LADY MELROSE, SIR AUBRAY
AUBRAY
Pardon, milady, si, lorsque je devrais songer uniquement à vous exprimer toute ma reconnaissance, pardon si je ne vous parle en ce moment que pour solliciter de nouveaux bienfaits ; mais cet ordre du roi doit être exécuté sur-le-champ, et je n'ai qu'un instant pour demander à votre seigneurie sa réponse à ma lettre d'hier.
Votre lettre, monsieur, votre lettre !
AlBRAY.
Ne vous serait-elle point parvenue?
LADY MELROSE
J'ai pu croire que sir Aubray était en délire lorsqu'il a osé me l'adresser.
AUBRAY
Comment?... etqu'ya-l-il doncdesi étrange etde si déraisonnable dans mes prétentions?... Rétabli par vous, madame, dans la position que les évé- Tiemens politiques m'avaient fait perdre, élevé en quelques jours à un degré de faveur qui commence à me faire des envieux à la cour, est-ce trop présumer de croire que vous me jugerez assez digne de votre confiance pour m'en accorder une marque plus précieuse et plus éclatante encore?
LADY MELROSE
A vous, sir Aubray, à vous la main de ma fille!
AUBRAY
Oui, la main de raiss Arabelle... c'est mainte-
nant le seul bien oîi j'aspire, le seul rêve de mon ambition... songez-y, songez-y bien, madame!... Une fois le gendre de lady Melrose, son honneur me deviendrait sacré, et bien loin de penser à y porter atteinte, je donnerais, s'il le fallait, tout mon sang pour le défendre.
LADY MELROSE
Moi défendue par vous! monsieur! mon honneur sauvé par sir Aubray!... Mais vous ne savez donc pas ce que c'est qu'une mère?... vous croyez qu'on lui arrache son enfant comme on peut lui arracher la vie!... Que je consente, moi, que je souscrive à ce mariage sacrilège! non, monsieur, non, vous lavez espéré en vain... Allez donc m'accuser à la face de tous; moi, je vais à l'instant, je vais m'accuser devant ma fille, et si le monde entier me condamne, eh bien! eh bien! à moi le châtiment comme à moi la faute... Que je sois réprouvée, mais que ma fille soit heureuse! AUBRAY, avec colère, ei regardant eccpressivement le message du roi.
Adieu donc, milady; il faut avant tout que j'exécute les ordres de sa majesté ; et lorsque après cela j'oserai renouveler ma demande, j'espère encore qu'elle sera mieux accueillie.
Il sort parle fond. Au même iustant ÎN'orval reparaît sur le seuil de la porte à gautlie.
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