles vanités?., où l'on pense à son chagrin?., où l'on sent que tous les plaisirs du monde sont loin de donner autant de bonheur que la joie de celui qu'on aime?

Bl™^ d'horbigny, prenant le main de Marie. Peut-être as-tu raison.

CHARLES, qui a passé à la droite de Melcourt. Mon ami, vous voyez, le chagrin cède à la voix de Marie . . . oui , vous serez aimé . . . votre joie égalera la mienne .

MELCOURT, Que c'est beau la jeunesse ! . . on a tant de bonheur dans l'ame , qu'on en veut donner à tout ce qui vous entoure! Merci , mon ami ; moi, j'ai vieilli vite, le bonheur m'a manqué de parole , et c'est sa faute si je ne crois plus en lui .

DE SIVRY , en dehors . M . de Melcourt est-il venu ? . . .

MARIE . C'est la voix de mon père I . . . Fanny , éloignez-vous ; mais ne quittez la maison; il faut que je vous parle encore. . . à toi aussi, ma cousine.

(Fanny sort.) M™^ d'horbigny. Oui, Marie, je te reverrai....

MARIE, à demi-voix , à M""^ d'Horbigny. Si j'allais arranger. . . troismariages. . . pour le même jour ?...

CHARLES. Voici M. de Sivry.

MARIE. Nous reparlerons de tout cela tantôt.

SCEINE V.

CHARLES, MELCOURT, DE SIVRY, MARIE, M™« D'HORBIGNY.

DE SIVRY, entrant. Ah! M. de Mekouit!

[S^ adressant aux autres.) Pardon!..

M'""' d'hORBIGNY, frappée de son air triste et préoccupé. Qu'y a-t-il?

CHARLES, à part. Quelle tristesse!..

MARIE, allant à lui, Qu'avez-vous, mon père ?..

DE SIVRY, dhtn air contraint. Rienî...

{A M""" d'Horbigny.) J'ai l'honneur de vous saluer, madame!... bonjour, messieurs.

MARIE. Mon père... vous êtes souffrant?.

DE SIVRY. Non, mon enfant, non! .

quelques affaires pour lesquelles je voulris vous parler , monsieur de Mekourt , car votre amitié...

MELCOURT. Vous cst toute dévouée, n'en doutez pas.

DE SIVRY, à M™^ d'Horùigny. Veuillez m'excuser, madame!., mais un intérêt important. , .

jjjme d'horbigny , Vous gêner avec moi , général, ime parente!...

DE SIVRY. Vous permettez donc?

(// Melcourt sur le devant ^ pendant que Marie et M"'" d^Horhignf vont, s'asseoira droite près du secrétaire, et que Cliarles cause bas ai>ec elles. )'Deux fois, monsieur, je suis allé chez vous , ce matin , voici pourquoi : Je souhaiterais avoir quelques renseignemens

fiositifs sur un homme avec qui vous êtes ié depuis long-temps, il me semble.

MELCOURT. Qui cela?.,.

DE SIVRY. M. Forestier.

MELCOURT. Oh! il m'est fort connu !..

mais à vous aussi!... il parle de vous \ comme d'un ami ! . . . n'êtes-vous pas même liés d'intérêts?...

DE SIVRY. Il y a six mois , le besoin de fonds pom- l'exploitation des mines qui m'occupent me fit avoir recours à lui.

MELCOURT. C'est un bon homme , .au fond, mais très-habile en affaires ; il se vante de n'en avoir jamais fait que d'excellentes , et de s'être toujours trouvé en bénéfice même dans celles où ses associés étaient en perte.

DE SIVRY, tristement. C'est-à-dire que leur argent passait de leurs mains dans les siennes.

MELCOURT. Il entend merveilleusement les affaires.

DE SIVRY « tristement. Voilà ce que je craignais.

MELCOUR. Il cache une grande finesse sous des manières simples et communes... fils de gens du peuple , il ne reçut pas d'éducation ; la délicatesse des formes et du langage lui est inconnue, mais il a de bonnes qualités , nion père l'aida dans le début de sa fortune ; il se le rappelle souvent , et m'assure d'une reconnaissance que jamais, il est vrai , je n'ai eu l'occasion de mettre à l'épreuve.

DE SIVRY. Peut-être pourriez-vous...

mais j'aJDuse de vos offres de service.

MELCOURT. Parlez, monsieur, c'est à un ami que vous vous adressez.

DE SIVRY. Il faut donc vous avouer que des embarras survenus dans mes affaires me mettent entièrement à la disposition de M. Forestier! croyez-vous pouvoir?...

MELCOURT. Oui je me flatte d'en obtenir quelque chose. Je vous le répète , ce n'est pas un méchant homme I bien au contraire.

DE SIVRY. Déjà il m'a fait une proposition qui arrangerait tout.... mais qu'il ne dépend pas de moi seul d'accepter.

MELCOURT. Voulez-vous que je le voie, que je lui parle, et que je vous l'amène quand je l'aurai disposé à l'aire ce qui pourra vous convenir?...

DE SIVRY. C'est justement ce que je désirais.

MELCOURT. Rien n'est plus simple et j 'y vais à l'instant.

DE SIVRY. Merci, monsieur de Melcourt , merci.

(Il le reconduit.)

M'"" d'hOrbiGI^Y, à Marie, en se levant. Je vais faire quelques visites , et je te retrouverai avant dîner.

MARIE. Oui I je vais parler à mon

père, car c'est le jour fixé pour les arrangcmens démon mariage..., (gaimenl) et qui sait?... Au revoir, Albertine.

M™ d'horbigny. Adieu donc, chère amie.

(Elle sort.)

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