‹ Magasin théâtralChapitre 1271 sur 1711 · SCENE XVII · texte numérisé non relu

SCENE XVII

FEUILLETÉ, CRIQUET, Mitrons.

On voit Feuilleté' qui travaille, et tous les petits patronels qui roulent delà pâte.

EIN SEMBLE

Air de Jocrisse niix en/ers.

Allons, travaillons, Pâtissons, Pétrissons, Et montrons Ce que nous savons.

Tout ça Séduira, Tentera, Bourrera, Et plus d'un s'en étouffera.

FEUILLETÉ

C'est gentil d'être pâtissier, Avec plaisir on travaille Quand on s' Irouv', par son métier.

Toujours dans la bouttifaille.

Reprise .

Allons. Iravaill>>n = , ilc.

FEDÏLIETE.

Ahl voyons maintenant ce petit flan que j'ai confectionné à l'intention de Pâquerette; il doit être cuit. [Il prend la pelle et relire un petit flan de son four.) Oh! comme c'est doré! comme c'est rissolé! Criquet!

CRIQUET

Voilà, bourgeois.

FEUILLETÉ

Tiens, prends ceci... va le porter à mamzelle Pâquerette... Tu lui diras que je mets mon flan à ses pieds.

CRIQUET

J'y cours, bourgeois.

FEUILLETÉ

Surtout n'en mangez pas la moitié en roule... C'est que je vous connais... toutes les fois que vous portez des brioches en ville, elles arrivent sans tête.

CRIQUET

C'est les oiseaux qui les emportent, bourgeois.

FEUILLETÉ

Les oiseaux! Vous me croyez donc bien serin pour me dire ça!... Allez. [Criquet sort.) Je ne sais pas ce que j'ai aujourd'hui... mais je ne me secs pas entrain de pâtisser!... Ce que la vieille Berthe nous a dit ne me rassure pas trop : on voudra m'enlever Pâquerette... on tentera de me tenter!... Qu'est-ce que j'ai donc de si tentant?

Air de la Famille de l'Apothicaire.

Je suis gentil, je le sais bien, ; J'ai deux yeux dont pas un ne louche,

I A mon nez il ne manque rien,

I Je m' flatt' d'avoir un' fameus' bouche,

j Mes oreilles sont sans défaut;

Mais, malgré ça, pour qu'on m' préfère, ! Il me sembl' que du bas en haut

j Je n'ai rien d'extraordinaire,

' Eh! mais on dirait des cris... c'est la voix de

; Criquet... qu'a-t-il donc? il aura mangé mon

I flan, et il va me faire une colle !

; CRIQUET, entrant essoufflé.

\ Ah t mon Dieu ! ah ! ciel ! ah ! quel malheur 1 ...

FEUILLETÉ

I Voyons, petit gourmand, parle. Qu'est-il ar- I rivé à mon flan ?

CRIQUET

j Votre flan 1 Ah ! c'est bien autre chose ! On a ■ enlevé mamselle Pâquerette.

\ FEUILLETÉ

! Enlevé Pâquerette! celle que j'aime tant!

: celle qui devait être ma femme!... Oh! c'est un coup que je ne supporterai pas... Vivre sans Pâquerette, non, c'est impossible I C'est fini, je veux

1 me tuer, me périr, me détruire de fond en com-

'~ ble.

! ' TOUS LES VATRONETS, le supplient.

1 Ahl bourgeois! ne vous tuez pas!

FEUILLETTE

Je n'écoute rien!... Et pour commencer, donnemoi ce grand coutelas qui est sur la table. Tu ne

LA CHOUETTE ET LA COLOMBE

veux pasmele donner, ..je le prendrai moi-même. (// prend un coutelas et s'en frappe la poitrine; le coutelasse brise en mille miettes comme un gâteau.) Ma poitrine repousse le fer. Si je me noyais... Je n'ai pas d'eau dans ma fontaine... Ah! j'ai mon affaire... cette petite canardière... [Il va prendre un grand fusil.) Avec ça, en me tirant à six pas, j'aurai bien du malheur si je me manque... Mais comment ferai-je pour me viser moi-même à six pas de dislance?... Ah 1 que je suis bête!... c'est Criquet qui me tirera. Tiens, Criquet, prends ce fusil, et commence par le charger.

CRIQUET

Mais, bourgeois...

FEUILLETÉ

Charge-le, je te l'ordonne. Tiens, il y a de la

poudre et des balles dans le tiroir de cette table;

mets une forte charge... mets cinq balles. Je ne

serai pas fâché d'entendre le bruit des cinq balles.

CRIQUET, à part.

Oui, le plus souvent!... Je vais le charger avec de la brioche, c'est ben assez lourd.

imil\jl.Y.T%, se retournant pour ne pas voir Criquet.

Je ne veux pas voir ces affreux préparatifs. Eh bien! Criquet, ça y est-il?

CRIQUET, fourrant de la brioche dans le fusil.

Oui, bourgeois, v'ià qu'est fait.

FEUILLETÉ

A présent, tu vas m'ajuster. Mais comme on prétend que la mort n'est pas belle à voir en face, je ne veux pas me retourner... Vise-moi bien.

CRIQUET

Où ça, bourgeois? dans le cou?

FEUILLETÉ

Oh! non, ça pourrait me donner un torticolis.

CRIQUET

Dans le dosî

FEUILLETÉ

Non, je pourrais devenir bossu.

CRIQUET

Où donc alors?

FEUILLETÉ

Au-dessous du dos, à l'endroit où il change de nom. Allons, y es-tu? Une... deux... (^Criquet tire. On voit une brioche qui sort de la bouche de Feuilleta.) Ah! ah! {Il ôte labrioche de sa bouche.) Qu'est-ce que c'est que ça? les balles se changent en brioches... Pas moyen de me tuer!... C'est à en mourir de chagrin I

Il s'assied désespéré près d'une table.

CRIQUET

Bourgeois, le seigneur Ganachini et son écuyer entrent dans votre boutique.

Eh! que m'importe tous les seigneurs du monde l' c'est ma Pâquerette qu'il me faut.

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