SCENE IX
Les Mêues, SIR GEORGES, puis LADY MEL- ROSE, ARABELLE ei des Soldats.
WILFHID, L'apercevant.
0 ciel! je ne me trompe pas. c'est lui. . sir Georges 1
NORVAI..
Georges Hamilton,.. N'esl-il pas vrai, mon père?
. GLOltGES.
Lui-même, victime de quelque piège infernal. (Ici rentrent par la porte à guuclie ladij Mehose el Arabelle. Il continue en les regardant.) Georges Hamilton, quines'altendait pas àse trouver au milieu de ses ennemis dans les salons de lady Melrose. Ce signal qui devait ra'annoncer la victoire des royalistes, c'est par des sbires du parlement qu'il m'a été donné.
ARAUELLE.
Ah! sir Georges, pouvez-vous croire...?
GEORGES
Non, miss, non, vous n'êtes pas, vous ne pouvez être complice de celte horrible trahison. {À Norval.) ie suis en ton pouvoir; que tardes-tu donc à me livrer au supplice?
ARABELLE , tombant aux genoux de Norval.
Ah! pitié I pitié!
LADY MELROsE, s'agcnouHlunt comme elle.
Serez-vous donc inexorable?
NORVAL.
Relevez-vous, milady, relevez-vous, je vous en supplie ! emmenez cette jeune fille, emmenez-la; car il faut que je sois sourd à ses prières, aux vôtres !... il le faut! C'est à lui, c'est à sir Georges lui-même que j'en appelle... Demandez-lui si, au jour de leurs victoires, les royalistes nous pardonnent ; demandez-lui si l'on a fait grâce à deux cents pauvres soldats puritains, pris et désarmés sur un champ de bataille. . demandez-lui enfin, lorsqu'une voix souveraine a dicté une sentence de mort, s'il appartient à un soldat d'en arrêter l'exécution. Non, quand je le voudrais, quand je renoncerais à tout désir des plus justes représailles, quand je pourrais abjurer tout sentiment de haine et de colère contre un des plus dangereux ennemis de la république, il n'est pas en mon pouvoir de sauver Georges Hamilton.
ARABELLE, Se jetiiul en p'euraut dans les bras de lady Mclrose.
Ma mère, il est perdu !
LADY MKLROSE, la Soutenant et pleurant aussi. Et c'est pour y trouver la mort qu'un proscrit a reçu l'hospitalité dans notre di-ineure ! AYtLHilD, bas à Norval.
Tu as beau dire, mon lieuterjant, c'est un concitoyen, c'est un Anglais comme toi.
NORVAL, bas et cherchant à niaitiiser son émotion.
Assez, assez, mon père.
GEORGES, s'approchant de lui.
Monsieur, je rétracte les paroles outrageantes que je vous ai adressées; car je le vois dans vos yeux, ce n'est pas sans douleur que vous faites ici votre devoir; et comme vous pouvez, au fond de votre âme, accorder quelque estime à l'ennemi dont vous êtes forcé d'ordonner le supplice, j'ose vous adresser une prière.
KORVAL.
Parlez, que voulez-vous ?
GKORGKS.
Tous mes amis sont proscrits comme nioi, et pas un d'entre eux, puisque vous avez remporté la victoire, pas un ne survivra peut-être pour porter à la comtesse Hamilton, à ma mère, qui m'attend et qui pleure, les derniers adieux de son fils.
NORVAL, basa Wilfrid.
Sa mère! Il a une mère, lui!... et il faudra que je lui annonce...
wiLFRlo, pleurant.
Tu ne le pourras jamais, ni moi non plus.
Promettez-moi de lui dire que je suis mort fidèle a notre sainte cause, mort en pensant à elle; vous ajouterez qu'il y avait au monde une autre personne., (ici, et jusqu'à la fin de la tirade, Georges regarde expressivcment Arabelle,
qui pleure toujours. Chacun des personnages suit avec ciiteniion ce mouvement, ei comprend claiiemetit la pensi'e de sir Georges) dont le souvenir se mêlait à celui de ma mère lorsque je marchais au supplice... une personne que j'aimais et a qui je l'ai dit seulement à ma dernière heure : quand je ne serai plus, je supplie la comtesse Hamilion de l'aimer aussi en mémoire de moi, et de la chérir comme sa fille... vous le lui direz, n'est-il pas vrai?
NOKVAL, regardant tour à tour et avec le plus vif intérêt Georges et Arabetle.
Je vous le jure.
GEOIIGES.
Vous lui direz surtout que j'ai tenu la promesse faite a mon père mourant, et que je n'ai pas livré a nos ennemis les papiers qu'il a confiés a son tils.
^OKVAL, vivement.
Ces papiers... en effet, je me souviens... Dans les instructions que j'ai reçues, il est écrit que je puis, que je dois vous laisser la vie, si j'obtiens de vous le secret d'état dont vous êtes dépositaire.
GKOKGES
Un secret d'état I... vous êtes étrangement abuse, monsieur! Les papiers que j'avais entre les mains, il y a une heure, et que j'ai mis en sûreté dans la crainte de ce qui arrive, je n ai jamais brisé le cachet dont ils sont revêtus, je ne les ai pas lus, je ne devais pas les lire... et je sais pourtant, car mon père m'en a fait le serment, je sais qu'ils ne renferment point un secret d'état, mais... [S'éloignant avec Georges des autres personnages et lui parlant plus bas) mais le secret d'une femme, d'une femme digne des respects et de la vénération de tous, et qui serait perdue, calomniée, couverte de honte et d'infamie, si un tel secret tombait au pouvoir de nos adversaires... (.Se reprenant sur un ton plus élevé.) Vous voyez bien, lieutenant, que ma mère, ma mère elle-même , si elle était la, me défendrait, au péril de ma vie, de livrer ces papiers.
NORVAL.
Bien! c'est bien, monsieur... tant de générosité et de noblesse d'âme... [Bas en se tournant du côté de Wilfiid. ) Mon père, vous aviez raison, c'est un horrible métier que celui qu'on nous fait faire.
VViLFKIU.
N"esi-ce pas ?