SCENE XI
NORVAL, seul.
Oui, mon père... tout-à-l'heure encore, après la révélation qu'il venait de me faire, j'étais heureux, bien heureux de l'appeler ainsi, et de le presser dans mes bras, et maintenant... maintenant que je suis seul, comment bannir de mou âme toutes mes impressions de tristesse?... A qui dois-je le jour, puisque je ne suis pas le fils de Wilfrid? Peut-être le nom de mon père est-il depuis long-temps écrit sur le marbre d'une tombe!.. Ma mère! Oh! si un moment, un seul, je pouvais voir ma mère!...
Aubray entre ; il arrive cl'un air joyeux, et porte un costume de gala. La nuit vient peu à peu pendant la Scène suivante.
elle m'accorde sa protection. Grâce à elle, je serai admis ce soir au bal de la reine... J'ai ma lettre d'invitation, avec laquelle j'ai déjà retrouvé un peu d'or chez mon usurier... Que veux-tu, mon cher Norval? j'ai tant de dettes!... il est tout naturel que j'aie toujours un peu de crédit. NORVAL, avec impatience.
Ahl c'est bien, je vous félicite.
ACBRAY.
Et tu sais la promesse que je t'ai faite; c'est entre nous deux à la vie et à la mort! Je n'ai qu'à vouloir, j'aurai des honneurs et des dignités pour toi comme pour moi, Norval; car je tiens en ma puissance une des plus nobles dames delà cour de Charles IF... Ah! ah! ah qu'en dis-tu?... quel plaisir pour un ancien républicain! et combien je dois me rappeler avec délices la bienheureuse époque où j'ai vu lady Melrose pour la première fois, le 10 décembr e 1642 !
NORVAL.
Qu'entends-je? le 10 décembre 1642!
AUBRAY
Oh! je t'ai promis que tu saurais tout, et je suis si heureux, que j'ai besoin d'un ami pour lui faire partager mon bonheur; j'ai besoin de trouver auprès de moi un adversaire aussi impitoyable de la noblesse pour qu'il rie avec moi des faiblesses et des aventures de la grande dame. NORVAL, se contraignant pour rire avec Aubray.
Oui, parlez, parlez donc... que je sache de quoi je dois rire, sir Aubray... parlerez- vous enfin ?
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AUBRAY, NORVAL.
AUBRAY, accourant.
J'arrive un des premiers... à merveille l
NORVAL.
Sir Aubray 1 quel changement !
AUBRAY
Oui, regarde-moi un peu !... comment me trouves-tu î
NORVAL.
Votre front est moins sombre !
AUBRAY
Je crois bien... après une tranche de venaison et une bouteille de Malvoisie!
NORVAL.
Mais par quel miracle...
AUBRAY
Rien de plus simple; je t'avais dit que quelqu'un à la cour m'aiderait à refaire ma fortune.
NORNAL.
Eh bien ?
AUBRAY
C'est convenu, c'est entendu, elle m'y aidera,
Eh bien, je venais de me faire recevoir médecin.
NORVAL, à pan.
Médecin !
AUBRAY
Un homme d'une soixantaine d'années environ vint frapper à ma porte... Il y avait de l'or, beaucoup d'or à gagner, disait-il... à trois lieues de là, une jeune fille allait devenir mère.
NORVAL.
Continuez, continuez.
AUBRAY
Je le suivis. J'arrivai enfin dans les environs d'Exeter... Le cavalier qui m'avait amené eut le soin d'interdire toute lumière dans sa cabane.... mais les puritains avaient incendié un hameau à peu de distance . . la réverbération des flammes me servit de flambeau.
NORVAL, à part.
0 mon Dieu i mon Dieu ! donnez-moi la force de me contenir. ( Haut. ) Et les traits que vous vîtes alors, vous les avez reconnus depuis?
AUBRAY
D'une manière infaillible... elle-même ne l'a pas nié tout-à-l'heure.
AUBRAY LE MEDECIN
Tout-à-Vheure !... ah ! vous l'avez vue ?
AUBRAT.
Ici, ici même, elle est venue comme je te l'avais dit, pâle, tremblante ; elle a bien reconnu le docteur Aubray, et le front incliné devant lui, et tombant presque à ses genoux, elle lui a promis sa protection, sa faveur.
NORVAL, à pan.
A ses genoux I ma mère!
AUBRAY
Tu vois bien, mon cher Norval, que je tiens dans mes mains la clef de ma fortune et de la tienne, car je suis maître du secret de cette dame, je suis l'arbitre tout-puissant de sa destinée etde son honneur.
NORVAL , à part.
L'honneur de ma mère !
Ici la nuit est tout-à-fait venue ; le cliâleaii est éclairé dans le fond , des daracs et des seigneurs commencent à arriver de tous côtés, et entrent au palais par la grille.
ACBRAY.
La foule arrive, j'entre au bal. A demain !
NORVAL.
Mais un instant encore, de grâce, sir Aubray! vous ne m'avez pas dit...
AUBRAY
Le nom de cette dame.
ACBRAY.
Ah ! tu en demandes trop , Norval. Je veux bien que tu profites avec moi du crédit de ma protectrice ; mais sou nom , jusqu'à ce que je sois bien sûr de ton dévouement absolu, sans réserve, son nom... je ne te le dirai pas.
NORRAL.
Pourtant, sir Aubray...
AUBRAY
Je ne te le dirai pas. .. A demain , mon ami, à demain!
Il disparait par la grille.
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