‹ Magasin théâtralChapitre 987 sur 1475 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ABIGAIL , pendant qu'il s'éloigne , le regardant avec amour.

Ah! Arthur!... que je t'aime!... plus qu'autrefois... plus que jamais i peut-être aussi parce qu'elles veulent toutes me l'enlever... Oh! non, je l'aimerais sans cela ! (On frapp« encore à la porte

à g-iurhe.) El niyloid que j'oubliais... je perds la léle...

( Elle va ouvrir la porte à gauche à BoliiighroUe.)

BOLINGBROKE . ABIGAIL.

BOLINGBROKE, entrant gaîmenl.

J'accours aux ordres de la nouvelle favorite, car vous le serez... je vous l'ai dit, et l'on en parle déjà...

ABIGAIL , sans l'écouter.

Oui... oui, la reine m'adore et ne peut plus se passer de moi ! Mais venez ou tout est perdu !

B0LI>GBR0KE.

0 ciel !... est-ce que le marquis de Torcy ?

ABIGAIL, se frappant la léte.

Ah! c'est vrai!. ..je n'y pen.=ais plus!... La uchesse est venue dans le cabinet de la reine... celle-ci a signé!...

BOLmGBBOKE, avec effroi.

Le départ de l'ambassadeur !...

ABIGAIL.

Oh ! ce n'est rien encore !... imaginez-vous qae Masham...

BOLII<îGBROKE.

Le marquis s'éloigne de Londres...

ABIGAIL, sans l'écouter.

Dans vingt-quatre heures ! (Avec force.) Mais vous saviez...

BOLINGBROKE , aVBC Colère.

Et la duchesse...

ABIGAIL, vivement.

La duchesse n'est pas la plus à craindre !... un autre obstacle plus redoutable encore...

BOLmGBROKE.

Pour qui?

ABIGAIL.

Pour Masham !

BOLINGBROKK , avec Impatience.

Traitez donc d'affaires d'État avec des amoureux... Je vous parle de la paix , de la guerre, de tous les intérêts de l'Europe...

ABIGAIL.

El moi, je vous parle des miens! L'Europe peut aller toute seule, et moi, si vous m'abandonnez , je n'ai plus qu'à mourir!

BOLINGBROKE

Pardon , mon enfant , pardon... vous d'abord. C'est que, voyez-vous, l'ambition e«* égoïste et commence toujours par elle !

ABIGAIL.

Comme l'amour !

BOLINGBROKE

Eh bien! voyons? Vous dites donc que la reine a signé.

LE VERRE D'EAU

ABIGAIL , avec impatience.

Oui... à cause d'un bill qu'on doit présenler.

BOLINCCKOKE

Je sais!... et la voilà au mieux avec la duchesse !

ABIGAIL , (te rnrme.

Non... elle la déteste... elle lui en veut... j'ignore pourquoi... et elle n'ose rompre... BOLI^GBRÔKE, vivement.

Une explosion qui n'attend plus que l'étincelle... d'ici à vingt-quatre heures, c'est possile!... Et vous ne lui avez pas représenté que le marquis s'éloignant demain , on ne s'engageait à rien en le recevant aujourd'hui ! que par égard pour un grand roi , et en bonne politique... la politique de l'avenir , il fallait accueillir avec faveur son envoyé... Lui avez-vous dit cela?

ABIGAIL, d'un airdlslrait.

Je crois que oui... je n'en suis pas sûre !... Un autre sujet m'occupait.

BOLINGBUOKE.

C'est juste... voyons cet autre sujet?

ABIGAIL.

Ce matin,'vous m'avez vue elTrayée, désespérée, en apprenant que la duchcsse avait des idées... de... protection sur Arthur... Kh bien ! ce n'était rien !.. une autre encore... une aune grande dame... (Avec embarras.) dont je ne puis dire le nom.

BOLINGBltOKE, à part.

Pauvre eufauti... elle croit me l'apprendre. (Haut.) Comment le .savez-vous?

ABIGAM,.

C'est un secret que je ne puis trahir .. ne me le demandez plus !

BOUNGBKOKE, avec intention

J'approuve votre discrétion , et ne « hercherai même pas à deviner... El celte personne... duchesse ou marquise, aime aussi Masham ?

ABIGAIL.

C'est bien mal, n'est-ce pas ? c'est bien injuste ! Elles ont toutes des princes, des ducs, des grands seigneurs qui les aiment... moi, je n'avais que celui-là I... Et comment le défendre, moi, pauvre fille? comment le disputer à deux grandes dames?

BOLINGBROKE

Tant mieux!... c'est moins redoutable qu'âne seule...

ABIGAIL, étonnée.

Si vous pouvez nie prouver cela?

BOLINGBKOKE.

Très facilement... Qu'un (irand royaume veuille conquérir une petite province, il n'y a pas d'obstacles, elle est perdue! Mais qu'un autre grand empire ait aussi le même projet, c'est une chance de salut ; les deux hautes puissances s'observent, se déjouent, se neutralisent, et la province menacée échappe au danger, grâce au nombre de ses ennemis... Comprenrz-vous.'

St

ABIGAIL.

A peu près... Mais le danger le voict ! La duchesse a donné rendez-vous à Masham , ce soir, chez elle, après le cercle de la reine...

Très bien...

ABIGAIL, avec impatience.

Eh ! non, monsieur, c'est très mal !

BOLINGBROKE

C'est ce que je voulais dire !

ABIGAIL.

Et en même temps l'autre personne... l'aatre grande dame, veut également le recevoir chez elle, à la même heure...

BOLINGBROKE

Que vous disais-je? Elles se nuisent réciproquement... Il ne peut pas aller aux deux rendesvous !

ABIGAIL.

A aucun, je l'espère!... Heureusement, cette grande dame ne sait pas encore , et ne saura que ce soir au moment même... si elle sera libre, car elle ne lest pas toujours... pour des raisons que je ne puis expliquer..

BOLINGBROKE, froidcmeot.

Son mari ?

ABIGAIL, vivement.

C'est cela même.. . et si elle peut réussir à lever tous les obstacles.. .

BOLINGBROKE

Elle y réussira, j'en suis sûr.

Dans ce cas-là , pour prévenir moi et Arthur, elle doit, ce soir, et devant tout le monde, se plaindre de la chaleur et demander négligemment un verre d'eau !

nOLINGBROKE.

Ce qui voudra dire : Je vous attends, venez?

ABIGAIL.

Mot pour mot.

BOLINGBROKE

C'est facile à comprendre.

ABIGAIL.

Que trop !... Je n'ai rien dit de tout cela à Arthur... c'est inutile, n'est-ce pas?... Car je ne veux point qu'il aille à ce rendez-vous... ni à l'autre ! plutôt mourir ! plutôt me perdre !

BOLINGBROKE

Y pensez-vous?

ABIGAIL.

Oh : pour moi, peu m'importe!... mais pour lui!... plus j'y réfléchis!... Ai-je le droit de détruire son avenir, de l'exposer à des vengeances redoutables, à des haines puissantes, dans ce moment surtout, ou à cause de ce duel ... il peut être découvert et arrêté... Que faut-il faire?... Conseillez-moi.... Je ne sais qae devenir et je n'ai d'espoir qu'en vons!

BOLINGBROKE, qui pendaiit ce temps à réfléchi, lui prend vivement la maia.

Et VOUS avez raison! oui, mon enfant... oui, ma petite .Altigaii, rassurez-vous!... Le marquis de Torcy aura ce soir son invitation, il parlera à la reine !

ABIGAIL, avec impatience El» : monsieur...

BOLiXGBROKE, Vivement.

Nous sommes sauvés! Alasham, aussi... et sans le comprumeltre, sans vous perdre, j'empêcherai ces deux rendez-vous.

ABIGAIL.

Ah ! Boiingbroke !... si vous dites vrai... à vous mon dévouement, mon amitié, ma vie entière !... On ouvre chez la reine... partez! si l'on vous voyait!...

BOLINGBROKE, fioidement , apercevant la duchesse.

Je puis rester, on m'a vu

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