‹ Magasin théâtralChapitre 1325 sur 1711 · VAL · texte numérisé non relu

VAL

Ah ! vous allez encore me parler de lui, et nos discussions vont recommencer.

WILFRID

Témoin notre colonel, sir Aubray, qui est sorti on ne sait d'où, que personne ne connaissait quand on l'a envoyé pour nous commander, qui était, je crois médecin avant d'être colonel; sir Aubray, un spadassin renommé à Londres pour n'avoir jamais manqué son homme dansun duel, si bien qu'on dit de lui qu'il a tué autant d'adversaires à coups d'épée que de malades à coups de lancette.

NORVAL.

Par grâce, n'en parlons [ilus, mon père.

V, ILFUID.

Sir Aubray, un intrigant, un libertin ruiné par le jeu et la débauche, qui essaie de refaire sa fortune en se dévouant corps et âme à tous les caprices, toutes les cruautés de nos tyrans, et qui est parvenu à s'emparer de toi, Norval, au point de te faire partager ses fureurs, au point de se servir de toi comme d'un instrument de ses intrigues et de son ambition.

NORVAL.

Encore une fois, et au nom du ciel, brisons làdessus.

WILFRID

Sir Aubray, qui nous fait poursuivre aujourd'hui pour le livrer au supplice quelqu'un à qoi je voudrais sauver la vie au péril de la mienne ;

f' MAGASIN

sir Aubray, enfin, à qui tu as promis, toi, de faire (le tes soldats des espions et des bourreaux.

NOBVAL.

Taisez-vous! taisez-vous 1

WILFKID.

Ah ! pardieu! je te trouve plaisant de m'imposer silence.

Mais savez- vous bien que si vous n'étiez pas mon père, vous paieriez cher les paroles que vous venez de prononcer?

WILFRID

Mais, sais-tu bien que si tu n'étais pas mon fils, je n'hésiterais pas à l'envoyer à tous les diables, quand lu devrais m'envoyer, toi, devant un conseil de guerre?

NORVAL.

Un conseil de guerre!... qu'avez-vous dit, 6 ciel!... Pardon, pardon, mon père !

WILFRID

Pardon, mon lieutenant.

NORVAL.

Je me suis emporté.

■niLFr.ii).

Non, c'est moi.

NORVAL

J'ai eu tort.

WILFRII).

Du tout, c'est moi... moi seul... maudite tète! je suis incorrigible... j'oublie toujours la subordination que je dois à mon officier.

NORVAL.

J'oublie toujours ce que je vous dois de respect et de reconnaissance éternelle, pour tous les soins dont vous avez entouré mon enfance. Pardon, encore une fois, pardon, mon père, mon bon père... Jeune, vous avez servi les Stuarts, et je ne prétends pas qu'à votre âge vous puissiez renier vos souvenirs et renoncer aux affections de votre jeunesse. Laissez-moi donc aussi, je vous en conjure, laissez-moi garder mes convictions. Je ne m'abuse pas sur l'avenir de cette cause pour laquelle j'ai combattu. Un jour, et il n'est pas loin peul-êlre, un jour elle doit être renversée... c'est la vôtre qui triomphera... Mais alors, j'en fais le serment, mon père, alors on ne me verra pas consacrer au service de Charles II des jours que j'avais voués à la cause du protecteur, et je briserai mon épée.

WlLRIl».

Je te le défends, entends-tu bien, je te le défends... et si je suis tout prêt à t'obéir quand il s'agit de service et de discipline, tu dois m'obéir à ton tour quand il s'agit de toi, de ton bonheur, de ta gloire, de ta vie toute entière. Oh ! j'y mettrai de l'obstination, et pour cela, rien au monde ne m'empêchera de parler en père, et non plus ensoldat.Eh! qu'importe qui nousgouverne, après tout? un roi, un parlement, un protecteur, un

rHEATRAL.

diable... Eh! qu'est-ce que cela nous fait à l'un et à l'autre 7 demande seulement qu'il n'y ait plus de guerre civile dans notre malheureuse Angleterre, et c'est elle, c'est elle seule, c'est la patrie que tu serviras ; c'est pour elle que tu acquerras delà gloire, des grades, des titres, des honneurs.

NOHVAL.

Des titres, des honneurs... à moi!

WILFRID

Et pourquoi pas? on pourrait les placer plus mal. J'ai toujours rêvé, moi, que mon Norval, que mon fils arriverait à de hautes et de bril- ' lantes destinées.

Eh bien, je vous l'avouerai tout bas, mon père, 1 parfois aussi il m'est arrivé de faire le même rêve.

WILFRID

En vérité I je vous y prends. Vous êtes ambitieux, monsieur le républicain!

j NORVAL.

i Ambitieux... non, ou plutôt.... Tenez, je me

i rappelle toujours les premières années de ma vie,

celles que j'ai passées, enfant encore, dans une

pauvre cabane, élevé par vous et ne voyant que

I vous, vous, qui m'appreniez alors à prononcer avec

respect le nom du dernier roi d'Angleterre.

WILFRID

Celui qui est mort sur un échafaud.

NORVAL.

Parfois vous me parliez de ma mère... qui n'était pas là pour partager avec vous les soins que vous me donniez: ma mère, que j'aurais tant aimée, et que je n'avais jamais connue. Elle était morte, me disiez-vous, en me donnant le jour.

VVILFKII».

Oui, morte. {A pan.) Pour lui, du moins !

NORVAL.

Parfois aussi vous me montriez un portrait..

Il est voilé de noir à présent.

NORVAL.

Et déjà, comme à présent, vous pleuriez, oui, vous pleuriez, en vous agenouillant devant cette image.

WILFRID

Il est vrai. Et toi, Norval?

NORVAL.

Moi, je pleurais aussi... je partageais votre deuil, vos regrets, sans les comprendre. Depuis, je me le rappelle, vous me disiez qu'un jour je ferais un riche et puissant seigneur, que j'étais appelé a commander à des hommes... Oh! vous l'avez dit, mon père.

WILFRI!).

C'est vrai, c'est vrai, et je le dis encore.

NORVAL.

Et puis enfin, vous m'appreniez à répéter avec vous un refrain qui noiaintenant...

AUBRAY I.E MEDECIN

WILFRID

MaiiUenanl?... Ah! oui, notre chant national a été déclaré séditieux par arrêt du parlement. Depuis ce temps-là on le chante un peu plus qu'autreiois. seulement on le chante un peu plus bas. [Fredonnant a dfwi-voix l'air du God save.) Que Dieu sauve le roi !

ISOHVAL.

Silence! silence, mon pèrel

WILFKID.

Eh quoi ! l'as-iu donc oublié, Norval? Ce chant doit faire battre le cœur de tout lion Anglais... car pendant des siècles entiers il nous a conduits à la victoire.

Cliantnnt m>ec enlhoiisidsiiie el l'i /i/fine foi.r.

Grand Dieu ! sauve le roi !

PJous élevons vers toi

Notre prière !

Que ta main tutêlaire.

Grand Dieu! sauve le roi!

NORVAL, l'interrompant vivement.

Non, mon père, non.

Conliniiant Pdir :

Dieu sauve l'Angleterre!

Diins ce moment, une porte s'oiiire à la di-uile du piihlic, et sir Georges Hamilton entre en scène.

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